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Le Blog de les fourmis ailées
10 janvier 2010
LE SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR
C'est souvent drôle et quand même irritant, Marivaux. Voir tous ces atermoiements amoureux, cette errance des sentiments, alors qu'on sait bien comment ça va se terminer... Rien à voir pourtant avec la vie : les atermoiements amoureux existent bien, mais ils ne sont pas drôles et on ne sait pas comment ça va se terminer. Ah ! L'aisance du spectateur !... J'ai eu grand plaisir à revoir, hier soir, sur Arté, La seconde surprise de l'amour, pièce écrite par Marivaux et mise en scène par Luc Bondy. Deux endeuillés, la Marquise et le Chevalier, apprivoisent peu à peu le sentiment qu'ils ont l'un pour l'autre. A côté de ces tristes sires, le miroir inversé des valets, Lisette et Lubin, bons vivants. A côté de ceux-là encore, les deux célibataires que sont le disciple de Sénèque et le barbon aristocrate... Ruse de la farce et force de l'analyse (ou faiblesse !). Grâce, naïveté : trivialité de nos quotidiens. L'amour se dévoile - ou naît - aux deux jeunes gens sous les horions de l'amour-propre. Marivaux, c'est toujours bien. Mais c'est encore mieux avec ce bêta-petit garçon de Chevalier en pantalon jaune et la sublimissime Marquise (c'est juste parce que Clotilde Hesme est très grande que je choisis ce mot ; évidemment.), qui prendra la place d'Angélique dans le coeur du Chevalier. L'alliance du côté désenchanté (ô rage ô désespoir ) et du comportement petit-enfant (étonnement et bouderies) est vraiment réussie. La mise en scène avec les deux maisons, le cadre, la voix lactée par terre, est efficace. Le jeu des acteurs m'a touché ; et j'ai pris bien du plaisir à savourer les mots de Marivaux avec le ton de Luc Bondy. Et je prendrais, encore, bien du plaisir à l'écouter et le regarder en DVD, ce spectacle : car ce qu'il y a de bien, à notre époque, c'est que les bonnes surprises redoublent grâce aux enregistrements.
10 janvier 2010
CIELS

Effectivement, la dernière pièce de cette tétralogie est bien différente de Sang des promesses. Tant dans le propos que dans la forme. Cinq personnes, enfermées et isolées, essayent de faire échouer une attaque de grande ampleur, une attaque terroriste. Qui ? Contre quoi ? On ne sait pas, on n’en sait rien. Et celui qui savait est mort, en est mort. Et les spectateurs enfermés dans un cube assistent à l’enquête de ces personnages, rencontrent le Tintoret.
Un huit-clos, dont l’absurdité n’est pas l’homme mais ce qu’il a produit. La guerre. La guerre, dans laquelle nous baignons, avec ces flots d’images et ces bruits de bombardement. Cette guerre que je n’ai pas connue, mais qui arrivera bien un jour, à nouveau.
On ne peut pas dire plus, car toute la pièce est là, dans cette enquête et dans cette aversion. Là encore, il ne faut pas la voir, il faut prendre cette pièce avec soi, et ressasser jusqu’à l’éveil. L’art, l’art, toujours l’art. La seule arme sans doute, l’arme où se loge, en derniers recours, ce qu’il nous reste d’humanité.
10 janvier 2010
LE SANG DES PROMESSES

Je me demande tout de même l’effet qu’a dû produire Le Sang des promesses à Avignon. Tous les avis sont unanimes, mais ils ne suffiront pas à décrire ce qui fut ressenti. On peut vaguement le pressentir, en avoir peur, après avoir assisté à la trilogie, de Littoral à Forêts, dans la même journée. Car Wajdi Mouawad est un grand metteur en scène et un grand auteur. Un homme de théâtre qui nous parle de nous, de nos guerres et de nos espoirs, en mêlant étroitement l’intime et l’universalité, comme Shakespeare ou Racine. Un grand, vous dis-je.
A vrai dire, ses pièces demandent le recueillement. Applaudir ? Oui, c’est sûr, mais après, ensuite. Ne pas retourner à cette réalité, tout de suite, ne pas considérer ces pièces comme un spectacle. Pour juste revenir à la réalité, empli d’une force et d’une conscience plus accrue de notre monde. Car Wajdi Mouawad nous parle du monde, de nos destins, de nos liens, de nos liens brisés, de ces liens qu’on porte et qu’on transmet à notre tour, déchirures sans cesses recousues. La guerre ? Laquelle ? Une : celle du Liban, celle du Moyen-orient, celle du Vingtième siècle. Celle des hommes entre eux. Longue chaîne ininterrompue qui a à elle-même sa propre histoire.
