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  <title>trebiv</title>
  <link>http://www.flu.fr/trebiv/</link>
  <description><![CDATA[Professeur de philosophie. Mes recherches portent sur la notion d'identité.]]></description>
  <language>fr</language>
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   <title><![CDATA[blog de blogs]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/blog/blog-blogs-1396545.html</link>
   <pubDate>Tue, 22 Jun 2010 8:40:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[http://philadelphie.canalblog.com/ http://www.lava.net/~panther/tale.html]]></description>
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   <title><![CDATA[Arcade Fire: la création d'une tradition]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/musique-214/blog/arcade-creation-tradition-1311890.html</link>
   <pubDate>Thu, 19 Nov 2009 3:57:00 +0100</pubDate>
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   <description><![CDATA[Le groupe Arcade Fire n'est pas seulement le groupe de deux très bons albums ( Funeral et Neon Bible ) mais aussi le lieu d'un véritable parcours dans l'histoire du rock. Le groupe excelle aussi bien dans ses propres créations que dans l'art des reprises. A partir de trois vidéos disponibles sur le site You Tube , il est peut-être possible de dégager certains principes de cet art. http://www.youtube.com/v/Z8GAUFS614M&hl=fr_FR&fs=1& La reprise de Poupée de cire poupée de son créée par Serge Gainsbourg pour France Gall en 1965 est un hommage à la chanson française. Cet hommage souligne la double origine linguistique du groupe en tant que groupe canadien. Régine Chassagne, membre fondatrice du groupe avec son mari Win Butler, chante en français dans plusieurs morceaux du groupe ( comme Haïti dans l'album Funeral où elle parle de ses origines). L'intérêt de cette reprise est d'intégrer la chanson de France Gall dans l'univers sonore du groupe. Reprise signifie ici réappropriation, renouvellement de la chanson elle-même. http://www.youtube.com/v/o8lVkg4ecPk&hl=fr_FR&fs=1& Cette seconde reprise, ainsi que la suivante, n'est plus simplement un clin d'oeil à l'origine linguistique du groupe mais à sa tradition musicale le punk et la new-wave. Le titre Guns of Brixton n'est évidemment pas le titre le plus punk du groupe The Clash puisqu'il utilise les influences reggae présentes dans la ville de Brixton de part la population de cette ville issues des Caraïbes. Mais le groupe Arcade Fire transcende autant cette influence que le style punk des Clash en utilisant uniquement des instruments acoustiques. De plus le positionnement circulaire du groupe fait de cette musique une véritable procession, un recueillement autour de cette chanson. http://www.youtube.com/v/h2RnMpsS54A&hl=fr_FR&fs=1&rel=0 Cette dernière s'intègre elle aussi à l'aspect expérimental du groupe. Elle fait partie d'un concert donnée par certains membres du groupe en plein air à 2 heures de matin àNew-York et qui est composée d'un certain nombre de reprises. En dehors de l'aspect improvisé de ce concert, cette reprise puise à nouveau dans les influences du groupe, non plus du côté punk mais du côté de la pop new-wave. De plus, comme pour la reprise précédente, elle montre l'inventivité instrumentale de Arcade Fire par l'utilisation d'étuis de guitare pour faire office de percussion. De même, une version de Neon Bible montre le groupe jouer dans un monte charge et utiliser les parois de ce dernier comme batterie. Montrer que plusieurs versions d'une chanson sont possibles, c'est détacher cette chanson de son auteur initial. Même dans la pop et le rock, il existe un véritable art de l'interprétation. Cet art des reprises est sans nul doute lié à l'aspect communautaire du groupe, aucun membre n'étant destiné à tel ou tel instrument. Le groupe devient alors un véritable creuset expérimental et une caisse de résonance pour l'histoire du rock.]]></description>
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   <title><![CDATA[Lire Zola en continu]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/litterature-212/blog/lire-zola-continu-1308247.html</link>
   <pubDate>Thu, 22 Oct 2009 12:30:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[Comme tout lecteur, j'ai commencé à lire le cycle des Rougon-Macquart de Zola en ordre dispersé. Cette première lecture de quelques romans fut ambigüe: le style ne plaisait guère au jeune lecteur que j'étais et pourtant j'étais attiré par cette description de ces trajectoires individuelles comme celle de Gervaise dans L'assomoir . Voici deux ans que je me suis lancé dans la lecture intégrale de ce cycle en suivant l'ordre de publications des vingt romans. Pour des raisons différentes, cette lecture est elle aussi ambigüe. Ce n'est plus des trajectoires individuelles que j'ai l'impression de suivre mais bien une trajectoire familiale. Malgré l'indépendance des romans qui composent le cycle les uns par rapport aux autres, il sont liés par une solidarité plus secrète. On sent bien qu'on passe en revue toute une génération avant de passer à la suivante. Il faut prendre conscience de cette trajectoire familiale pour comprendre pourquoi l'individu ne peut pas en lui-même rencontrer d'événement. C'est une époque, et des familles, qui le rencontrent ( par exemple le Coup d'Etat qui conduit au Second Empire.]]></description>
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   <title><![CDATA[The XX]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/musique-214/blog/the-xx-1305842.html</link>
