In out (2008)
Si le visage ne me regarde pas, son regard est présent. D'autant plus qu'il n'est pas absorbé par l'objet regardé. Beaucoup d'oeuvres comme In out laisse l'individu d'autant plus présent que la seconde partie du tableau, celle que cette jeune femme regarde, n'est pas peinte. Ce vide pictural replie l'individu sur lui-même. Il devient une pure apparition ainsi que son regard, regard qui n'est qu'un regard intransitif.
Dubaï (2008)
Cette épiphanie du visage problématise la relation à autrui, même si celle-ci est toujours possible. Le tableau Dubaï est à ce sujet extrêmement ambigu. A nouveau, la séparation entre les deux parties du tableau isole les personnages et ici les réunit. Mais leur position et leur couleur interdit toute véritable relation à autrui. S'ils semblent en face à face, ils n'ont pas un statut équivalent. Le personnage de gauche représente par sa blancheur et son effacement l'épiphanie du visage alors que l'autre par sa noirceur et sa présentation de dos est réduit à la surface de la chair. Visage et chair, corps et esprit, ces deux personnages ne semblent être à réalité que le déploiement d'une même et seule personne, ses deux facettes étalées sur la surface de la toile.
Ancora chez Jorge( 2007) Même s'il s'agit ici d'une véritable relation, la construction du tableau Ancora chez Jorge montre à nouveau comment la proximité entre les deux personnages peut se transformer en distance la plus extrême. Le blanc des murs les enferme dans une partie du tableau, le noir les enferme dans leur corps. Enfin, la différence de technique pour composer les deux personnages les rend inacessibles l'un à l'autre. Deux effacements: le personnage de face est dans la pénombre, l'autre est quasiment de dos. A nouveau ce qui reste, c'est le regard. Le regard qui circule entre les deux. L'univers de Jane Planson n'est donc pas celui de la séparation radicale et l'abandon à soi. A travers cet art du portrait, c'est aussi la difficile sortie de soi pour créer un lien avec l'autre qui est questionnée. Si tous les personnages de Jane Planson sont dans des attitudes mélancoliques, méditatives, ces dernières proviennent sans aucun doute de leur réflexion sur leur relation aux autres.