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GuillaumeMtp
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Bibliothérapie à tous les étages...
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Homme Né le : 16 mars 1976 Ville : Montpellier Département : HERAULT Région : Languedoc Roussillon Pays : France Statistiques
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Le Blog de GuillaumeMtp
07 septembre 2009
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L'étoile rouge et le poète, de Alicia Dujovne-Ortiz
Alicia Dujovne-Ortiz
« L’étoile rouge et le poète » Métaillié 2009
Africa de la Heras est couturière. Née à Ceuta, dans ce lieu où la fougue espagnole se mêle à la chaleur de la terre Africaine, elle s’installe à Paris après la guerre civile pour y exercer son activité. C’est, du moins, ce qu’elle fait croire à Felisberto, jeune poète uruguayen en voyage d’étude dans la capitale française. Repéré lors de son voyage en Amérique du Sud par Jules Supervielle, celui-ci navigue dans un monde imaginaire, entre ses écrits surréalistes et sa grande immaturité affective qui a déjà entraîné l’échec de deux mariages. La jeune femme est en réalité une héroïne des brigades internationales lors de la guerre d’Espagne. Elle a été remarquée et recrutée par le KGB qui en a fait une spécialiste des communications et des codes secrets. Le but est alors de monter un réseau ayant la possibilité d’introduire des espions russes aux Etats-Unis. Quoi de mieux, dans ces conditions, que de séduire et d’épouser ce grand enfant, notoirement anticommuniste, mais faible et malléable à loisir. A Montevideo, elle devient rapidement une couturière à la mode, mais cache son émetteur radio dans ses machines à coudre et son antenne parmi ses cordes à linge. Son quotidien est partagé entre son mari et sa mission. Pour lui, elle devient cuisinière, ménagère, maternelle, mais aussi petite fille ou poupée pour assouvir ses besoins infantiles. Elle doit affronter une belle-mère possessive et une société sud américaine où les relations humaines sont codifiées de manière bien différente que dans les commandos russes clandestins qu’elle a pu diriger pendant la guerre, derrière les lignes allemandes. Dans le même temps, elle trouve le moyen de monter un réseau fournissant des papiers d’identité uruguayens légaux à des espions russes, et ainsi leur autoriser l’entrée aux Etats-Unis. Elle trouve ainsi un moyen inimaginable qui lui fait parcourir tout le pays sous différentes identités. Ce récit d’une rencontre improbable entre deux êtres incompatibles est mis en scène et orchestré névrotiquement par un officier moscovite qui manipule ses pantins au gré des changements politiques communistes. Avec verve et imagination, Alicia Dujovne-Ortiz mêle réalité et fiction pour bousculer tous ses personnages et les emmener vers l’inattendu. On est bien loin des clichés portés par les romans d’espionnage et il sera vain de rechercher ici un style ou des références aux classiques du genre. Ici, point de super espion comme chez Ian Flemming, ni de suspense haletant comme chez John Le Carré. Nous naviguons dans ce récit surréaliste, latin et truculent. Alicia Dujovne-Ortiz nous plonge dans le quotidien surprenant, cocasse, triste ou incompréhensible d’une femme prête à s’oublier pour la cause communiste. Elle construit avec talent un roman intime et passionnant. Extrait : « Le 13 décembre 1947, une jolie brune se dirigea vers la tribune du Pen Club, à Paris, où Jules Supervielle venait de présenter son protégé, Felisberto Hernandez, que Roger Caillois avait proclamé « l’écrivain le plus original d’Amérique du Sud ». (…) Felisberto signait des exemplaires la tête baissée. Cette position mettait en valeur ses cheveux, noirs et bouclés, plantés en forme d’ailes de chauve-souris, comme le chaperon de Fantômas. Elle examina sa bouche, câline, enfantine. Se sentant observé, Felisberto leva les yeux. Il ne les baissa plus, tout occupé à lancer des sourires en direction du teint olivâtre, des yeux sombres, de la face aplati comme un museau de vache. Comme il l’avait toujours dit, les femmes se penchaient sur lui, avec sollicitude, quand il jouait du piano et, maintenant, alors qu’il signait des livres. Il n’avait jamais eu besoin d’aller les chercher, elles venaient seules. Mères attirées par son air désemparé. - Ah, tu es venue ? fit-il dans un murmure. »
Dossier : Lectures
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