   <pubDate>Thu, 08 Oct 2009 10:47:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[L'album du groupe The XX peut être considéré comme un ovni musical. Sorti durant l'été, il a rapidement fait le tour de la blogosphère ( la vidéo de Crystalised a été visionnée plus de 500000 fois sur YouTube). Ce succès est sans doute lié à la boucle qui a réussi à réaliser. En partant du mélange actuelle de la pop et de l'électro, ce groupe revient à certaines des sources de ce mélange: la cold wave et en particulier The Cure, New Order et Cocteau Twins. http://www.youtube.com/v/i-ll36koaeY&hl=en&fs=1& L'envoutement créé par cet album est lié à la fois à ce subtil retour à la cold wave mais aussi par deux qualités souvent dissociées: une grande attention à la rythmique, facilement mémorisable, et une diction extrêmement travaillée, et cela par une voix masculine et une autre féminine. Au contraire du rythme, cette diction est déconcertante si on essaie de la suivre et se permet des coupures dignes de la poésie contemporaine ( le titre Basic Space est magistral sur ce point). http://www.youtube.com/v/kHZVGqqf3gg&hl=en&fs=1& De plus, l'album réussit à allier des titres d'inspiration rock ( Crystalised et VCR ) et des titres proches de l'électro ( Basic Space ) dans une atmosphère homogène. Ainsi, même si certains titres retiennent plus l'attention que d'autres, on ne peut que se laisser porter par l'ensemble de l'album. L'atmosphère automnale qui s'en dégage permet d'atteindre un état de rêverie peut-être proche de la mélancolie de la cold wave mais qui ne dérive jamais vers un état de tristesse. http://www.youtube.com/v/Pib8eYDSFEI&hl=en&fs=1& Le site fluctuat propose une présentation et une interview de The XX]]></description>
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   <title><![CDATA[variations autour du visage - variations du visage ( Jane Planson et l'art du portrait)]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/arts-473/blog/variations-variations-portrait-1304903.html</link>
   <pubDate>Mon, 28 Sep 2009 10:30:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[L'oeuvre de Jane Planson, artiste peintre normande, semble être un ressassement de la thèse lévinasienne. L'épiphanie du visage ne signifie pas que ce dernier se montre. Au contraire, son apparition n'est possible que dans son retrait. S'il était entièrement découvert, il ne serait plus visage mais surface, masque. In out (2008) Si le visage ne me regarde pas, son regard est présent. D'autant plus qu'il n'est pas absorbé par l'objet regardé. Beaucoup d'oeuvres comme In out laisse l'individu d'autant plus présent que la seconde partie du tableau, celle que cette jeune femme regarde, n'est pas peinte. Ce vide pictural replie l'individu sur lui-même. Il devient une pure apparition ainsi que son regard, regard qui n'est qu'un regard intransitif. Dubaï (2008) Cette épiphanie du visage problématise la relation à autrui, même si celle-ci est toujours possible. Le tableau Dubaï est à ce sujet extrêmement ambigu. A nouveau, la séparation entre les deux parties du tableau isole les personnages et ici les réunit. Mais leur position et leur couleur interdit toute véritable relation à autrui. S'ils semblent en face à face, ils n'ont pas un statut équivalent. Le personnage de gauche représente par sa blancheur et son effacement l'épiphanie du visage alors que l'autre par sa noirceur et sa présentation de dos est réduit à la surface de la chair. Visage et chair, corps et esprit, ces deux personnages ne semblent être à réalité que le déploiement d'une même et seule personne, ses deux facettes étalées sur la surface de la toile. Ancora chez Jorge ( 2007) Même s'il s'agit ici d'une véritable relation, la construction du tableau Ancora chez Jorge montre à nouveau comment la proximité entre les deux personnages peut se transformer en distance la plus extrême. Le blanc des murs les enferme dans une partie du tableau, le noir les enferme dans leur corps. Enfin, la différence de technique pour composer les deux personnages les rend inacessibles l'un à l'autre. Deux effacements: le personnage de face est dans la pénombre, l'autre est quasiment de dos. A nouveau ce qui reste, c'est le regard. Le regard qui circule entre les deux. L'univers de Jane Planson n'est donc pas celui de la séparation radicale et l'abandon à soi. A travers cet art du portrait, c'est aussi la difficile sortie de soi pour créer un lien avec l'autre qui est questionnée. Si tous les personnages de Jane Planson sont dans des attitudes mélancoliques, méditatives, ces dernières proviennent sans aucun doute de leur réflexion sur leur relation aux autres.]]></description>
  </item>
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   <title><![CDATA[entre érotisme et sensualité]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/litterature-212/blog/erotisme-sensualite-1304487.html</link>
   <pubDate>Wed, 23 Sep 2009 4:42:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[Dans Comme un cuivre qui résonne , Peter Stamm réussit à nous présenter plus qu'un ensemble de nouvelles mais bien un recueil. L'unité de ces textes est liée aux variations sur le désir et l'amour qu'ils nous décrivent peu à peu. Ce regard chiurgical nous décrit tout un horizon délimité par l'érotisme et la sensualité dans ses deux extrémités. Mais cette cartographie ne vaut pas pour elle même. Elle montre que le désir voue à l'échec toute relation entre les partenaires amoureux. Le désir condamne le sujet désirant à la solitude. Cet isolement est mis en valeur par l'écriture épurée de Peter Stamm. Le refus du pathos sépare aussi le lecteur de toute idenfication avec le personnage. A travers ces nouvelles, c'est les seules métamorphoses du désir nu qu'il est possible de suivre. Ce ratage de la