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Sabine Surlalune
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Sabine Surlalune
Two things you don't want to watch being made: sausages and laws"
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Né le : 12 avril 1979
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Traductrice, écrivain

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Le Blog de Sabine Surlalune
16 septembre 2009
Résumer Proust en quinze secondes
1) Le narrateur se souvient de son enfance et de son accession à l’âge adulte ; alors qu’il reprend ces souvenirs, il comprend mieux la société et les autres, et sa vocation d’écrivain peut enfin s’épanouir.
2) Le narrateur, enfant sensible et trop attaché à sa mère, devient un adolescent dominé par ses rêves charnels et amoureux, jusqu’à séquestrer l’objet de sa passion. La fuite de son aimée est aussi irrémédiable que possible.
3) Le narrateur découvre les rouages de la bonne société, notamment le pouvoir de la sexualité, semblable à la reproduction des fleurs : à la fois visible à tous et cryptée, impérieuse, étonnante, irrésistible.
4) Le narrateur fait son éducation d’artiste en devenir, retraçant les destins d’un grand musicien, d’un grand écrivain, et d’un grand peintre, sans oublier le contre-exemple de l’amateur d’art qui n’aura jamais réussi à écrire.
5) Le narrateur nous donne à voir les implications sociales de l’affaire Dreyfus, ainsi que les visages cachés (doubles, triples) des membres de la société, des salons aristocratiques au petit personnel hôtelier.
 
On peut sans peine en trouver cinq autres, et encore cinq autres. Mais le fait est, il est impossible de résumer TOUT Proust en quinze secondes...
 
(D'après le sketch des Monty Python, The All-England Summarize Proust competition, en anglais : http://www.youtube.com/watch?v=uwAOc4g3K-g&hl=fr)
07 septembre 2009
Minuit par-dessus tête
Qui a lu San-Antonio - ceux d’origine, de Frédéric Dard - est probablement tombé sur une des nombreuses piques de l’auteur envers Julien Green. En effet, quand le détective n’est pas occupé à décrire Bérurier mangeant un cassoulet ou à honorer l’une de ces (innombrables) dames, il n’est pas rare de le voir pondre une description raffinée d’un endroit et de conclure d’un « je fais aussi bien que Julien Green, et même mieux ».
 
Ces références multiples à un auteur tombé dans l’oubli n’ont pas manqué de m’intriguer. Ainsi, après avoir résolu le mystère de la taille variable du sexe de San-Antonio (qui passe de 25 à 32 centimètres pour une raison inconnue), je me suis mis en tête de lire du Julien Green, histoire de comprendre.
 
J’ai bien vite trouvé Minuit, un roman écrit en 1936, dans une librairie de livres d’occasion du Quartier Latin ; il ne restait plus qu’à lire cette oeuvre et à faire part de mon avis partiel et subjectif, forcément partiel et subjectif, sur Internet (on me dit que les blogs sont souvent partiels et subjectifs, je n’en crois pas un mot).
 
D’abord, reconnaissons que Julien Green ne s’est pas moqué de ces lecteurs. Avec un roman qui s’appelle Minuit, on est en droit d’attendre du suspense, du mystère, et tout ça pendant la nuit. Eh bien le roman commence et s’achève en pleine nuit. En plus, il pleut. Deux bons points pour l’atmosphère. Il y a une femme qui meurt d’amour (et d’un suicide au couteau), une jolie orpheline attendrissante, des tantes moches et mesquines, des soeurs adoptives moches et mesquines, et d’autres personnages féminins, mais pas aussi jolis que l’héroïne. Les hommes sont soit vieux et débonnaires, soit jeunes et dangereusement beaux. Le personnage masculin principal n’est ni jeune ni vraiment beau, mais dangereusement tcharbé et suicidaire. D’ailleurs à la fin l’héroïne et d’autres personnages meurent à cause de lui.
 
J’ai souvent eu l’impression d’être dans un roman de gare. Un de ces romans de collection populaire de type SAS à qui on demande : « je veux lire une histoire avec une intrigue policière / des histoires qui font peurhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_gothique)  / de la science-fiction / du fantastique », que l’on achète pour une poignée de cents chez Boulinier ou en kiosque, et qu’on lit vite fait comme on mange un hamburger. J’ai eu l’impression de faire une promenade agréable dans les clichés de la littérature du dix-huitième et du dix-neuvième : la prof de piano qui drague son élève, dix-huitième siècle. L’orpheline qui se retrouve dans une bâtisse sinistre et étrange, dix-neuvième. Les thèses farfelues du personnage masculin et son emprise sur les autres, Mesmer , dix-huitième. La différence entre les romans de gare et ce roman de Julien Green, c’est que les auteurs des premiers écrivaient de la copie à la chaîne sans recevoir de louanges. Et aussi que Julien Green, lui, il a le signe, que dis-je, la marque, de l’écrivain qui fait de la Littérature : il fait des notations psychologiques. Toutes les trois phrases, le lecteur a droit aux lueurs profondes de l’auteur sur l’humanité.
 
