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Sabine Surlalune
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Sabine Surlalune
Two things you don't want to watch being made: sausages and laws"
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Né le : 01 janvier 2009
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Le Blog de Sabine Surlalune
01 février 2010
Le moine, la sainte et la bibine
Après avoir vu « Les Contes d’Hoffman » retransmis en direct du Metropolitan Opera (infos ici), j’ai décidé de découvrir l’auteur qui a inspiré l’opéra, soit ETA Hoffman lui-même, écrivain allemand qui aura réussi à s’imposer dans le paysage de la littérature fantastique en dix ans seulement.
 
Dans l’opéra, il est dit que la muse d’Hoffman sort d’un tonneau (d’alcool, et pas du dilué). En effet, l’écrivain prétendait que le vin épicé l’aidait à trouver l’inspiration, ce qui n’est pas faux : l’alcool lui donnait de violentes hallucinations qui se retrouvent dans son oeuvre.
 
« Les Elixirs du Diable », son unique roman, est d’ailleurs marqué par le vin et les hallucinations. Un jeune moine se voit confier la garde d’une relique extrêmement dangereuse : un flacon d’élixir dont le Diable se serait servi pour tenter Saint-Antoine... Un jour, poussé par des mécréants qui le goûtent et n’y voient qu’un bon vin, il se laisse aller à en prendre quelques gouttes. C’est le début d’une aventure folle où il tombe amoureux d'une sainte à la fois tableau et femme en chair et en os, sort de son couvent, découvre son sosie, le tue, se fait passer pour lui, et se fait hanter par le mort -- est-il d’ailleurs bel et bien mort ?
 
Si le roman est parfois difficile à suivre à cause des sauts de conscience du narrateur (le moine défroqué devient celui qu’il a assassiné, et vice versa), il n’en est pas moins fascinant par son jeu sur le thème du double décliné jusqu’au vertige. La langue subtile et raffinée est au service des grands classiques du roman fantastique, moines fous, repentirs fervents, étreintes passionnées exprimées en périphrases et meurtres hallucinés. Un grand moment de plaisir de lecture.
12 décembre 2009
"Choses proches mais distantes : les relations entre hommes et femmes"
Sei Shonagon écrivait ses notes sur du papier récupéré suite à un hasard heureux.  
 
Un jour, on avait fait cadeau à l’impératrice du Japon de carnets vierges dont elle n’avait pas l’utilité. Sei Shonagon les demanda pour en faire un journal - ou des notes de chevet, comme on les appelait - et commença à écrire des notes sur sa vie quotidienne en tant que dame de compagnie de l’impératrice. Dernier détail : elle vivait au dixième siècle, au cours de l’époque du Heian, à l’apogée de la cour impériale et des arts. Le monument littéraire Le Dit du Genji, l’un des premiers romans écrits en japonais et « le premier roman psychologique du monde » a été écrit lors de cette période.
 
L’entreprise littéraire de Sei Shonagon semble bien plus modeste : écrire au jour le jour, faire des listes au hasard, de « choses splendides », des « moments où l’on doit rester sur ses gardes » (164 listes en tout sur des sujets différents), noter à quel point l’impératrice est magnifique et l’empereur grandiose, et combien les serviteurs sont laids et bas (oui, elle était un peu snob)...
 
Pourtant, elle aussi est devenue une auteure classique des lettres japonaises. Ses notes de chevet sont étudiées à l’école primaire, notamment pour la pureté de la langue, presqu’entièrement débarrassée de chinois et son style : précis, surprenant, vif, très visuel.
 
En la lisant, on se perd dans cette époque lointaine, avec ses distinctions subtiles de rang, les longues conversations entre l’Impératrice et ses dames de compagnie où elles échangent des citations de poèmes classiques, les liaisons amoureuses et le cérémonial compliqué des poèmes du lendemain... Piques, moqueries, rivalités, amour, amitié, tout cela est passé au filtre des poèmes, créations originales ou éléments du canon.
 
