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Né le : 16 mars 1976
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Ville : Montpellier
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Le Blog de GuillaumeMtp
07 septembre 2009
Los Demonios, de Valérie Boronad
Valérie Boronad
 « Los demonios »   Belfond 2009

 
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 Los dos demonios : la dictature argentine d’un côté, les opposants de l’autre. Entre les deux, des hommes, des femmes, des familles brisées. Et des fantômes. Entre 1976 et 1983, près de 30 000 personnes disparaissent sans laisser aucune trace. Pas de corps, pas de témoignage. Elles sont littéralement effacées, ne laissant derrière elles un vide que rien ne peut plus combler. Pour un mot, pour une parole, de véritables razzias sont effectuées par la police de la dictature dans des villages entiers. De la côte, on voit s’éloigner des avions vers l’horizon, puis ils reviennent bientôt. Le lendemain, quelques rares corps s’échouent sur la plage.
 
 Comment dans ces conditions construire le deuil d’une personne que l’on n’a jamais connue, quand on ne peut même pas savoir si elle est encore en vie ou non ? C’est la question que se pose tous les jours Tango Montoya, un enfant de dix ans qui grandit à Paris, dans un hôtel tenu par un vieil argentin silencieux. Dans la solitude, il explore les couloirs vétustes comme les recoins de son cœur. Son père, Luis, pour payer le prix du passage en Europe de sa femme et de leur nouveau-né, a été contraint de s’engager dans la guérilla. Depuis ce jour, Tango grandit seul avec Ana, sa mère, dans l’ombre permanente et la folie croissante de l’amour fou qu’elle porte à son homme resté au pays. L’enfant réinvente peu à peu l’histoire de son père, dans un mélange d’innocence et d’imagination.
 
 C’est avec une grande force que Valérie Boronad nous livre un dialogue inattendu entre ce fils et son père, dont le lien physique a été brisé par le destin. Tango rédige des lettres à ce père disparu, avant de poster ces écrits sous son lit, dans une valise où, comme un trésor intime, il entasse ce qui compte pour lui. Il espère chaque jour un peu plus pouvoir croiser le regard de cet homme qu’il ne connaît pas. De son côté, dix ans auparavant, Luis, à partir du moment où il voit le bateau qui emporte sa famille disparaître derrière l’horizon, se met lui aussi à écrire à son fils qu’il ne pense pas revoir.  
 
 Il s’agit paradoxalement d’une double correspondance à sens unique, à des milliers de jours et de kilomètres de distance. Il naît de ces mots jetés sur le papier une émotion rare et intense. On ne peut qu’être touché par les sentiments de manque et d’amour qui sont livrés ici, jusqu’à ressentir au creux de soi ce vide immense. La force de ce récit est de donner l’envie d’espérer, d’attendre mais aussi de hurler l’absence. Et quand enfin une vérité est dite, qu’elle corresponde ou non à la réalité, cette tension retombe, et l’apaisement est enfin là. Rien n’est pire, dans cette disparition, que le silence. Rien ne libère plus que la parole.
 
 « T’écrire me sauve la vie »   ( Luis )
 « Peut-être qu’on peut y croire » ( Tango )
 
 
Extrait :
 
 
 « Ma mère a perdu son cœur. La douleur l’a fait tomber par la fenêtre. Peut-être qu’il a rebondi comme une boule de chewing-gum. Peut-être qu’il était si usé qu’il s’est brisé en arrivant au sol. Peut-être que quelqu’un l’a attrapé et l’a enfermé dans une cage dorée et que jamais plus il ne pourra voler jusqu’à moi.
 
 Le cœur de ma mère s’appelle Luis. J’ai beau savoir son nom, je ne l’ai pas retrouvé. Mais je n’arrête pas de l’appeler. A force, peut-être finira-t-il par revenir.
 
 Connaître le nom que porte le cœur de quelqu’un ne donne aucun pouvoir sur le cœur de ce quelqu’un.
 
