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Le Blog de choopbang
01 septembre 2009
Chronique de Mathilda Savitch, de Victor Lodato
http://images.flu.fr/private/photo/1194876119/private-category/mathildasavitch-1301974a7d.jpg

En apparence, rien de bien nouveau : une ado américaine d’aujourd’hui, qui se sent différente, s’ennuie au lycée, et a du mal à communiquer avec ses parents. Cette Mathilda grandit dans l’après 11 septembre; elle était encore une petite fille lorsque les tours se sont écroulées. Mais l’image à la télé l’a marquée, comme la marquent aujourd’hui les guerres, les actes terroristes filmés et retransmis sur les écrans, dans les foyers américains :« Je demande à Kevin s’il se souvient des tours, quand nous étions petits.\"Pas bien. Mais j’ai vu le film.\" » Mathilda souffre de cette tragédie mondiale qu’elle reçoit en plein cœur, et qui inexpliquée, se mêle à sa tragédie intime.  
Car la grande sœur de Mathilda est morte, il y a un an. Poussée par un inconnu du haut d’un train. Depuis, Mathilda ne sait plus trop qui elle est, de temps en temps elle se prend pour Hélène, la fille et sœur aînée parfaite, idéalisée, et le plus souvent, elle essaie de suivre ses traces, d’entrer en contact avec elle. Lorsque Mathilda part à la rencontre du grand amour d’Hélène, le roman prend la forme d’un voyage initiatique, au cours duquel l’adolescente s’accepte en tant que femme en devenir, et du même coup franchit une étape dans son « travail de deuil » (l’expression est très laide, mais c’est bien ce processus quedécrit Victor Lodato : apprendre à vivre avec ses morts).  
Pendant ce temps, les parents de Mathilda se débattent avec leur chagrin, incapables d’écouter leur benjamine, d’échanger avec elle.  Parmi ses nombreuses qualités, l’auteur parvient à se plonger aussi bien dans l’âme d’une ado que dans celle de ses parents. On ne quitte jamais le point de vue de Mathilda, mais Victor Lodato nous fait deviner, à travers son regard, les épreuves que traversent ses parents en tant que couple. Et au-delà du portrait d’une famille, c’est de l’Amérique que parle l’auteur. Une Amérique composée d’individus hors du commun, que ce soit les amis de Mathilda (Anna, dont « les yeux viennent de l’espace, ni animaux ni humains » ) ou les adultes qu’elle rencontre au cours du roman.
Mais cette société est aussi très réaliste, par les tensions et les problématiques qu’elle abrite : intégration, cohabitation des cultures, lutte contre les a priori et les généralités… Il y a autant de sortes de différences qu’il y a d’individus, semble dire Victor Lodato, sans jamais céder au moralisme.  
 
Mathilda Savitch est à retenir comme un des premiers grands romans de la génération après 11 septembre, non pas celle qui a vécu l’événement adulte  et qui l’a rationalisé, mais celle qui l’a perçu comme un traumatisme incompris et confus.  Mais c’est aussi l’histoire d’une famille, d’une personne. C’est tout à la fois, le grand et le petit.
 

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