L’art pour dire et contrer cette volonté de guerre. Pour dire de manière aussi effroyable et si belle ce qu’elle est. Jets de couleur, de peinture, du rouge, du vert, du bleu, des lianes, des monstres, une vanité, l’amour. Du rire, parce que la vie est ainsi faite. Le rire et la joie ne sont là que pour mieux dire les tragédies et les ratés. Et permettre un choc esthétique renouvelé sans cesse et dont la résonance n’aura pas de fin. Il est des rencontres qui tombent à point nommé. Celle-ci aurait eu lieu, de toute manière. Rater un seul de ses futurs spectacles ne me semble pas envisageable. Et les voir ne suffiront pas à pouvoir les dire, car comment faire le tri raisonné, ensuite, de ce qui vibre et s’étend et se propage encore.
10 janvier 2010
RICHARD III

Cela faisait bien longtemps que je souhaitais voir un Shakespeare sur une scène de théâtre. Pour ce qui est des films, j’ai déjà donné… Alors cette soirée promettait. Un drame historique et cette suppliante : « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » Je piaffais d’impatience.
Pourtant, le choc n’allait pas être complètement au rendez-vous. Premièrement, parce que j’étais parti en retard de chez moi. Deuxièmement, parce que j’étais fatigué. Ma tête avait une forte tendance à ne pas vouloir rester droite, et fière, au dessus de mes épaules…
Heureusement que j’avais quelques rudiments en matière de guerre intestine et anglaise. Les York, les Lancastre, la guerre des Deux-Roses… je ne fus pas si perdu que ça, même si les meurtres se sont enchaînés et que le tourbillon emporta le reste de ma raison… En même temps, pour dire la folie des hommes et la haine d’un homme en particulier, on ne peut faire mieux que de « bousculer » le spectateur. Voire de le perdre. Qui est qui ? Fi donc ! Mauvaise question. Des vivants en sursis. Les morts se ressemblent tous.
Richard de Gloucester, l’homme laid qui se promet d’être roi, intrigue en effet à merveille et abat, l’un après l’autre, ses opposants, dont les portraits géants le surplombent au fur et à mesure des assassinats. Comme une épée de Damoclès, le signe d’une vengeance à venir, des fantômes. Qui verse le sang verra son sang couler à son tour.
Ce dispositif est très impressionnant, il rejoint dans sa narration les figurines en deux dimensions qui représentent les protagonistes de l’Histoire et qui traversent la scène. Un peu comme des pantins, comme des marionnettes, des jouets. Peut-être aussi comme les figures d’un échiquier.
Entre ces deux espaces (le devant de la scène et le rideau), se tient un pavement rouge et blanc, couleur des deux familles royales… et s’ajoutent des blocs gris, constituant tour à tour le trône, le cimetière, la table.
Il y a eu de beaux moments de poésie, de beaux tableaux, avec les couleurs, les ralentis, mis en valeur grâce à deux musiciens baroco-électriques ; et le personnage de Richard, que je trouvais brouillon et emprunté, prend peu à peu de la consistance. Il s’ajuste. Sa perfidie nous le montre toujours fragile et quand sa volonté de grandeur se réalise enfin, l’absurdité de sa geste éclate avec sa peur de mourir. Tout ça pour ça. Un grand final.
10 janvier 2010
FLEXIBLE HOP HOP

Flexible Hop Hop !, d’Emmanuel Darley, est une pièce déroutante par l’écriture laconique, brute. Elle déroule la vie d’une entreprise déjà à la dérive et de ses salariés qui le seront bientôt : Interklang. Vous ne connaissez pas ? Mais si ; cette entreprise est pareille aux autres, avec ses économies au détriment des employés, ses délocalisations…
Mise en scène par Paule Groleau, une chorégraphe, et Patrick Sueur, cette pièce est d’une grande efficacité pour dénoncer l’employé-machine, véritable objet dans les mains des patrons, soumis aux contraintes économiques. Détruire des vies pour survivre.
Cette danse des employés, on embauche, on débauche, les jeunes, les vieux, les formés, les inexpérimentés, les femmes, l’asiatique bon marché… est une danse macabre, une danse funèbre qui n’émeut pas le Politique, l’homme qui inaugure un musée dans les murs de l’entreprise vide. Requiem pour le souvenir.
Le personnage qui m’a le plus plu, c’est Brigitte, sorte de secrétaire, en charge des ressources humaines, maillon fort de ce système faible. Vêtue de rose, sa première apparition est diablement chorégraphiée. Ambiance jeu vidéo. Ensuite, évidemment sexy sur sa chaise ou sur ses longues jambes, Brigitte joue avec talent de sa voix et de ses inflexions, afin de « servir » au mieux, avec toute l’ambiguïté de sa position, l’entreprise Interklang. Séduction du serpent.
