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Le Blog de les fourmis ailées
09 janvier 2010
Antonio Soler : l'étoffe d'un cauchemar
09 janvier 2010
"Le Sommeil du caïman", d'Antonio Soler
09 janvier 2010
"La perfection du tir" : Mathias Enard
![]() J’ai lu ce livre par défaut. Entendons-nous bien : je voulais lire du Mathias Enard, j’avais d’ailleurs acheté Zone à cet effet (belle tentative), mais ce dernier livre étant un volume fort épais (et ayant, pour cette raison, repoussé ma lecture des Bienveillantes de Jonathan Little jusqu’à ce jour), je me suis dit que je pourrais parler bientôt en société (…) de l’auteur de Zone, sans avoir lu Zone, grâce à La Perfection du tir. Nous y sommes. Le narrateur de ce récit est un tireur hors-pair qui nous conte sa drôle de guerre. Car son pays est en guerre. Contre qui ? On ne sait pas. On sent la guerre civile. Et quand bien même ce ne serait pas, il faut bien se rendre compte qu’une guerre entre les Nations n’est qu’une guerre entre les citoyens du même monde. Et puis : la guerre ressemble à une autre, avec ses morts, ce bruit, ce sang, ces mutilations, cette fatalité permanente… Tout au plus suppute-t-on que cela se déroule au Moyen-Orient. On a vaguement l’impression de voir les images, les immeubles, les rues, les débris, de l’excellent métrage Valse avec Bachir. Parce que l’auteur connaît le persan et l’arabe, et a séjourné au Moyen-Orient (c’est la quatrième de couverture qui le dit). Parce qu’un des personnages se prénomme Myrna. Pour moi, ça sonne oriental. Oui, oui. Un Combattant. Un tireur hors-pair. Un esthète :
Ce tireur, dont on ne connaîtra jamais l’identité, s’occupe de sa mère folle (autant qu’il en a le désir) et propose à Myrna, jeune fille de 15 ans, de l’aider dans cette œuvre filiale. Que croyez-vous qu’il arriva quand il aperçut à travers les volets sa féminité naissance ? Une histoire d’amour ? Vous êtes bien cruel... L’ère est à la guerre, à la violence, à la force. A la paix du snipper répond les tourments du désir, lui aussi sous l’emprise d’une volonté de puissance. « Le plus important, c’est le souffle » est la première phrase du livre. Autant pour celui qui vise une cible et doit faire mat en un coup que pour le narrateur, dont l’histoire n’est authentique que parce que le rythme et ses pensées sont chevillés à cette volonté de faire corps avec les potentialités de son arme. Mathias Enard ne dit rien, il montre le chaos des hommes, un espace déchiqueté où même la vengeance perd sa signification. Il décrit un royaume de l’errance, lieu d’une déshumanisation éternelle, avec une poésie froide et un lyrisme brutal à faire détester la littérature. Et pourtant… Comme dirait Walter Benjamin : l'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre ». Représenter parfaitement le mal, goûter à la perfection des tirs… Peut-être est-ce, paradoxalement, cette monumentalisation esthétique qui permet de ne pas sombrer dans la destruction la plus pérenne, car l’art, en général, et la littérature, en particulier, sont justement les lieux où le Mal dans toute sa splendeur trouve un ennemi propre à le contrer, et constitue le rappel vivant que la bonté et l’amour d’autrui reste le meilleur rempart contre la barbarie. Je ne sais pas ce que vaut Zone mais La perfection du tir est un récit très visuel de la vie d’un combattant, qui porte dans sa violence la marque d’un désir plus pur, que le présent ne laisse pas s’épanouir normalement, mais qui git bien là. Parce que « senti ».
09 janvier 2010
"Victoire" , écrit par Conrad
![]() Dans ce roman assez long : une île. Et sur cette île, un homme : Axel Heyst. Entre faux roman aventure et vrai récit métaphysique. Le Bien, le Mal, l’Homme, tout ça dit grâce à un éclatement narratif, très impressionnant, et des portraits très fouillés. Cependant, ces personnages bien campés ont tout de même leur mystère, et le lecteur est de plus en plus tenu en haleine par ces glissements, ses surprises narratives qui sont aussi celles de l’être humain. Un gentleman ne peut que lire un tel livre.
