Flu.fr
Sabine Surlalune
Hors ligne
Sabine Surlalune
Two things you don't want to watch being made: sausages and laws"
A propos

Femme Femme
Né le : 12 avril 1979
Dérouler la suite


Centres d'intérêt :
  • Emploi
  • Internet et nouvelles technologies
  • Jeux vidéo
  • Langues
  • Livres et BD
  • Maison, meubles et déco
  • Musique
  • Nutrition
  • Politique
  • Psychologie
  • Religions
  • Sciences
  • Sexualité
  • Voyages

Site perso :
http://clichesurpattes.wordpress.com


Présentation :
Traductrice, écrivain

Pays : Belgique
Statistiques
Profil » Blog » Novembre 2009
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 
 
 
 
 
 
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
 
 
 
 
 
 

Le Blog de Sabine Surlalune
13 novembre 2009
Le Proustomètre
Je lis régulièrement le « flogomètre » du blog « Flogging the Quill » : un auteur soumet au blogueur le premier chapitre de son manuscrit. Le blogueur se met alors à la place d’un éditeur type : il est huit heures du soir, j’ai encore une pile de manuscrits à lire, j’ouvre le tien, je lis la première page, ai-je envie de la tourner pour lire la suite ?
 
Si oui, le blogueur fait des compliments précis. Dans le cas contraire, il donne des critiques constructives.
 
Souvent, en lisant les conseils prodigués, je me demande comment le blogueur aurait réagi face à Marcel Proust.  
 
Marcel Proust qui a reçu ce refus bien senti d’Alfred Humblot, directeur d’Ollendorf, au moment où il démarchait les éditeurs : « Je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. »  
 
Non, la grande mode actuelle du début dans le vif de l’action n’aurait sans doute pas été favorable à Marcel Proust. Sa description des salons mondains et son attention portée au moindre détail, révélateur des êtres et des différences de classe, aurait sans doute été mal vue, et que dire de ce narrateur aimant une femme qui est visiblement un jeune garçon ? Non, ce genre de transposition aurait été jugé comme une stratégie d’évitement des plus malvenues.
 
Pourtant, j’ai l’impression que les lecteurs assidus de Proust constituent comme une sorte de chapelle. Il y a ceux qui ont lu A la recherche du temps perdu, qui sourient quand on la cite, et ceux qui ne la connaissent pas. Ce n’est pas vraiment une question de snobisme, mais presque de religion.
 
En effet, les péripéties survenant dans ce roman gigantesque, s’ils ont l’air quotidiens (le narrateur marche dans les rues en revenant d’un dîner chez les Guermantes, il est couché et attend qu’Albertine vienne le rejoindre, etc.), prennent un tel relief qu’ils deviennent les éléments d’une messe : comme chaque célébration religieuse suit un chemin immuable et semé d’étapes du rituel, la lecture de Proust déroule ses péripéties, chacune objet d’une révélation.
03 novembre 2009
Elle, Maryse Condé, auteur francophone de Guadeloupe - New-York
Grâce à ma librairie locale, j’ai récemment découvert un roman de Maryse Condé : Moi, Tituba, sorcière... Noire de Salem.
 
De la seule accusée noire du procès des sorcières de Salem, décrite comme « originaire des Antilles, pratiquant probablement le vaudou », on ne sait pas grand-chose. Elle a été emprisonnée, puis rachetée pour le prix de ses chaînes et de sa pension par un inconnu. Le seul document historique dont on dispose sur elle est son témoignage lors du procès, qui informe davantage sur les fantasmes de l’époque que sur elle : elle avoue tout, oui elle a passé un pacte avec le diable contrainte et forcée, et puis il ressemblait à un porc, ou à un chien noir, ou bien il avait un oiseau jaune...  
 
Maryse Condé avait donc toute latitude pour inventer un personnage de femme au coeur trop chaud, incapable de duplicité, guérisseuse pratiquant le vaudou et parlant quotidiennement à ses morts. Le roman est né d’une commande d’Isabelle Gallimard, qui a demandé à la romancière un récit sur une femme des Caraïbes. Maryse Condé, alors à Los Angeles, se perd dans la bibliothèque de l’UCLA au cours d’une recherche quelconque, et tombe sur un rayonnage consacré aux procès des sorcières de Salem.  
 
Elle admet elle-même que la naissance de Tituba a des allures de coïncidence trop belle pour être vraie, mais que l’histoire est authentique. Ce mélange de spectaculaire ironique et de sérieux se retrouve dans le roman, une épopée parodique où Tituba part des Antilles pour les Etats-Unis, y rencontre Hester Prynne, l’héroïne de la Lettre écarlate, en prison, avec qui elle rêve à une société utopique féminine et féministe et déplore l’ignorance future que l’Histoire aura d’elle : elle le sait, elle ne deviendra qu’une seule ligne dans le registre de l’histoire, une esclave dont le destin n’a aucune importance.
 
Pourtant, le destin que l’auteur lui a tissé n’a rien d’anecdotique, à la hauteur de ses pouvoirs de sorcière vaudoue qui fait réapparaître les morts et s’amourache trop facilement de l’homme qu’il vaut mieux éviter.
 
Le roman contribue à la valorisation et à l’expression d’une identité antillaise, et l’auteur est très engagée : avec Christiane Taubira, elle a fait partie du comité de rédaction de la loi pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.  
 
« Moi, Tituba... » est épuisé en France. C’est en traduction anglaise que je l’ai lu. L’auteur a fait carrière dans l’enseignement universitaire aux Etats-Unis, elle a été titulaire d’une prestigieuse bourse Fulbright, et elle a donné naissance à un vaste corpus critique. La librairie où j’ai acheté le roman est une librairie universitaire et le livre était en évidence, je présume donc qu’il est au programme d’un cours. Une recherche Google (jfgi) donne des liens essentiellement anglo-saxons. Elle est reconnue comme un écrivain francophone majeur aux Etats-Unis. Heureusement pour la qualité de ses traductions, elle a épousé son traducteur en langue anglaise, Richard Philcox.
 
La question se pose donc : pourquoi, en France, est-elle si ignorée ?
 

Community Factory, version bêta
(c) 2000-2008 Doctissimo Software