En 1996, Peter Greenaway a réalisé un film,  The Pillow Book, où l’héroïne suit religieusement les traces de Sei Shonagon dans sa propre vie. C’est un film sur la sensualité des mots et le charme du langage... Pour le meilleur et pour le pire.
13 novembre 2009
Le Proustomètre
Je lis régulièrement le « flogomètre » du blog « Flogging the Quill » : un auteur soumet au blogueur le premier chapitre de son manuscrit. Le blogueur se met alors à la place d’un éditeur type : il est huit heures du soir, j’ai encore une pile de manuscrits à lire, j’ouvre le tien, je lis la première page, ai-je envie de la tourner pour lire la suite ?
 
Si oui, le blogueur fait des compliments précis. Dans le cas contraire, il donne des critiques constructives.
 
Souvent, en lisant les conseils prodigués, je me demande comment le blogueur aurait réagi face à Marcel Proust.  
 
Marcel Proust qui a reçu ce refus bien senti d’Alfred Humblot, directeur d’Ollendorf, au moment où il démarchait les éditeurs : « Je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. »  
 
Non, la grande mode actuelle du début dans le vif de l’action n’aurait sans doute pas été favorable à Marcel Proust. Sa description des salons mondains et son attention portée au moindre détail, révélateur des êtres et des différences de classe, aurait sans doute été mal vue, et que dire de ce narrateur aimant une femme qui est visiblement un jeune garçon ? Non, ce genre de transposition aurait été jugé comme une stratégie d’évitement des plus malvenues.
 
Pourtant, j’ai l’impression que les lecteurs assidus de Proust constituent comme une sorte de chapelle. Il y a ceux qui ont lu A la recherche du temps perdu, qui sourient quand on la cite, et ceux qui ne la connaissent pas. Ce n’est pas vraiment une question de snobisme, mais presque de religion.
 
En effet, les péripéties survenant dans ce roman gigantesque, s’ils ont l’air quotidiens (le narrateur marche dans les rues en revenant d’un dîner chez les Guermantes, il est couché et attend qu’Albertine vienne le rejoindre, etc.), prennent un tel relief qu’ils deviennent les éléments d’une messe : comme chaque célébration religieuse suit un chemin immuable et semé d’étapes du rituel, la lecture de Proust déroule ses péripéties, chacune objet d’une révélation.
03 novembre 2009
Elle, Maryse Condé, auteur francophone de Guadeloupe - New-York
Grâce à ma librairie locale, j’ai récemment découvert un roman de Maryse Condé : Moi, Tituba, sorcière... Noire de Salem.
 
De la seule accusée noire du procès des sorcières de Salem, décrite comme « originaire des Antilles, pratiquant probablement le vaudou », on ne sait pas grand-chose. Elle a été emprisonnée, puis rachetée pour le prix de ses chaînes et de sa pension par un inconnu. Le seul document historique dont on dispose sur elle est son témoignage lors du procès, qui informe davantage sur les fantasmes de l’époque que sur elle : elle avoue tout, oui elle a passé un pacte avec le diable contrainte et forcée, et puis il ressemblait à un porc, ou à un chien noir, ou bien il avait un oiseau jaune...  
 
Maryse Condé avait donc toute latitude pour inventer un personnage de femme au coeur trop chaud, incapable de duplicité, guérisseuse pratiquant le vaudou et parlant quotidiennement à ses morts. Le roman est né d’une commande d’Isabelle Gallimard, qui a demandé à la romancière un récit sur une femme des Caraïbes. Maryse Condé, alors à Los Angeles, se perd dans la bibliothèque de l’UCLA au cours d’une recherche quelconque, et tombe sur un rayonnage consacré aux procès des sorcières de Salem.  
 
Elle admet elle-même que la naissance de Tituba a des allures de coïncidence trop belle pour être vraie, mais que l’histoire est authentique. Ce mélange de spectaculaire ironique et de sérieux se retrouve dans le roman, une épopée parodique où Tituba part des Antilles pour les Etats-Unis, y rencontre Hester Prynne, l’héroïne de la Lettre écarlate, en prison, avec qui elle rêve à une société utopique féminine et féministe et déplore l’ignorance future que l’Histoire aura d’elle : elle le sait, elle ne deviendra qu’une seule ligne dans le registre de l’histoire, une esclave dont le destin n’a aucune importance.
 