 Le cœur d’une mère n’est pas un petit chien. Il ne répond pas quand on le siffle. On ne peut pas le caresser. Il ne vient pas nous lécher quand on s’est fait mal. Il ne se contente pas qu’on lui donne à manger pour se mettre à aimer. Tant pis. J’aurais bien voulu y croire. Mais j’ai trop mal au ventre. »
07 septembre 2009
L'étoile rouge et le poète, de Alicia Dujovne-Ortiz
Alicia Dujovne-Ortiz
 « L’étoile rouge et le poète »  Métaillié 2009

 
http://images.flu.fr/private/photo/6317030631/private-category/etoilerouge-130261088c.jpg

 
 Africa de la Heras est couturière. Née à Ceuta, dans ce lieu où la fougue espagnole se mêle à la chaleur de la terre Africaine, elle s’installe à Paris après la guerre civile pour y exercer son activité. C’est, du moins, ce qu’elle fait croire à Felisberto, jeune poète uruguayen en voyage d’étude dans la capitale française. Repéré lors de son voyage en Amérique du Sud par Jules Supervielle, celui-ci navigue dans un monde imaginaire, entre ses écrits surréalistes et sa grande immaturité affective qui a déjà entraîné l’échec de deux mariages.
 
 La jeune femme est en réalité une héroïne des brigades internationales lors de la guerre d’Espagne. Elle a été remarquée et recrutée par le KGB qui en a fait une spécialiste des communications et des codes secrets. Le but est alors de monter un réseau ayant la possibilité d’introduire des espions russes aux Etats-Unis. Quoi de mieux, dans ces conditions, que de séduire et d’épouser ce grand enfant, notoirement anticommuniste, mais faible et malléable à loisir. A Montevideo, elle devient rapidement une couturière à la mode, mais cache son émetteur radio dans ses machines à coudre et son antenne parmi ses cordes à linge. Son quotidien est partagé entre son mari et sa mission. Pour lui, elle devient cuisinière, ménagère, maternelle, mais aussi petite fille ou poupée pour assouvir ses besoins infantiles. Elle doit affronter une belle-mère possessive et une société sud américaine où les relations humaines sont codifiées de manière bien différente que dans les commandos russes clandestins qu’elle a pu diriger pendant la guerre, derrière les lignes allemandes.
 
 Dans le même temps, elle trouve le moyen de monter un réseau fournissant des papiers d’identité uruguayens légaux à des espions russes, et ainsi leur autoriser l’entrée aux Etats-Unis. Elle trouve ainsi un moyen inimaginable qui lui fait parcourir tout le pays sous différentes identités. Ce récit d’une rencontre improbable entre deux êtres incompatibles est mis en scène et orchestré névrotiquement par un officier moscovite qui manipule ses pantins au gré des changements politiques communistes.
 
 Avec verve et imagination, Alicia Dujovne-Ortiz mêle réalité et fiction pour bousculer tous ses personnages et les emmener vers l’inattendu. On est bien loin des clichés portés par les romans d’espionnage et il sera vain de rechercher ici un style ou des références aux classiques du genre. Ici, point de super espion comme chez Ian Flemming, ni de suspense haletant comme chez John Le Carré. Nous naviguons dans ce récit surréaliste, latin et truculent. Alicia Dujovne-Ortiz nous plonge dans le quotidien surprenant, cocasse, triste ou incompréhensible d’une femme prête à s’oublier pour la cause communiste. Elle construit avec talent un roman intime et passionnant.
 
 
Extrait :  
 
« Le 13 décembre 1947, une jolie brune se dirigea vers la tribune du Pen Club, à Paris, où Jules Supervielle venait de présenter son protégé, Felisberto Hernandez, que Roger Caillois avait proclamé « l’écrivain le plus original d’Amérique du Sud ». (…)  
 
 Felisberto signait des exemplaires la tête baissée. Cette position mettait en valeur ses cheveux, noirs et bouclés, plantés en forme d’ailes de chauve-souris, comme le chaperon de Fantômas. Elle examina sa bouche, câline, enfantine. Se sentant observé, Felisberto leva les yeux. Il ne les baissa plus, tout occupé à lancer des sourires en direction du teint olivâtre, des yeux sombres, de la face aplati comme un museau de vache. Comme il l’avait toujours dit, les femmes se penchaient sur lui, avec sollicitude, quand il jouait du piano et, maintenant, alors qu’il signait des livres. Il n’avait jamais eu besoin d’aller les chercher, elles venaient seules. Mères attirées par son air désemparé.
 - Ah, tu es venue ? fit-il dans un murmure. »
 

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