relation amoureuse apparaît dès la première nouvelle du recueil, L'attente . La narratrice, une vieille fille, rencontre son jeune voisin du dessus, Patrick. Il entame une relation amoureuse. La sensualité remplace tout véritable dialogue entre eux. La narratrice doit alors attendre que son jeune amant vienne la voir. Cette attente transforme son désir en fantasme, au point où le lecteur peut se demander si cet amant existe réellement. La solitude et l'incompréhensibilité du désir s'accroissent encore dans la troisième nouvelle, Les trois soeurs . Heidi part à Vienne pour passer un concours d'entrée aux Beaux-Arts. Elle revient sans jamais être allé au concours mais enceinte. Son amour pour l'art a été remplacé par un désir brut, désir qui l'entraînera à vivre avec un homme qui ne peut comprendre ce qu'elle est. Seule, Heidi doit choisir entre les deux voies que lui offre son désir. La nudité du désir telle qu'elle est décrite par Peter Stamm lui permet de sortir de la sphère de l'humain. La nouvelle Corps étrangers décrit une communion avec la terre qui ressemble à celle de Robinson dans Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier: &#034;Elle rit sans bruit. Il est fou, dit-elle, mais moi aussi je suis folle. Et toi aussi, n'est-ce pas ? Nous sommes tous fous. Cette grotte, pourquoi voulons-nous y entrer ? Pourquoi veux-tu y entrer ? Dans ce Nirvana. Parce que presque personne n'y est encore entré ? Baiser la Terre, dit Sabine. Elle se leva et tendit la main à Christoph. Nous niquons la Terre.&#034; Cette curiosité mêlé au désir sexuel ne peut qu'évoquer le désir de fusion avec le corps maternel. C'est son doute ce fantasme de fusion qui circule dans les différents désirs en jeu dans ce recueil qui interdit toute relation véritable. Comme un cuivre qui résonne arrive donc à remplir sa mission, cartographier le désir dans toutes ses dimensions. Pourtant, on ne peut qu'être gêné par l'isolement que procure cette lecture car l'écriture permet de révéler la nudité et le non-sens du désir. Non-sens qui circule entre le lecteur et le texte, entre les personnages du texte. Aucune identification aux personnages n'est possible. Confronté à cette cartographie, le lecteur est renvoyé à son propre désir. note : 3.5/5 Extrait: &#034;Si son ménage est uni, dit Johanna, pourquoi a-t-il alors besoin d'être infidèle ? Eva haussa les épaules. tu trouves ça immoral? Johanna sentit sente son hésitation face au &#034;tu&#034; plus intime. Je me dis que c'est à lui de prendre ses responsabilités, dit Eva, après tout c'est lui qui trompe sa femme. Tu veux dire que je devrais l'envoyer promener? Mais là n'était pas la question qui intéressait Johanna. Quel genre de personne est-ce ? lui demanda-t-elle. Parle-t-il avec toi de sa famille ? Que te raconte-t-il ? c'est un homme tout ce qu'il y a de normal, dit Eva, de sa famille, il ne m'en parle pas beaucoup. Ca me convient parfaitement, je n'ai rien à voir là-dedans. Est-ce que c'est normal ? demanda Johanna d'un ton plus violent qu'elle n'en avait eu l'intention. Est-ce que c'est normal qu'un homme ait une maîtresse? Ca ne peut quand même pas être normal ? Dans la lumière qui filtrait de l'entrée, elle vit qu'Eva souriait. Adrian ne vous a-t-il jamais raconté, à ton mari et à to, pourquoi nous nous sommes séparés ? lui demanda-t-elle. Que dirais-tu à femme ? demanda Johanna. Que lui diras-tu si un jour elle te téléphone et te demande des comptes ? Je ne sais pas, dit Eva. Elles se turent. Puis Eva dit: je lui dirais qu'il ne faut pas y attacher d'importance, qu'elle ne doit pas s'inquiéter.&#034; ( p. 133-134)]]></description>
  </item>
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   <title><![CDATA[La confusion des âges: "Le monde sans les enfants" de Philippe Claudel]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/litterature-212/blog/confusion-enfants-philippe-1303118.html</link>
   <pubDate>Sun, 13 Sep 2009 6:30:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[&#034; Mais le temps passe pour tout le monde, et aussi pour les enfants. Et les enfants un jour ou l'autre deviennent grands, et deviennent parents en ayant eux aussi des enfants, des enfants qu'ils aiment tant mais que tout de même ils disputent, ils punissent et qui les font râler. Car le problème, voyez-vous, c'est que quand on est grands, on oublie, on oublie presque tout, et on oublie surtout qu'on a été enfant.&#034; Cet extrait de la nouvelle inaugurale du recueil indique au lecteur le fil directeur de toutes les nouvelles: à la fois le mélange et la séparation entre le monde des enfants et le monde des adultes. On passe ainsi de nouvelles où les adultes essaient de se mettre du point de vue des enfants à des nouvelles où les enfants prennent la place des adultes. &#034;Le chasseur de cauchemars&#034; nous montre Raymond, un chasseur de cauchemar, en retraite forcée car son métier est maintenant effectué par des entreprises et non plus par de simples artisans. Cette introduction de problèmes d'adultes dans un univers enfantin aurait pu créer un décalage à la fois plaisant et suggestif. Mais Philippe Claudel perd très rapidement son lecteur. Personnellement, à chaque nouvelle, je me demandais à qui ils s'adressaient: des enfants, des adultes. Les deux à la fois sans doute, où à l'enfant qui sommeille dans l'adulte et à l'adulte qui regrette de ne plus être un enfant. Si ce recueil se lit rapidement et si quelques nouvelles sonnent justes ( &#034;le dur métier de fée&#034;, &#034;le gros Marcel&#034;), il ne laisse guère de souvenir durable. Note: 2/5]]></description>
  </item>