10 janvier 2010
Interview de David Foenkinos
1) Avec le personnage de Nathalie, il me semble qu’il y a une grande nouveauté dans votre parcours. C’est le personnage clef du roman et il apporte une tonalité plus rude à votre enjouement habituel. Pourquoi avoir justement pris une femme pour dire cette reconstruction douloureuse et calme :
C’est un livre plus grave que les autres oui. Je voulais depuis longtemps équilibrer entre l’humour et un fond plus réaliste, plus sérieux. J’avais envie de suivre le parcours sentimental d’une femme. Mais en même temps le livre parle aussi des hommes qui jalonnent sa vie.
2) Y a-t-il eu un élément déclencheur particulier pour ce roman ? Le quiproquo du baiser ? La disparition soudaine et absurde de François ?...
C’est la pulsion du baiser. Subitement, Nathalie embrasse… un Suédois !... C’était le point de départ. L’idée qu’en matière amoureuse, c’est le corps qui décide. Que Nathalie soit soumise à cette étrange pulsion sensuelle.
3) Vous sentez-vous plus capable d’écrire sur des sujets douloureux ? Est-ce un livre, comme un autre, ou sentez-vous que vous avez changé, que vous ne pourrez plus écrire Inversion de l’idiotie ou Entre les oreilles ?
Je ne pourrais plus écrire mes premiers livres c’est sûr !... Je crois qu’on évolue forcément. Et mon évolution me pousse vers moins de folie, plus de réalisme. Et plus de simplicité aussi.
4) A vous lire, on a parfois l’impression que votre écriture est primesautière, que vous saisissez ce qui vous saute à l’esprit... Comment écrivez-vous ? Et, seconde question, avez-vous des rituels particuliers quand vous écrivez ?
Le premier jet, oui. C’est vif, je suis mes idées. Mais après je retravaille beaucoup. Je coupe, je simplifie. J’écris le matin, avec des chaussons. Comme si j’étais en Suisse.
5) D’où vous viennent ces références aux pays, aux nationalités ?
J’aime bien m’amuser avec ça. Il y a toujours deux polonais dans mes livres. Mais là, c’est un livre complètement suédois. Une nation mi Bergman mi Ikéa, et je trouve que ça donne aussitôt une tonalité dépressive à cette sociéte.
6) Vous êtes encore en course pour le prix Interallié 2009. Vous avez déjà eu trois prix : prix François Mauriac, prix Roger Nimier, Prix Jean Giono. Quels ouvrages de ces auteurs appréciez-vous ?
Non, ce sont des auteurs que j’ai peu lu. Que je connais peu.
7) Etes-vous déjà sur un nouveau roman ? Sur une nouvelle pièce de théâtre
J’écris le scénario de la Délicatesse. Je publie en janvier une petite nouvelle intitulée « Bernard », l’histoire d’un homme de 50 ans qui retourne vivre chez ses parents. Ca sera publié dans une maison d’édition les Editions du Moteur. Une maison qui ne va publier que de courts textes destinés à être adapté au cinéma. Et puis en janvier il y aussi la sortie de Nos séparations en Folio.
8) Pouvez-vous nous parler de l’adaptation du Potentiel érotique de ma femme ?
Elle est arrêtée. Celle de Nos séparations avance. Normalement ( je l’espère !) c’est Yan Samuel qui fera le film. Le réalisateur de Jeux d’enfants. Et puis j’aimerais réaliser avec mon frère La délicatesse.
9) Quels sont les livres qui vous ont vraiment marqués depuis deux ans ?
Un homme de Philippe Roth.
10) Et pour terminer, aimez-vous les krisprolls ?
Non, même pas !... Mais j’espère que le livre sera traduit en Suédois, alors il faudra que je m’y mette.
09 janvier 2010
"L'idiot de Shangai" et autres nouvelles des écrivains, Pierre Péju
Un écrivain à la découverte de la Chine, un écrivain qui fait mine d’écrire afin de mieux voir sa femme, un écrivain paralysé nommé Sherlock Holmes. Trois écrivains, trois enfermements, puisque le premier ne peut plus lire, le second se claquemure dans son cabinet, le troisième ne peut bouger. Trois dérélictions, trois folies… Sagesse, tragédie et humour noir sont au rendez-vous. Avec le plaisir de lire quelques perles ou conte de la pensée chinoise, de rencontrer un nouveau Barbe-Bleue ou de voir Watson et son Sherlock Holmes à l’œuvre...
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