Pourtant, le destin que l’auteur lui a tissé n’a rien d’anecdotique, à la hauteur de ses pouvoirs de sorcière vaudoue qui fait réapparaître les morts et s’amourache trop facilement de l’homme qu’il vaut mieux éviter.
 
Le roman contribue à la valorisation et à l’expression d’une identité antillaise, et l’auteur est très engagée : avec Christiane Taubira, elle a fait partie du comité de rédaction de la loi pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.  
 
« Moi, Tituba... » est épuisé en France. C’est en traduction anglaise que je l’ai lu. L’auteur a fait carrière dans l’enseignement universitaire aux Etats-Unis, elle a été titulaire d’une prestigieuse bourse Fulbright, et elle a donné naissance à un vaste corpus critique. La librairie où j’ai acheté le roman est une librairie universitaire et le livre était en évidence, je présume donc qu’il est au programme d’un cours. Une recherche Google (jfgi) donne des liens essentiellement anglo-saxons. Elle est reconnue comme un écrivain francophone majeur aux Etats-Unis. Heureusement pour la qualité de ses traductions, elle a épousé son traducteur en langue anglaise, Richard Philcox.
 
La question se pose donc : pourquoi, en France, est-elle si ignorée ?
27 octobre 2009
Ceci n'est pas une amourette... L'âme soeur, roman d'Anne Denner, Le Dilettante
- Qu’est-ce qu’on lit ?
- L’âme soeur, d’Anne Denner.
- C’est quoi ?
- C’est l’histoire d’une petite fille qui vit en Afrique, dont le père est écrivain...
- Ah alors lui c’est le double de l’auteur...
- Euh, j’espère pas. Donc, le père est écrivain et la mère infirmière pour la Croix-Rouge.
- Ah, alors c’est des gens bien, cultivés, généreux, des héros, quoi.
- Comment dire... Il ne faut pas se fier aux apparences.
- Et la petite fille est contente et le livre est plein de bons sentiments ?
- Pas vraiment. Déjà, elle est jalouse parce que ses parents choisissent d’adopter une autre petite fille, alors qu’ils en ont déjà une à la maison.
- Bon, donc ses parents ont vraiment un coeur gros comme ça ?
- Alors, disons-le bien : ce n’est pas un roman à l’eau de rose. C’est drôle, c’est franc, c’est désabusé. C’est raconté par une petite fille intelligente, quoi. La petite adoptée n'est pas Cosette et la narratrice n'essaie pas de nous tirer des larmes.
- Ah bon. Et c’est bien ?
- Ben oui.
19 octobre 2009
La petite anglaise et le ministre de la Culture
En 2005, Frédéric Mitterand publiait « La mauvaise vie » : l’ouvrage est qualifié de roman, mais en fait c’est un journal intime, ou un récit autobiographique, ou bien, pour reprendre les mots de l’auteur, « ni un roman ni ses mémoires, mais une vie qui ressemble beaucoup à la sienne »(http://mondeactu.com/culture/frederic-mitterrand-apres-la-mauvaise-vie-les-mauvaises-langues-2757.html). Il a été fort opportunément attaqué par Marine Le Pen (qui doit avoir tout un arsenal de « munitions » comparables sur chaque personnalité politique, toutes prêtes à être utilisées) après ses propos sur Roman Polanski.  
En 2006, Catherine Sanderson, alias Petite Anglaise, se faisait renvoyer de l’entreprise où elle travaillait comme secrétaire après que son patron ait pris connaissance de son blog. Elle a attaqué son ex-employeur aux prud’hommes et a gagné. Entretemps, elle a signé un contrat avec la maison d’édition Penguin pour publier un récit autobiographique, intitulé « Petite Anglaise ». Elle y prête délibérément le flanc aux critiques, et noircit son image : une de ses amies l’accuse d’être devenue narcissique, les jours suivant l’annonce de sa rupture d’avec son compagnon, elle se rue sur son blog pour voir si les statistiques ont grimpé... Elle avoue avoir dressé d’elle un portrait parfois peu flatteur pour mieux montrer les dangers d’exposer trop sa vie.