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   <title><![CDATA[There will be blood: vers une nouvelle religion ?]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/cinema-213/blog/there-nouvelle-religion-1303098.html</link>
   <pubDate>Sat, 12 Sep 2009 11:20:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[There will be blood de Paul Thomas Anderson explore deux thèmes centraux de la pensée américaine: le pétrole et la religion. Si l'histoire du chercheur de pétrole qu'est Daniel Plainview semble relativement banale, le film suscite pourtant une tension extrême chez le spectateur. L'appât du gain semble assez fort chez Daniel Plainview pour lui faire abandonner toutes ses attaches, toutes les valeurs qui le relient au destin des hommes. Le pétrole semble le seul but qui ait de la valeur pour lui. C'est cette fixation qui donne tout son intérêt à sa trajectoire. Cependant, la confrontation entre la recherche du pétrole et la religion donnera une portée encore plus symbolique à cette recherche. Il ne s'agit plus seulement de négliger, de renverser la religion au nom du pétrole, ni de faire du pétrole un nouveau dieu. En fait, le film semble faire de cette quête le modèle d'un nouvel éthos religieux. There will be blood met en scène la rencontre entre «l'esprit économique» et «l'esprit religieux» à travers la trajectoire de Daniel Plainview, un chercheur de pétrole. Le film le suit de la découverte de son premier gisement en 1898 à son apothéose lors de la crise boursière de 1929. Cet homme qui refuse toute réussite en dehors de la sienne, qui considère comme adversaire toute personne étrangère à son entreprise devra se positionner par rapport à deux valeurs non marchandes: la famille, par l'intermédiaire de son fils et d'un prétendu demi-frère, et la religion, par l'intermédiaire de Eli Sunday. En fait, les premières et dernières scènes du film nous montrent que c'est le problème religieux qui sera au centre de l'itinéraire de Daniel Plainview. La première séquence pouvant être considérée comme la révélation de Daniel Plainview et la dernière étant son explication avec le faux-prophète qu'est Eli Sunday, ce problème englobe tout le récit. Au contraire, le fils de Daniel, H.W. Plainview, n'apparaît que lors de la seconde séquence, alors qu'il n'est que nourrisson, et se querelle avec son père à l'avant-dernière. Le problème familial ne circonscrit qu'une partie du film. La nécessité du détachement L'histoire de Daniel Plainview paraît dans un premier temps être celle d'un long détachement. Dans la première séquence du film, Daniel découvre son premier gisement de pétrole. Cependant, cette découverte s'accompagne simultanément d'une chute dans laquelle il se casse la jambe. Il doit alors ramper jusqu'à la ville pour acheter le terrain et le matériel nécessaire au forage. Cette jambe cassée est ce qu'il doit donner en échange du pétrole. Ou plutôt ce qu'il doit abandonner. Il s'agit ici d'un détachement du corps. Ce détachement explique pourquoi il continuera aller lui-même sur les terrains pour forer. Sa recherche, quel qu'en soit le but, ne lui permet pas de succomber aux plaisirs du corps. Il poussera au maximum cet ascétisme en dormant sur le sol, pour endurer le contact avec la matérialité, à moins que cela soit pour être au plus près du pétrole souterrain. Ce premier sacrifice n'est pourtant que le prélude à un second apparemment beaucoup plus douloureux, celui de la famille. Le pétrole lui exigera de Daniel qu'il renonce à son fils et à un demi-frère qui l'a retrouvé. Il ne reste alors à Daniel que trois choses, son pétrole, son associé, qui lui sera fidèle tout au long de sa trajectoire, et son héritier, son fils. Ce dernier a en effet un double statut dans le film. Il est le fils de Daniel, mais le sentiment filial disparaîtra peu à peu. Le fils ne sera plus qu'associé, celui qui reprendra l'entreprise de Daniel Plainview. L'avant-dernière scène renverse tout ce qu'une première vision du film avait imaginé. Durant tout le film, Daniel, celui qui a tout abandonné, semble vouloir constituer constamment une solidarité, qu'elle soit familiale ou professionnelle, avec son fils. Quand son fils devenu adulte veut vivre sa propre vie, leur dispute nous montre que le renoncement initial de Daniel était beaucoup plus profond que le film nous le suggérait. La seconde boucle: que cherche Daniel Plainview ? Il faut donc revenir sur l'ensemble du trajet de Daniel. Cette répétition doit être pensée sous le signe de la révélation et non plus du détachement. Nous apprenons dans la seconde moitié du film un des éléments déclencheurs de cette quête. Lorsqu'il était jeune, Daniel a vu près de la demeure de sa famille une maison qu'il voulait posséder. Le pétrole n'est donc qu'un moyen pour réaliser ce rêve d'enfant. Ce dernier semble s'être plus que réalisé à la fin du film. Daniel vit dans un véritable château. Le fait d'avoir un bowling personnel à l'intérieur de sa demeure atteste de sa richesse et de sa capacité à s'offrir tout ce dont il rêve. Pourtant, sa vigueur, nécessaire pour construire son empire, a maintenant disparu. Il n'est plus que le fantôme de lui-même. Ses journées semblent n'être qu'un tête-à-tête avec la boisson. Cette décadence semble incompréhensible alors qu'il a tout réussi. C'est pourquoi il est nécessaire de revenir à la séquence inaugurale du film. Daniel découvre des traces de pétrole. Après avoir agrandi le trou qu'il a creusé en le dynamitant, Daniel se casse la jambe. Cet accident se produit SUR le gisement de pétrole. Il ne s'agit pas d'un échange, d'une dette symbolique à payer pour avoir le pétrole. Il s'agit d'une véritable révélation. C'est pourquoi Daniel a la force de se traîner jusqu'à la