« Comment les fourmis m’ont sauvé la vie » LuciaNevaï, éditions Philippe Rey
« Salvation »:rien ne pouvait être plus juste que ce titre original condensant le souffle, le mouvement, le hasard et l’énergie. Les éditeurs français lui ont préféré la formule intrigante « Comment les fourmis m’ont sauvé la vie ». Effet marketing ? Peu importe ; l’étrangeté, l’incongruité sont un autre ressort de ce merveilleux récit. Le beau, le sordide et l’étrange se lient pour former un tissu incroyablement vivant.
Sous le signe de Crane
Sa mère la baptise « Crane », prénom d’origine sioux qui signifie « grue » -comme l’oiseau migrateur.Cette fameuse mère, elle-même grue -comme la prostituée- ayant tenté de se débarrasser d’elle avant sa naissance, la petite naît avec une boîte crânienne difforme, qui se révèlera, au cours de l’histoire être l’écrin cabossé d’un cerveau de génie. Il faudra du temps, en effet, avant que Crane ne puisse alle rà l’école. Elle passe les premières années de sa vie dans la crasse, l’indigence et l’ignorance, sous la coupe d’un ménage à trois dans lequel ne figure même pas son père naturel. Accompagnée de sa demi-sœur, petite ivrogne de dix ans,et de son demi-frère, déjà tellement beau, elle rencontre Sam Fanelli, un entrepreneur qui a le projet de construire un lotissement. Première rencontre annonciatrice de changements.
La force des rencontres
En même temps que Sam Fanelli transforme le paysage à coup de grues –comme l’outil- il transforme le quotidien inerte des enfants à coups de sandwiches et d’attentions ; bref il se comporte en père, mais sans tambour ni trompettes. Il leur ouvre l’inconnu qui ne se révèle ni terrifiant, ni sublime, simplement différent. A partir de là les rencontres s’enchaînent, et les rencontres, dans ce livre,déclenchent les changements. Ce sont ces rencontres successives qui façonnent la vie de Crane et la conduisent à l’âge adulte. Pas d’événement extraordinaire, juste ce rythme de renouvellement à travers les liens qui bougent.Le tout décrit dans un style tonique et plein d’humour.
La boucle des mères
L’histoire de Crane débute avant sa naissance, lorsque sa mère essaie de se débarrasser d’elle. Elle se termine au moment où, après avoir failli devenir mère à son tour, elle retrouve sa mère adoptive. Pas sûr que la rédemption vienne des fourmis. A la lecture de ce beau livre, on serait tenté de croire qu’elle rovient plutôt de cet amour maternel, gratuit, maladroit, entravé par les manquements, mais tellement puissant et vivifiant !
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