09 janvier 2010
"Les Funambules" ou l'épreuve du vent (Antoine Bello)
![]()
Voilà le résumé des Editions Gallimard. Cela m’évite de parler des histoires, des fabuleuses histoires devrais-je dire. Je me borne simplement, ici, à inciter mes quelques lecteurs à lire ce recueil, ce premier ouvrage d’Antoine Bello, lauréat du Prix de la Vocation Marcel Bleustein-Blanchet en 1996. Avec ces récits, on pense parfois à Borgès, à Balzac, à Tournier : concision, narration, réflexion. On se laisse emporter par l’histoire, par son mystère, par la détresse et l’ambition des personnages. A la recherche de la perfection, peut-être. D’une stature, sans doute. De la dignité, d’une coïncidence avec soi-même, par-delà les railleries, les incompréhensions et les échecs. Dans les épreuves. Il faudrait donc faire sienne cette phrase de Jim Mute, dans « Go Ganymède ! » : « Arrive un moment, me dit-il, où les intérêts d’un astronaute et ceux de son employeur se rejoignent puis se confondent. Alors la vie d’un homme devient un paramètre modélisable, en l’occurrence important, mais non essentiel. »
09 janvier 2010
"Berlin Alexanderplatz", Alfred Döblin
![]() Date de première publication : 1929 Date de la traduction de mon livre : 1970 (comprendre, pas celle-ci) Lieu : Alexanderplatz, Berlin Epoque : seconde moitié des années 20 Personnages : Franz Biberkopf, Lüders, Reinhold, la bande de Pums, Mimi Fantômes : Ida et la prison de Tegel Milieu social : Milieu berlinois, petits truands et prostituées Métaphysique : destinée, Mal Comparaisons traditionnelles : Ulysse de James Joyce, Voyage au bout de la nuit de Céline. Narration : hors norme. Points de vue multiples, collage, désinvolture, interpellation. Couleur : expressionniste Gimmick : l'abattoir, les tramways Label : fait partie de la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps.
09 janvier 2010
Jérôme Attal, "Le garçon qui dessinait des soleils noirs"
![]() Jérôme Attal a écrit plusieurs livres. Celui-ci est son troisième. J'avais déjà lu le premier : L'Amoureux en lambeaux, que le BUZZ… avait largement chroniqué. Je l’avais bien apprécié, et je l’avais beaucoup corné. Tout simplement parce que ce qui était dit était très juste. Noir, dur, peut-être, lucide en tout cas. Et je préfère cette conscience âpre, quitte à se brûler l’âme. Façon de parler. Ceci dit, le titre de cet ouvrage, plus narcissique que Le Rouge et le bleu ou Journal fictif d’Andy Warhol, les deux autres livres de Jérôme Attal qui évoquent, eux, la culture artistique pop (le premier avec les Beatles), reprend une image qui m’est cher : « le soleil noir ». Bien sûr, on pense à Nerval et à la mélancolie, mais plus qu’à la tristesse, j’y vois cette idée de contempler en même temps le soleil et la mort. Souvenons-nous de cette phrase d’Héraclite : « le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face »… Essayons quand même, et mieux. Le héros est donc un garçon qui, dans son enfance, dessinait des soleils noirs : Basile Green. Artiste, il connaît un certain succès sur les scènes musicales, puis il se rend compte que cette reconnaissance ne lui correspond plus. Vide de sens, versatile - tout aussi synonyme d’absence que ses rencontres amoureuses, bien réelles mais creuses. Le hante le fantôme d’Anika. A ce récit de Basile et d’Anika s’ajoutent deux nouvelles : La nuit verte et La solitude exécutée. La première relate une soirée entre jeunes gens, la seconde les jours tumultueux d'une colonie de vacances. Ce qui est toujours intéressant, c’est cette écriture à fleur de peau, à la pensée profondément