ville. Ainsi, à chaque fois que Daniel devra sacrifier quelque chose, il sera en proie à une nouvelle révélation. Cette révélation prendra la forme d'une quasi-béatitude lors de l'incendie du forage. Il lui faudra pourtant gagner une dernière bataille pour atteindre le but qu'il s'est fixé depuis son enfance. Depuis son arrivée sur les terres des Sunday, Daniel Plainview est confronté à l’un des deux fils de la famille, Eli Sunday. Ce dernier est un pasteur qui se considère comme le prophète de la Troisième Révélation. Eli veut que Daniel Plainview finance son église en échange des terres de son père. Le refus de Daniel prend alors une tonalité mystique car la série d’accidents qui s'abat sur son entreprise (la mort d'un des ses ouvriers, l'accident de son fils) semble être une vengeance de la part d’Eli. Cette vengeance surnaturelle serait alors le signe de la puissance de cette nouvelle religion et de l'élection divine d’Eli. Mais en acceptant l'accident de son fils lors de la seconde révélation du pétrole, Daniel semble détruire la puissance de ce faux prophète. Pourtant, son aide lui sera nécessaire pour finir son oeuvre. Afin de pouvoir acheter les dernières terres dont il a besoin, il doit faire un marché avec Eli: il doit devenir membre de l'Église fondée par Eli. À la fin de la cérémonie durant laquelle Daniel doit avouer ses fautes pour faire partie de l'Église de la Troisième Révélation, il prononce pour lui-même: «j'ai mon pipeline». La religion est détruite dans sa propre demeure car elle devient un auxiliaire à la recherche du pétrole. Le film semble présenter un cynisme radical: aucune valeur ne peut supporter la recherche de l'argent, du pétrole, pas même la religion. Celle-ci devient uniquement un instrument aux mains de Daniel, de même qu'il peut jouer sur la sentimentalité des paysans pour qu'ils acceptent de vendre leurs terres. Ces ruses de Daniel l'obligent à une distance par rapport à son propre comportement. Au moment où le spectateur à l'impression qu'il se laisse entraîner par la situation (par exemple durant cette cérémonie religieuse), il est capable de penser constamment au profit que ce comportement pourra lui apporter. Celui-ci n'est jamais vécu mais joué. Le pétrole contre la religion ou le pétrole comme religion ? Ce cynisme n'est en fait qu'une interprétation grossière de l'expérience de Daniel Plainview. En effet, la scène que nous venons de décrire se trouve inversée lors de la dernière séquence du film. En pleine crise économique, Eli Sunday vient voir Daniel Plainview. Eli Sunday est aux abois car il a perdu toute sa fortune dans la crise. Daniel est un homme seul, plongé dans l'alcool. Eli lui propose alors un dernier marché: Bandy est mort et il lui propose de racheter sa terre, qui contient du pétrole. Daniel lui demande alors d'avouer à voix haute, en imaginant qu'il est devant une communauté de fidèles, qu'il est un faux prophète. Eli accepte de renier sa foi. Son désespoir n'est pas seulement lié à sa ruine mais au fait d'avoir cédé à la tentation. Cette faute ne fait que confirmer son aveu: il n'est pas un prophète. Il pouvait prétendre à ce statut tant qu'il se servait de l'argent pour son église. Le cynisme est-il la vérité du film? Faut-il voir dans la religion un simple «opium du peuple(1)» au service de la domination et de l'économie? En fait, le film distingue le caractère idéologique de la religion et l'éthos religieux. Max Weber(2) a montré comment l'articulation de ces deux aspects de la religion était à l'origine de la convergence fondatrice de l'économie moderne, entre le protestantisme et le capitalisme. Le Protestant doit considérer son métier comme une vocation. Cette conséquence de la prédestination va mettre le travail au centre de l'éthique protestante. C'est la socialisation religieuse qui sera au coeur du mode de vie capitaliste. Cette distinction entre l'idéologie religieuse et l'éthos qui en est la véritable expression permet de relativiser le recul de la religion. Ses croyances peuvent disparaître de nos esprits car elle a imprégné un mode de vie qui semblait le plus matérialiste, et le plus anti-religieux possible. Nous pouvons nous passer de la religion car c'est elle qui constitue notre être. Cependant, le film nous présente un second déplacement dans le rapport entre religion et capitalisme. Il ne faut pas seulement penser la religion comme masque de la domination économique ou comme éthos donnant une place fondatrice au travail. C'est la recherche de l'argent, du pétrole qui devient le véritable éthos religieux. Dans la dernière séquence du film, Daniel avoue à Eli que c'est son frère jumeau, Paul Sunday, qui a signalé à Daniel Plainview que les terres de leur père contenaient du pétrole. Paul, qu'on ne voit que dans une seule scène du film, est selon Daniel Plainview le vrai prophète de la Troisième Révélation. Il a gagné dix mille dollars par son renseignement et aura une entreprise de forage florissante. C'est lui qui va permettre à Daniel de passer d'une petite entreprise de forage à un véritable empire. Tel un prophète, il n'apparaît que pour annoncer sa Révélation. Daniel doit prendre le risque de le croire. C'est ce risque pris qui fera de lui un fidèle de cette nouvelle Révélation.Il ne s'agit pas prosaïquement d'un culte de l'argent, du gain mais d'une nouvelle recherche du salut. D'une recherche qui serait le salut lui-même. C'est pourquoi seuls ceux qui peuvent tout sacrifier à cette recherche peuvent avoir cette Révélation. La décadence finale de Daniel Plainview est maintenant compréhensible. Il n'est pas un homme déçu par son rêve, ou désabusé à cause de sa puissance, mais un homme qui profite du pétrole sans avoir à le rechercher. Esclave de la simple jouissance, du «service des biens (3)», il a trahi l'éthos du pétrolier qui l'a sauvé tout au long de sa trajectoire. En partant pour construire sa propre entreprise, le «fils» de Daniel voudra réaliser cet éthos qui se confond avec la totalité de son existence. ( 1) Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel. Paris, Aubier Montaigne, 1992. ( 2) Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Paris, Agora, Pocket, 1994. ( 3) Jacques Lacan, L'éthique de la psychanalyse, Séminaire VII. Paris, Le Seuil, 1986.]]></description>