Effectivement, c’est la question que je me suis posée en entendant parler de toute cette agitation : fallait-il que Frédéric Mitterand s’expose autant dans un roman ? Et d’ailleurs, pourquoi le genre de son ouvrage est-il si vague ? C’est irritant. Un roman est une oeuvre d’imagination, ce ne sont pas des mémoires ; un personnage de roman, s’il n’est pas l’auteur, a le droit de parler en son nom propre et dispose d’une licence romanesque sur ses dires. Dans des mémoires, c’est l’auteur qui parle et qui est responsable de ce ses propos. Ne pas savoir avec certitude, d’après ce que rapportent les média, si « La mauvaise vie » est un roman ou un récit autobiographique, cela renforce les pires lieux communs sur les grandes maisons d’édition : ils publient n’importe quoi pourvu que ça vienne de quelqu’un de connu, ils sont laxistes...  
Surtout, je ne doute pas que Frédéric Mitterand ait eu besoin d’écrire ce livre. Mais je me demande s’il était bien nécessaire de le publier. Oh, bien sûr, de grands romans reprennent lourdement la vie de l’auteur... « Le bleu du ciel » de Bataille, « A la recherche du temps perdu » de Proust... Ca ne veut pas dire qu’il suffise de raconter sa vie pour faire oeuvre de création.
Le plus lassant dans cette « polémique » - ce brassage de vent - c’est que l’ouvrage de F. Mitterand n’est même pas traité comme une oeuvre littéraire. Evidemment, je parle sans savoir, je ne l’ai pas lu, je ne sais pas ce que ça vaut. Comme beaucoup de gens qui en parlent, d’ailleurs. Tout le monde s’est engouffré dans la brèche ouverte par Marine Le Pen, gueularde, simpliste et réductrice. Et le pire, c’est qu’en confondant le personnage et l’auteur, c’est qu’elle n’a pas eu tort.  
Revenons à Petite Anglaise, Catherine Sanderson donc. Elle a publié son récit, qu’elle avait pris soin de faire lire aux personnes concernées auparavant. Elle a ensuite entrepris d’écrire un roman, qui est une oeuvre d’imagination, même si elle s’inspire de situations et d’environnements qu’elle a biens connus (être une mère célibataire à Paris, faire des rencontres sur Internet) et a récemment annoncé sa décision d’arrêter de bloguer, pour se consacrer à l’écriture d’autres oeuvres de fiction. Elle s’est expliquée ici : http://www.petiteanglaise.com/2009/09/28/over-and-out/
J’ai l’impression que dans ce cas, Petite Anglaise a été plus sage, et s’annonce comme un auteur plus crédible, que notre ministre de la Culture. Surtout au vu de ses déclarations contradictoires sur les rappeurs et la liberté d’expression : Orelsan qui traite une femme de « Sale pute », c’est bien, Morsay qui qui « nique la police municipale », c’est mal.
16 septembre 2009
Résumer Proust en quinze secondes
1) Le narrateur se souvient de son enfance et de son accession à l’âge adulte ; alors qu’il reprend ces souvenirs, il comprend mieux la société et les autres, et sa vocation d’écrivain peut enfin s’épanouir.
2) Le narrateur, enfant sensible et trop attaché à sa mère, devient un adolescent dominé par ses rêves charnels et amoureux, jusqu’à séquestrer l’objet de sa passion. La fuite de son aimée est aussi irrémédiable que possible.
3) Le narrateur découvre les rouages de la bonne société, notamment le pouvoir de la sexualité, semblable à la reproduction des fleurs : à la fois visible à tous et cryptée, impérieuse, étonnante, irrésistible.
4) Le narrateur fait son éducation d’artiste en devenir, retraçant les destins d’un grand musicien, d’un grand écrivain, et d’un grand peintre, sans oublier le contre-exemple de l’amateur d’art qui n’aura jamais réussi à écrire.
5) Le narrateur nous donne à voir les implications sociales de l’affaire Dreyfus, ainsi que les visages cachés (doubles, triples) des membres de la société, des salons aristocratiques au petit personnel hôtelier.
 
On peut sans peine en trouver cinq autres, et encore cinq autres. Mais le fait est, il est impossible de résumer TOUT Proust en quinze secondes...
 