sentie. Le thème est amoureux, le propos acéré. Il m’est venu une réflexion tout à l’heure sur la naïveté, sur l’idéalisme (voire l’angélisme), en tombant par hasard – je vous le jure – sur un blog dont les poèmes dégoulinaient. De la guimauve. Peut-on dire réellement que cette personne est c... à penser ainsi ? « Bien naïve ! » « Ridicule ! ». Ce que j’en pense, c’est qu’on ne peut lui jeter la pierre d’aimer ainsi (en plus, c'était un petit bébé de trois ans). Le tort serait simplement de ne pas ouvrir l’œil, comme l’indique Döblin dans son Berlin Alexanderplatz, quand on fait oeuvre de bonté. Il ne faut pas confondre aussi, à l'inverse, la lucidité et le laisser-aller. Ce qui me conduit à reprendre ma petite note sur Basile Green et ses avatars. Défendons la littérature de l’intime, en général. Et cette mélancolie-là, en particulier, parce qu’au fond, dans cette désespérance, il y a un horizon, pas illusoire, ni rêvé : réel. Parce qu’il est une force. Le soleil et la mort. Tout est là. Ce qui caractérise l’écriture de Jérôme Attal, c’est justement ce côté vague à l’âme, mélange de références contemporaines et de termes surannés. En découle une certaine intemporalité. Le romantisme est peut-être éternel, finalement. Ces phrases sont bizarres, me suis-je dit, sans savoir pourquoi. Elles m’échappent. Je ne dis pas ça, uniquement, pour l’utilisation des virgules, qui parfois tardent à venir. Les images, certains mots. Enfin, ce n’est peut-être que mon ressenti. Mais le rythme est authentique. Peu importe qui parle, seul compte le rythme, et à travers lui : le souffle. Jérôme Attal est un écrivain en mode mineur et un véritable auteur. On attend de voir, cependant, si ce "roman des fins d'adolescence" sera suivi de romans où l'adolescence n'est plus une nostalgie.
09 janvier 2010
Arnaud le Guilcher et la littérature du ventre
![]() Stéphane Million publie ce livre du breton Arnaud Le Guilcher en octobre, mais on peut déjà le lire. Suffit de le demander. Enfin, faut le payer quand même. La couverture du livre est éclatante, un rien rutilante... Belle composition ! Cependant, si vous tournez l'ouvrage pour lire la quatrième de couverture, c'est déjà plus agressif. Je parle du résumé (complet ?...) envoyé en rafale, 6 mots maximum par phrase nominale. Tac à tac à tac à tac à tac. Il y a une machine à écrire, une Remington Rand, sur le sable. Rien d'étonnant donc. Ah oui ! Le pitch : « Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux Etats-Unis. Un allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. » (deux premières lignes de la quatrième de couv'…) C’est à dire : dans une station balnéaire aux Etats-Unis, Richard et sa femme Emma arrivent. C’est leur voyage de noce. Emma quitte les lieux - ou plutôt disparaît. Un Allemand tourne indéfiniment, pas très loin, car sa femme l’a également quitté. Grâce à elle, il est devenu le centre d’attraction du coin. Et des hippies arrivent dans ce petit coin de « paradis »… Mais vous aviez compris tout ça je pense. Points positifs : - foutraque (mais plus rock que dans les films de Kusturica) - chapitres courts (tu parles d’un critère) - des collages, des listes (++) qui dynamise la narration - des loosers américains, des vrais, je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à Very Bad Trip (le film) et Fantasia chez les Ploucs (le livre), de Charles Williams. - de l’humour, mais qui manque d’incision (c’est pour la transition) Points négatifs : - la fin (bof mais mignonne ou mignonne mais bof) - le langage familier avec lequel je ne suis pas assez familier.