Il ne s’agit que d’un avis sur un des multiples romans de Julien Green. La lecture m’en a beaucoup divertie mais souvent, je n’étais pas sûre qu’il s’agissait de l’intention de l’auteur. Bon, disons que je me suis dit qu’il avait fait exprès d’écrire un roman bien kitsch avec beaucoup de stéréotypes par respect inné pour les auteurs en général. Seulement, je trouve que de nombreux livres écrits pour être consommés à la va-vite, beaucoup d’ouvrages qui ne réclameront jamais d’entrer par la grande porte dans le panthéon des arts, valent autant et même plus que celui-ci, acclamé à son époque.
 
Alors je suis revenue aux valeurs sûres : San Antonio. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui le trouvent misogyne et macho : comment prendre au sérieux un personnage qui revient chez maman à la fin de chacune de ses aventures ? Et je pense avoir trouvé le secret de son sexe extensible. Il a dû commander un agrandisseur de pénis suédois, comme Austin Powers.
03 septembre 2009
De l'action, de l'aventure, un petit chien : recette d'un best-seller
Un des plus grands succès de librairie du 19ème siècle en Occident s’est écoulé à un million d’exemplaires pirates aux Etats-Unis, mais a également réussi à enrichir son auteur et à inspirer cette réflexion ironique à son éditeur : « J’ai du mal à imaginer ce qu’il advient de tous les exemplaires que je fais imprimer. Je me dis souvent que les gens les mangent. »
 
Ce livre, à sa sortie, a été qualifié de danger pour les lettres britanniques et de signe manifeste de la décadence de l’éducation. Les critiques l’ont déclaré vulgaire, inégal, mal écrit. A se demander s’il ne faut pas regarder d’un autre oeil Musso et Marc Lévy (quoique).
 
Aujourd’hui encore, il se vend très bien et a inspiré plusieurs adaptations cinématographiques ainsi qu’une variation romanesque.
 
Et il raconte... l’histoire de trois amis, plus leur chien (un fox-terrier roublard), qui décident de partir en vacances sur la Tamise. Ils sont jeunes, ils sont célibataires, et ils sont gaffeurs : Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien), de Jerome K. Jerome.
 
Ce qui est étonnant, c’est la modernité du livre. On a l’impression de connaître ou de reconnaître les personnages, avec tous leurs travers (paresse, mesquinerie, entêtement) : ces jeunes londoniens du 19ème ressemblent à s’y méprendre à l’archétype du mâle moyen du 21ème avec ses amis, sympathique mais parfois un peu bête. Le récit de l’auteur va jusqu’à évoquer la série How I Met Your Mother, avec son héros sentimental, son rythme enlevé et ses situations de la vie quotidienne grossies jusqu’à une extravagance hilarante.
 
Les critiques d’origine ont détesté les envolées philosophiques et poétiques du roman ; pourtant, même si l’on admet que l’auteur les a écrites au premier degré, elles se concluent toujours sur une rupture très réaliste, soit un effet comique garanti qui montre bien que ce dernier ne se prenait pas trop au sérieux.
 
L’auteur lui-même n’était pas spécialement joyeux : de caractère mélancolique, ayant vécu une enfance pauvre auprès d’un père prédicateur laïc, il se sera de plus infligé une pratique du métier de comédien avant de se tourner vers le journalisme et l’écriture. S’il a écrit quelques oeuvres comiques, il aura rédigé davantage d’ouvrages graves, dont le roman au titre éloquent Tous les chemins mènent au calvaire.
 
A l’origine, Trois hommes dans un bateau était censé être un guide de voyage tout à fait sérieux sur la Tamise. Ecrit au retour de son voyage de noces en bateau sur ce même fleuve, il met en scène trois personnes réelles, soit lui-même et deux de ses amis, et un personnage imaginaire mais loin d’être secondaire : le chien.
 
Trois hommes dans un bateau est devenu l’une de ces oeuvres qui, grâce à leur succès, deviennent petit à petit des classiques, c’est-à-dire qu’ils s’inscrivent dans la culture d’un pays et se taillent une place dans l’imaginaire d’un nombre incalculable de gens. Et les circonstances de son écriture ? D’une simplicité déconcertante :
 
« J’en suis venu à penser – allez savoir pourquoi – que je pouvais être fier de mon ouvrage. Pourtant, je me rappelle à peine l’avoir écrit. J’ai seulement le souvenir d’un jeune homme qui baignait alors dans un contentement de soi aussi béat qu’inexplicable. C’était l’été, et Londres est si belle en été ! Par la fenêtre de sa chambre de bonne, ce jeune homme voyait la cité voilée d’une brume dorée. La nuit, les lumières scintillaient à ses pieds, et c’était comme s’il se fut tenu penché sur le trésor d’Aladin. Cette saison-là, je ne quittai pas ma table à écrire ; il me semblait d’ailleurs que ce fût la seule chose à faire. » (ici)
 
Note : cette note provient de mon autre blog, le Cliché sur pattes (clichesurpattes.wordpress.com), qui désormais parlera d'autre chose que des livres, tandis que ce blog ne parlera que des livres.
 

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