(D'après le sketch des Monty Python, The All-England Summarize Proust competition, en anglais : http://www.youtube.com/watch?v=uwAOc4g3K-g&hl=fr)
07 septembre 2009
Minuit par-dessus tête
Qui a lu San-Antonio - ceux d’origine, de Frédéric Dard - est probablement tombé sur une des nombreuses piques de l’auteur envers Julien Green. En effet, quand le détective n’est pas occupé à décrire Bérurier mangeant un cassoulet ou à honorer l’une de ces (innombrables) dames, il n’est pas rare de le voir pondre une description raffinée d’un endroit et de conclure d’un « je fais aussi bien que Julien Green, et même mieux ».
 
Ces références multiples à un auteur tombé dans l’oubli n’ont pas manqué de m’intriguer. Ainsi, après avoir résolu le mystère de la taille variable du sexe de San-Antonio (qui passe de 25 à 32 centimètres pour une raison inconnue), je me suis mis en tête de lire du Julien Green, histoire de comprendre.
 
J’ai bien vite trouvé Minuit, un roman écrit en 1936, dans une librairie de livres d’occasion du Quartier Latin ; il ne restait plus qu’à lire cette oeuvre et à faire part de mon avis partiel et subjectif, forcément partiel et subjectif, sur Internet (on me dit que les blogs sont souvent partiels et subjectifs, je n’en crois pas un mot).
 
D’abord, reconnaissons que Julien Green ne s’est pas moqué de ces lecteurs. Avec un roman qui s’appelle Minuit, on est en droit d’attendre du suspense, du mystère, et tout ça pendant la nuit. Eh bien le roman commence et s’achève en pleine nuit. En plus, il pleut. Deux bons points pour l’atmosphère. Il y a une femme qui meurt d’amour (et d’un suicide au couteau), une jolie orpheline attendrissante, des tantes moches et mesquines, des soeurs adoptives moches et mesquines, et d’autres personnages féminins, mais pas aussi jolis que l’héroïne. Les hommes sont soit vieux et débonnaires, soit jeunes et dangereusement beaux. Le personnage masculin principal n’est ni jeune ni vraiment beau, mais dangereusement tcharbé et suicidaire. D’ailleurs à la fin l’héroïne et d’autres personnages meurent à cause de lui.
 
J’ai souvent eu l’impression d’être dans un roman de gare. Un de ces romans de collection populaire de type SAS à qui on demande : « je veux lire une histoire avec une intrigue policière / des histoires qui font peurhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_gothique)  / de la science-fiction / du fantastique », que l’on achète pour une poignée de cents chez Boulinier ou en kiosque, et qu’on lit vite fait comme on mange un hamburger. J’ai eu l’impression de faire une promenade agréable dans les clichés de la littérature du dix-huitième et du dix-neuvième : la prof de piano qui drague son élève, dix-huitième siècle. L’orpheline qui se retrouve dans une bâtisse sinistre et étrange, dix-neuvième. Les thèses farfelues du personnage masculin et son emprise sur les autres, Mesmer , dix-huitième. La différence entre les romans de gare et ce roman de Julien Green, c’est que les auteurs des premiers écrivaient de la copie à la chaîne sans recevoir de louanges. Et aussi que Julien Green, lui, il a le signe, que dis-je, la marque, de l’écrivain qui fait de la Littérature : il fait des notations psychologiques. Toutes les trois phrases, le lecteur a droit aux lueurs profondes de l’auteur sur l’humanité.
 
Il ne s’agit que d’un avis sur un des multiples romans de Julien Green. La lecture m’en a beaucoup divertie mais souvent, je n’étais pas sûre qu’il s’agissait de l’intention de l’auteur. Bon, disons que je me suis dit qu’il avait fait exprès d’écrire un roman bien kitsch avec beaucoup de stéréotypes par respect inné pour les auteurs en général. Seulement, je trouve que de nombreux livres écrits pour être consommés à la va-vite, beaucoup d’ouvrages qui ne réclameront jamais d’entrer par la grande porte dans le panthéon des arts, valent autant et même plus que celui-ci, acclamé à son époque.
 