09 janvier 2010
Mrs Dalloway" : une leçon d'écriture par Virginia Woolf
![]() Ce qui est extraordinaire dans ce livre, c'est l'écriture. Ce qui est dit n'est pas resté dans ma mémoire. Bel occasion de le relire. C'est sans doute parce qu'il n'y a pas d'histoire, d'intrigue, que rien ne va causer "tort" à une situation donnée. Ces presque trois cent pages sont la narration d'une journée, des pensées de différents personnages. Un tissage de monologues intérieurs dont le centre serait Mrs Dalloway, cette femme qui organise une soirée. Ce qui est admirable, c'est le passage, fausse rupture, entre les personnages entre eux, le glissement d'une pensée à une autre. Du présent au passé. D'un lieu à un autre. Raccords sans fausse note. Cette virtuosité joue de pair dans ce livre avec le style lyrique et poétique, qui emporte le lecteur. Vers où ?... Dans l'intériorité et les méandres de l'amour, de l'hypocrisie, des concessions, des erreurs. Dans l'expérience d'une lucidité. Vaste plan séquence de notre humanité.
08 août 2009
Chronique d'une disparition annoncée : "Hors champ", Sylvie Germain
![]() « Flou, brouillé, pas net, comme une photo tremblée, quoi »
Un dimanche matin, Aurélien, 49 ans, de mère polonaise et de père inconnu, se « réveille tout noué, une sensation de poids sur le plexus. Il porte les mains à sa poitrine, mais les écarte aussitôt, surpris par le contact d’un corps dur et froid. Un gros insecte, un crabe, une tortue… ? » Ce début résonne à mes oreilles comme les premières lignes de La Métamorphose de Kafka. Pourtant, rien de tel ici. Cette première frayeur n’est pas la bonne : Aurélien peut vaquer à ses occupations, sans problème. Enfin, presque, car sinon ce ne serait pas drôle. Déjà, la veille, la tringle de sa penderie avait lâché, la clenche de la porte des toilettes lui était restée dans la main et il avait repéré une grosse cloque au plafond. En ce dimanche : il se fâchera pour s’être levé si tardivement, se brûlera la langue et se passera de déjeuner, sera déçu de ne pas avoir sa petite amie Clotilde au téléphone et, en guise de coup de grâce, aura le déplaisir de voir flancher le disque dur de son ordinateur. Disque dur contenant le tapuscrit de son frère Joël, handicapé depuis une agression. Non, il n’avait pas cloné toutes ses données. En fait, il n’avait rien enregistré du tout : Aurélien est « un piètre e.hominien ». Et cette définition, qui ne manque pas d’humour, nous rappelle que ce fameux corps dur et froid qui l’a surpris, à son réveil, n’était qu’une visionneuse, contenant une série de reproductions de peintures préhistoriques… Ces quelques tracasseries ne seront que le prélude de sa disparition progressive, puisque manifestement, dès le lundi, les passants ne le voient pas dans la rue et le bousculent, le bus ne le prend pas, ses collègues l’oublient sans arrêt, on lui pose un lapin au cinéma. Si le dimanche n’avait pas tenu ses promesses, le lundi lui semble alors tout simplement « inamical ». Il en sera de même tout au long de la semaine, mécanique implacable et plus insupportable pour le lecteur que pour le personnage. Aurélien, en effet, justifie toujours ce qui lui arrive (ou qui ne lui arrive pas) : « cela doit être dû » est un gimmick. Si on ne le voit pas dans la rue, c’est en raison d’une distraction ou d’une désinvolture, si Clotilde délaisse sa couche de manière inhabituelle, c’est à cause des deux bébés de son amie dont il faut s’occuper, et si sa mère ne le reconnaît pas de suite au téléphone, c’est parce qu’elle devait dormir auparavant… C’est un peu énervant, car je n’attendrais pas si longtemps pour paniquer… Aurélien rationalise, alors qu’il devient flou, perd son ombre. Il rationalise trop. Du coup, il y a un décalage entre le personnage et le lecteur. On est en avance, on a bien compris ce qui se passe, et le mérite de Sylvie Germain est de nous faire passer, quand même, par tout un tas de sentiments. En effet, si on avait trouvé vaguement ennuyeux