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   <title><![CDATA[le blog et l'identité]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/psychologie-218/blog/blog-identite-1299127.html</link>
   <pubDate>Thu, 13 Aug 2009 1:23:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[Une double identité? : l'alternance entre le réel et le blog « Le blog sert de reflet de ma vie, mais uniquement celui que l'on désire montrer ». Cette affirmation d'une blogueuse révèle la complexité du rapport identitaire et communicationnel qui se joue dans cette pratique. Quelque soit le rapport que les blogueurs conçoivent entre ce journal et leur vie réelle, ils utilisent dans leur très grande majorité un pseudonyme, preuve que le rapport entre la personne « réelle » et le blogueur n'est pas si immédiat. On peut approcher, dans un premier temps, certaines caractéristiques du blog en le comparant au journal intime. La place de l'intimité semble opposer ces deux pratiques. Par définition, le journal intime est un rapport quasi exclusif de soi à soi. Si le sujet montre son journal à quelqu'un, c'est que cette personne est dans sa sphère d'intimité. Et si une personne lit son journal à son insu, cette lecture peut être considérée comme un viol, une destruction de l'intime. Au contraire, le blog est immédiatement ouvert. En théorie, il peut être lu par quiconque navigue sur le web. Il crée une « extimité » mondiale car il est possible d'accéder au blog de quelqu'un par hasard, à partir d'un moteur de recherche, sans limite géographique. Évidemment, l'usage du pseudonyme crée une rupture entre le narrateur de ce journal public et la personne réelle, celle-ci restant inconnue pour les simples visiteurs. De plus,le blogueur étant le plus souvent un individu quelconque, la simple mention deson nom et prénom ne me permet pas de l'inscrire dans mon monde. Ainsi, à la différence du journal intime qui peut être considéré comme un reflet du soi, on peut considérer le blog comme la création d'un second soi, un soi extime,communautaire. Enfin, si le journal intime est caractérisé par un pacte très fort entre soi et soi, puisqu'il s'agit de transcrire pour soi ce qui nous est le plus intime, le blog, de par la possibilité d'utiliser un pseudonyme, crée une dialectique incessante entre la véridicité, le mensonge, la dissimulation et la création. Le blogueur est pourtant le même individu que le soi réel, sa vie de blogueur est une partie de sa vie réelle, d'autant plus que cette pratique peut prendre un temps non négligeable dans la vie quotidienne. Le soi extime créé par le blog, tout en étant différent du soi réel, modifie donc ce dernier. L'individu doit faire un constant travail de subjectivation pour unifier ces deux soi . Cette étude sera centrée sur le blogueur lui-même et sur ce travail de subjectivation, le point de vue du lecteur étant en quelque sorte négligé. Le lecteur ne sera étudié que par sa fonction dans la création du soi extime, en tant que membre de la communauté virtuelle du blogueur. Nous nous appuierons sur l'analyse de vingt blogs pour lesquels nous avons pu établir un contact avec les blogueurs eux-mêmes .Tous ces blogueurs ont répondu à un questionnaire et certains ont été interrogés sur des aspects plus précis de cette pratique. Évidemment, il ne s'agit pas d'entretiens classiques puisque tous ces échanges ce sont faits par courriel et non pas in visu. L'analyse s'est concentrée sur les textes d'ouverture du blog puis sur la période de janvier à juin 2008, sauf pour les blogs qui n'étaient pas en activité durant cette période. En plus de l'examen de ce travail d'unification, nous porterons notre attention sur la vie du blog lui-même ( commentaires laissés par les lecteurs, liens vers d'autres blogs....). Le soi extime créé par le blog est toujours un soi communautaire et cette communauté, bien qu'elle puisse inclure des individus connus « réellement » par le blogueur, a un fonctionnement spécifique, lié au média lui-même, qu'il nous faudra spécifier. Évidemment, il sera impossible de proposer une description unifiée du blogueur ou des types de blogueurs. Il s'agit plutôt de suivre différentes trajectoires entre vie intime et vie extime afin de cerner quel est le « soi » rendu possible par le blog. Vers le soi extime L'ouverture d'un blog marque une rupture dans l'existence du sujet. Cette rupture, proche de celle liée au début d'un journal intime, est liée à la décision d'écrire en suivant le rythme du calendrier. Ce rythme imposera dans les deux cas une écriture fragmentaire. Cependant, l'effet de rupture est redoublé dans le blog car l'« identité narrative » qui se met en place dans l'écriture est une identité publique. Cette écriture de soi est aussi une présentation, une exposition de soi. Ainsi, le sujet A1 introduit la notion de trésors dans le titre de son blog, et indique par là la révélation d'une certaine intimité. L'auteur ne se présente pas de manière exhaustive dès le premier texte mais éparpille les indications sur soi ( les photos de différentes