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Profil » Blog » Critiques » Elle, Maryse Condé, auteur francophone de Guadeloupe - New-York
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Le Blog de Sabine Surlalune
03 novembre 2009
0 voteVotez ! Elle, Maryse Condé, auteur francophone de Guadeloupe - New-York

Grâce à ma librairie locale, j’ai récemment découvert un roman de Maryse Condé : Moi, Tituba, sorcière... Noire de Salem.
 
De la seule accusée noire du procès des sorcières de Salem, décrite comme « originaire des Antilles, pratiquant probablement le vaudou », on ne sait pas grand-chose. Elle a été emprisonnée, puis rachetée pour le prix de ses chaînes et de sa pension par un inconnu. Le seul document historique dont on dispose sur elle est son témoignage lors du procès, qui informe davantage sur les fantasmes de l’époque que sur elle : elle avoue tout, oui elle a passé un pacte avec le diable contrainte et forcée, et puis il ressemblait à un porc, ou à un chien noir, ou bien il avait un oiseau jaune...  
 
Maryse Condé avait donc toute latitude pour inventer un personnage de femme au coeur trop chaud, incapable de duplicité, guérisseuse pratiquant le vaudou et parlant quotidiennement à ses morts. Le roman est né d’une commande d’Isabelle Gallimard, qui a demandé à la romancière un récit sur une femme des Caraïbes. Maryse Condé, alors à Los Angeles, se perd dans la bibliothèque de l’UCLA au cours d’une recherche quelconque, et tombe sur un rayonnage consacré aux procès des sorcières de Salem.  
 
Elle admet elle-même que la naissance de Tituba a des allures de coïncidence trop belle pour être vraie, mais que l’histoire est authentique. Ce mélange de spectaculaire ironique et de sérieux se retrouve dans le roman, une épopée parodique où Tituba part des Antilles pour les Etats-Unis, y rencontre Hester Prynne, l’héroïne de la Lettre écarlate, en prison, avec qui elle rêve à une société utopique féminine et féministe et déplore l’ignorance future que l’Histoire aura d’elle : elle le sait, elle ne deviendra qu’une seule ligne dans le registre de l’histoire, une esclave dont le destin n’a aucune importance.
 
Pourtant, le destin que l’auteur lui a tissé n’a rien d’anecdotique, à la hauteur de ses pouvoirs de sorcière vaudoue qui fait réapparaître les morts et s’amourache trop facilement de l’homme qu’il vaut mieux éviter.
 
Le roman contribue à la valorisation et à l’expression d’une identité antillaise, et l’auteur est très engagée : avec Christiane Taubira, elle a fait partie du comité de rédaction de la loi pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.  
 
« Moi, Tituba... » est épuisé en France. C’est en traduction anglaise que je l’ai lu. L’auteur a fait carrière dans l’enseignement universitaire aux Etats-Unis, elle a été titulaire d’une prestigieuse bourse Fulbright, et elle a donné naissance à un vaste corpus critique. La librairie où j’ai acheté le roman est une librairie universitaire et le livre était en évidence, je présume donc qu’il est au programme d’un cours. Une recherche Google (jfgi) donne des liens essentiellement anglo-saxons. Elle est reconnue comme un écrivain francophone majeur aux Etats-Unis. Heureusement pour la qualité de ses traductions, elle a épousé son traducteur en langue anglaise, Richard Philcox.
 
La question se pose donc : pourquoi, en France, est-elle si ignorée ?
Dossier : Critiques | Tags : Maryse Condé, Tituba


 

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