Alors je suis revenue aux valeurs sûres : San Antonio. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui le trouvent misogyne et macho : comment prendre au sérieux un personnage qui revient chez maman à la fin de chacune de ses aventures ? Et je pense avoir trouvé le secret de son sexe extensible. Il a dû commander un agrandisseur de pénis suédois, comme Austin Powers.
03 septembre 2009
De l'action, de l'aventure, un petit chien : recette d'un best-seller
Un des plus grands succès de librairie du 19ème siècle en Occident s’est écoulé à un million d’exemplaires pirates aux Etats-Unis, mais a également réussi à enrichir son auteur et à inspirer cette réflexion ironique à son éditeur : « J’ai du mal à imaginer ce qu’il advient de tous les exemplaires que je fais imprimer. Je me dis souvent que les gens les mangent. »
 
Ce livre, à sa sortie, a été qualifié de danger pour les lettres britanniques et de signe manifeste de la décadence de l’éducation. Les critiques l’ont déclaré vulgaire, inégal, mal écrit. A se demander s’il ne faut pas regarder d’un autre oeil Musso et Marc Lévy (quoique).
 
Aujourd’hui encore, il se vend très bien et a inspiré plusieurs adaptations cinématographiques ainsi qu’une variation romanesque.
 
Et il raconte... l’histoire de trois amis, plus leur chien (un fox-terrier roublard), qui décident de partir en vacances sur la Tamise. Ils sont jeunes, ils sont célibataires, et ils sont gaffeurs : Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien), de Jerome K. Jerome.
 
Ce qui est étonnant, c’est la modernité du livre. On a l’impression de connaître ou de reconnaître les personnages, avec tous leurs travers (paresse, mesquinerie, entêtement) : ces jeunes londoniens du 19ème ressemblent à s’y méprendre à l’archétype du mâle moyen du 21ème avec ses amis, sympathique mais parfois un peu bête. Le récit de l’auteur va jusqu’à évoquer la série How I Met Your Mother, avec son héros sentimental, son rythme enlevé et ses situations de la vie quotidienne grossies jusqu’à une extravagance hilarante.
 
Les critiques d’origine ont détesté les envolées philosophiques et poétiques du roman ; pourtant, même si l’on admet que l’auteur les a écrites au premier degré, elles se concluent toujours sur une rupture très réaliste, soit un effet comique garanti qui montre bien que ce dernier ne se prenait pas trop au sérieux.
 
L’auteur lui-même n’était pas spécialement joyeux : de caractère mélancolique, ayant vécu une enfance pauvre auprès d’un père prédicateur laïc, il se sera de plus infligé une pratique du métier de comédien avant de se tourner vers le journalisme et l’écriture. S’il a écrit quelques oeuvres comiques, il aura rédigé davantage d’ouvrages graves, dont le roman au titre éloquent Tous les chemins mènent au calvaire.
 
A l’origine, Trois hommes dans un bateau était censé être un guide de voyage tout à fait sérieux sur la Tamise. Ecrit au retour de son voyage de noces en bateau sur ce même fleuve, il met en scène trois personnes réelles, soit lui-même et deux de ses amis, et un personnage imaginaire mais loin d’être secondaire : le chien.
 
Trois hommes dans un bateau est devenu l’une de ces oeuvres qui, grâce à leur succès, deviennent petit à petit des classiques, c’est-à-dire qu’ils s’inscrivent dans la culture d’un pays et se taillent une place dans l’imaginaire d’un nombre incalculable de gens. Et les circonstances de son écriture ? D’une simplicité déconcertante :
 
« J’en suis venu à penser – allez savoir pourquoi – que je pouvais être fier de mon ouvrage. Pourtant, je me rappelle à peine l’avoir écrit. J’ai seulement le souvenir d’un jeune homme qui baignait alors dans un contentement de soi aussi béat qu’inexplicable. C’était l’été, et Londres est si belle en été ! Par la fenêtre de sa chambre de bonne, ce jeune homme voyait la cité voilée d’une brume dorée. La nuit, les lumières scintillaient à ses pieds, et c’était comme s’il se fut tenu penché sur le trésor d’Aladin. Cette saison-là, je ne quittai pas ma table à écrire ; il me semblait d’ailleurs que ce fût la seule chose à faire. » (ici)
 