villes sur le bandeau d'accueil du blog évoquent l'idée de voyage; le texte du 11 février présente son nouveau sac; et enfin le 26février l'auteur apparaît sur des photos de vacances). Mais il est aussi possible de proposer une présentation de soi plus explicite, d'autant plus que, le plus souvent, le lecteur ne connaîtra pas réellement l'auteur du blog. Lors du premier texte du blog, A18 se décrit en établissant des catégories pour y placer toutes les personnes qui structurent son existence. Le blog sert ainsi à mettre de l'ordre. Ce besoin d'ordre peut avoir ici deux significations. Il peut être une aide pour le lecteur qui ne connaît pas réellement l'auteur. Il peut ainsi lire tous les textes sur ces personnes. Mais, cette systématisation a aussi des effets sur l'auteur lui-même. Il s'agit bien de mettre de l'ordre dans sa vie, d'autant que celle-ci est bouleversée ( échec de la vie conjugale puis divorce, recherche d'une nouvelle partenaire....). L'ouverture du blog peut aussi avoir une forte résonance symbolique. Ainsi, A3 place l'inauguration de son blog sous l'angle de l'évocation de l'enfance lorsqu'il en justifie le titre. Ce rapport au passé est encore accentué lorsque l'auteur sent qu'il a enfin quelque chose à partager avec ses lecteurs: « Au tout début, j'étais persuadé de n'avoir rien d'intéressant à dire. Je ne suis pas sûr, aujourd'hui, soit plus intéressant mais j'ai quelque chose à dire et, éventuellement, à faire partager. Cela est arrivé par hasard (avec un 's' comme dans svp) ; au Havre, je suis tombé fortuitement sur un album retrouvé par Papa peu après le décès de Maman. Je l'ai ouvert et j'ai éprouvé un choc. » Mettre de l'ordre dans sa vie passée, mettre par écrit ce retour vers un passé familial: ces deux projets font du blog le lieu où se constitue l'identité narrative de chaque auteur, entant qu'il « faut y voir un mixte instable entre fabulation et expérience vive. C'est précisément en raison du caractère évasif de la vie réelle que nous avons besoin du secours de la fiction pour organiser cette dernière rétrospectivement dans l'après-coup, quitte à tenir pour révisable et provisoire toute figure de mise en intrigue empruntée à la fiction et à l'histoire. » .Nous sommes alors très près du pacte autobiographique. Par ce renvoi à des personnes ou des faits réels, le narrateur désigne son identité avec l'auteur. Pour d'autres individus, il faut au contraire une véritable inauguration du blog en tant qu'il se différencie de la vie réelle. En décrivant un décor imaginaire, A4 établit une séparation entre l'espace réel et l'espace du blog. Il est donc nécessaire de se l'approprier car il a du mal à s'habituer à ce nouveau blog après avoir écrit plus de mille textes dans l'ancien. Un aménagement visuel et progressif du blog est nécessaire pour qu'il corresponde à l'état d'esprit de l'auteur et pour que le lecteur s'y sente à l'aise. En effet, le blog doit être un véritable chez soi où il est possible d'inviter d'autres personnes. L'auteur pourra y raconter sa vie après l'avoir aménagé mais cela ne changera pas l'extériorité de ce lieu par rapport à la vie réelle. Cette fictionnalisation, qui est une autre façon de narrativiser sa vie, permet de produire plus rapidement l'extimité. De toute façon, celle-ci ne peut pas apparaître instantanément. La vie extime doit prendre peu à peu sa consistance et prendre son autonomie par rapport à la sphère privée et purement intime. Le blog de A10à été ouvert à la suite d'un déménagement en mai 2008. Le blog permet dans un premier temps de garder un contact avec les personnes que l'auteur a quittées: il supplée à la présence réelle de l'auteur. Pourtant, le blog acquiert progressivement une indépendance par rapport à la vie réelle. En mai, l'auteur s'adresse aux visiteurs du blog sans faire référence directement à des personnes réelles. Puis, à partir de juin, le récit devient plus régulier,l'auteur transforme un fait apparemment anodin en objet narratif ( l'apparition de son bronzage). Ce qui est important pour le récit n'est plus nécessairement ce qui est important dans la vie réelle. Lorsqu'aux dates du 28, 29 et 30 juin,l'auteur évoque son insomnie et des réflexions personnelles, il est possible d'affirmer que nous ne sommes plus dans le simple compte-rendu destiné à décrire sa vie à ceux qui sont absents. Le blog met en jeu la question du soi et peut être alimenté dès que le rapport à soi devient problématique. Il est possible de lire régulièrement des textes font le bilan de cette exposition de soi à travers le blog. Sept mois après le début de son blog, A16 décrit comment elle a peu à peu remarqué la consistance que prenait cette extimité. Si elle écrivait en premier pour soi, des visiteurs ont laissé régulièrement des commentaires. Une véritable communauté se met en place et l'auteur fait des rencontres « virtuelles »: « J'ai noué des amitiés \\\\&#034;virtuelles\\\\&#034; avec des personnes que je n'aurais probablement jamais rencontrées dans la \\\\&#034;vraie vie\\\\&#034; car elles se sont intéressées à ce que j'écrivais et pas à ce à quoi je ressemblais, une femme de 52 ans seule avec son chat et ses kilos en trop, qui vit sa petite vie tranquille faite de petites joies, de petits bonheurs, de petites découvertes, de petits tracas et de coups de gueule. » Ne plus être jugé comme dans la vie réelle, donc ne pas faire partie de la même communauté, c'est ne plus être le même soi. Ici ce soi extime paraît plus épanouissant pour l'auteur. Le récit devenant la seule partie de soi qui apparaît, mais qui s'expose publiquement, les ressemblances entre les individus ( centres d'intérêt, métiers, situations