ou, plutôt, « plat » le premier chapitre (le style poétique qu’on apprécie chez Sylvie Germain nous a, d’ailleurs, paru moins présent dans cet ouvrage), à partir du moment où le fantastique surgit le lundi, notre cœur s’est emballé. Parce qu’il faut bien le reconnaître : une avalanche de mésaventures a un arrière-goût de gag. Qu’un bus passe sous le nez d’Aurélien ou qu’il manque de boire une lotion pour acné pour se soulager de ses nausées, avouez que c’est plutôt drôle. Et puis comme il en rajoute naturellement, choisissant pour éviter les bousculades de louvoyer dans la rue, on se dit presque, en n’y croyant guère, que ce n’est pas du Sylvie Germain. Pourtant, du rire au tragique : il n’y a qu’un pas ! Car, à force, cette indifférence visuelle, olfactive, sonore, qui explique le titre du récit, nous agace, nous tape sur les nerfs, nous dérange, nous oppresse, on rit jaune. On s’exclame qu’on a en assez, on ne supporte pas. Quoi ? Ce livre ou ce qu’il nous dit ?... L’habileté de Sylvie Germain est d’entrelacer des situations drôles à des sentiments plus noirs, de jouer de cette dédramatisation pour approfondir, ensuite, ce gouffre de l’inexistence qui s’est ouvert, mystérieusement, et où tombe Aurélien inéluctablement. Quoi de plus terrible que de sentir l’impatience d’Aurélien avant de voir Clotilde, gorgés que nous sommes des anecdotes à leur sujet, et de lire ensuite des scènes d’une grande cruauté. « Tu ne réponds à aucune de mes questions et tu ne cesses de t’esquiver » restera aussi sans réponse. Oui, l’habileté des contre points, ou des raccords de souvenirs, dans ce livre qui nous raconte sept jours de la vie d’un homme. Sept jours pour une rapide dissolution, quand il en a fallu sept, aussi, à Dieu pour construire le monde… Le monde dans lequel vit Aurélien est parent de l’Atlantide. Autant parce que cette référence à la célèbre île engloutie est présente que par la critique, certes en filigrane, des e.books, mais qui ouvre tout à la fois le livre, précède l’histoire d’Aurélien, et symbolise la fureur et le bruit des hommes. Oui, l’Atlantide, les peintures rupestres, mais aussi L’Origine du monde de Gustave Courbet et les haïkus d’Issa, autant de discrets avertissements pour dénoncer l’oubli d’Aurélien, événément fantastique qui ne surgit, d’ailleurs, pas dans ce roman, puisque cette aspiration du néant était déjà présente dès le début, en fait. Dans ce premier chapitre qu’on jugeait, justement, « plat »… Avant son réveil. Dans ce roman, le Mal n’existe pas dans sa brutalité, il est tapi dans l’indifférence sournoise, celle qui nous fait côtoyer les misérables, allongés sur des bancs ou par terre, dans une rame de métro. Au ban de la société. Il y a bien référence au grand-père polonais et au Mal de la seconde guerre mondiale, mais son importance tient moins un rôle dans d’histoire d’Aurélien qu’il ne procède d’un univers mythique, propre à Sylvie Germain. Cette référence, discrète, nous permet cependant de comprendre que Sylvie Germain, dans ce récit aux allures de conte, use d’une constante finesse pour nous dire qu’il n’y a pas de justification à cette Indifférence, qu’il ne peut y avoir même d’explication, tout en évitant la mièvrerie ou l’engagement matamore. Cette absurdité kafkaïenne, qui voit Aurélien rejeté de la société des hommes, laisse pourtant des zones d’ombre, que d’autres lectures, soumises à la même lancinance, s’efforceront de combler. Cela tient sans doute à ce réalisme magique, que certains lecteurs trouveront bien fade mais dont la consistance diaphane est d’une douceur absurde, car drôle et tragique à la fois, et surtout au propos même du livre. L’indifférence est de ces événements dont la quotidienneté nous surprendra toujours, de ces situations inattendues que l’on ne comprendra pas. Hors champ a la délicatesse des tragédies raciniennes et la brutalité, peut-être, des films muets de Charlot le vagabond. |
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