Note : cette note provient de mon autre blog, le Cliché sur pattes (clichesurpattes.wordpress.com), qui désormais parlera d'autre chose que des livres, tandis que ce blog ne parlera que des livres.
18 août 2009
A la recherche de Marie - Madeleine Bourdhouxe (Actes Sud)
Résumé  
Marie, mariée à Jean depuis plusieurs années, s'étiole dans la routine conjugale. En vacances, un jeune homme rencontré par hasard lui demande « Vous aimez l'aventure ? » et lui donne son numéro de téléphone. Elle se laisse aller à cette nouvelle liaison et redécouvre le bonheur.
 
Critique
Certains artistes disent, à l'occasion, qu'ils ne font pas de l'art mais de l'artisanat ; qu'ils ne sont que d'humbles artisans. Naturellement, ils passent pour de grands prétentieux : tout ça, c'est de la fausse modestie, une quête de compliments, non ?
 
Pas forcément. Comme en artisanat, un travail de création nécessite de la rigueur, de la délicatesse, le sens du détail.  
 
Dans le bref roman de Madeleine Bourdhouxe, la méticulosité et la finesse d'écriture servent une sensualité omniprésente et précise.
 
L'auteur n'a qu'à décrire un trajet de l'hôtel à la plage, épisode banal s'il en est, pour nous laisser deviner la personnalité de Marie, son héroïne, l'état de dépérissement temporaire où elle se trouve.
 
Mariée depuis plusieurs années, Marie est insatisfaite et s'ennuie. Le jeune homme qui lui propose l'aventure lui permettra de s'épanouir... Déjà vu ? Oui. Mais dès que l'on commence la lecture, on se rend compte que le style n'a rien de convenu et que la suite de l'histoire ne s'inscrit pas dans le vaudeville ni le sentimentalisme mièvre. Il ne s'agit tant d'une histoire d'adultère que de retour à la vie.
 
L'héroïne elle-même n'est pas convenue, que l'on adopte les standards de 1943 – date de la première publication – ou de 2009 : par son côté instinctif, elle évoque les personnages de Colette, mais elle est bien plus sereine. Elle semble ne cacher aucune fêlure, aucun tourment, aucune fragilité : simplement un amour total de la vie qui s'épanouit au fil des pages. La maternité la laisse indifférente, chose qui surprenait peut-être en 1943 et qui peut encore étonner en 2009.  
 
On peut sourire si l'on lit qu'elle manifeste son indépendance en donnant quelques cours particuliers à des lycéens, donc en participant un peu aux frais du ménage, mais il s'agit du seul élément qui « date » le roman.
 
Les choix opérés par Marie au fil de son histoire, s'ils peuvent ne pas sembler exceptionnels, restent surprenants. On n'en dira pas plus pour ne pas gâcher la surprise des futurs lecteurs. Il suffit de dire que Marie cultive une vertu intemporelle, la fidélité face à soi-même. Les romans de qualité ne sont pas toujours optimistes. Celui-ci l'est.
 
Extrait  
« La route est blanche, sèche, sans ombre. Ils entrent dans cette chaleur, la traversent sans prononcer une parole. Sous le soleil, la robe de Marie est légèrement transparente et ses longues jambes souples se dessinent sous l'étoffe ; ses cheveux deviennent châtains, roux, blonds, éclairés de tous leurs reflets changeants ; la tête levée, elle cligne les yeux, plisse le front, y porte parfois, en écran, ses mains grandes et belles. Ils arrivent à un chemin plus étroit qui descend vers la mer. Ils marchent tout près l'un de l'autre, à droite du chemin, cherchant l'ombre maigre des jeunes cyprès qui les bordent. Les cheveux de Marie retrouvent une couleur plus unie, son visage se détend et l'on voit mieux ses yeux, au regard éteint, qui semblent se lever vers les choses avec indifférence. Mais brusquement, le chemin cesse, débouche sur la plage, et c'est à nouveau la lumière uniforme et brûlante. »
 

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