affectives...) ne sont plus masquées par toutes les différences « matérielles » ( physique, âge...). Le même auteur parle de « thérapie par le blog » pour souligner ce qu'il lui apporte de plus par rapport à la vie intime. Si la création du soi extime nécessite une certaine durée, il en est de même pour sa disparition. Celle-ci est difficilement observable car rarement mise en récit. Même si les blogueurs étudiés ici ont commencé depuis plusieurs années cette activité,beaucoup d'autres blogs s'arrêtent, disparaissent très rapidement sans explication. On peut supposer un manque d'intérêt, de motivation ou la simple paresse. Quelle que soit l'hypothèse adoptée, ces blogs ne semblent avoir jamais constitué un élément majeur de la subjectivité, ce qui expliquerait l'absence d'explication pour leur arrêt. De tous les blogs parcourus, seuls celui de A2 montre la disparition progressive du soi extime. En mars 2006,l'auteur regrette d'avoir donné l'adresse du blog à son entourage et pense à créer un autre blog vraiment « anonyme ». La confusion entre vie réelle et vie extime ne lui convient pas. Connu par l'entourage réel, le blog ne peut atteindre son objectif: l'auteur ne peut pas tout dévoiler, mais, en plus, il est impossible de s'inscrire dans un univers fictionnel puisqu'une vérification est possible pour certains lecteurs. Le 07 septembre 2006,l'auteur décide de mettre fin à son blog. Selon elle, il n'a « plus de raison d'être ». Cependant, le soi extime semble durer malgré cette décision comme s'il n'était pas possible de le mettre à mort. A chaque anniversaire de cette décision, l'auteur écrit un texte sur le blog, soit pour faire un bilan de l'année, soit pour s'adresser aux éventuels lecteurs restants. Cette « survie », cette mise en veille est peut-être la plus grande preuve de la constitution d'une subjectivité spécifique dans l'écriture du blog. Exposer sa vie au quotidien Plus des deux tiers des blogueurs contactés affirment aller sur leur blog tous les jours. Ce média met donc en jeu la notion de quotidienneté: il tient lieu de journal « extime ». Si cette contrainte temporelle n'avait aucun sens pour les blogueurs, ils auraient sans doute utilisé d'autres médias de présentation de soi sur internet ( site personnel, réseaux sociaux....). Cette quotidienneté est très rarement une dispersion du soi à travers les différentes péripéties que l'auteur peut vivre. Si le blog construit une identité narrative, c'est qu'il effectue une véritable« mise en intrigue », une « refiguration » de l'existence sans que cela soit une oeuvre pensée dans son unité comme pourrait l'être une autobiographie. Très vite, chaque auteur choisit l'angle par lequel le blog va raconter sa vie. C'est ce fil directeur qui définira le soi extime et qui lui donnera son unité. De plus, il semble que ce soit ce retour quasi-quotidien vers le récit, vers la « blogosphère » ( terme utilisé par les blogueurs pour désigner la communauté que forment les blogs) qui incite peu à peu le blogueur à penser non plus seulement à ce qu'il va mettre de sa vie sur son blog mais à modifier sa vie par rapport au blog. La plupart du temps, les blogueurs pensent à l'avance au texte qu'ils vont écrire soit parce qu'ils ont simplement retenu le sujet dont ils voulaient parler ,soit parce que le texte lui-même est travaillé . En effet, cette transcription de soi prend du temps dans la journée ( une dizaine de minutes au minimum mais aussi plusieurs heures pour certains blogueurs). Elle a donc une place importante dans l'existence du sujet, ne serait-ce qu'en terme de temps. Cependant, cette relation au blog varie fortement d'un sujet à l'autre. Certains s'en servent comme bilan de leurs journées, de ce qui leur est arrivé. Entre janvier et février 2008, A18 nous livre la fin de son mariage, sa réflexion sur sa vie future, sur ses nouvelles rencontres. Comme ce blogueur le dit lui-même, « le blog est le reflet de ma vie réelle. Le reflet exact. C'est le reflet de ce que je pense, de ce que je vis et de la façon dont je le perçois. Pour certaines personnes impliquées (amies, amoureuses), le lire peut avoir des effets dévastateurs, comme si on lisait dans mon âme. Mais c'est mon blog... ». D'autres blogs, vont mettre en scène des séquences de vie. A1 raconte ses vacances au Canada « en direct » durant le mois de juin 2008, et A11 établit un compte à rebours de son accouchement durant tout le mois de janvier. Dans ce dernier cas, la dramatisation est encore accentuée car l'auteur met en place un pari sur la date de son accouchement. Un dernier texte est mis sur le blog à sept heures du matin le jour où l'accouchement doit finalement être provoqué. Enfin,même durant son séjour à la maternité, l'auteur demande à quelqu'un d'alimenter le blog à sa place. Cette nécessité de la mise en récit montre que le blog,qu'il soit « une thérapie » ( A18) ou un équivalent du journal intime, est essentiel au psychisme, il lui donne une consistance, il fait office de travail de mentalisation et permet ainsi de donner une épaisseur symbolique à ce qui est vécu. Il peut aussi se produire un retournement dans cette relation entre vie réelle et vie extime, la vie réelle se mettant au service de l'extimité. C'est le cas pour le blog de A7 .Celui-ci nous propose des visites virtuelles de certains lieux de Philadelphie( 2 janvier 2008: le marché couvert; 7 février: le temple Bouddhiste de Philadelphie). Les photos sont prises uniquement pour le blog, c'est son existence qui détermine certains faits de la vie réelle. De même, l'auteur utilise n'importe quel événement pour expliquer les coutumes américaines et ses impressions sur celles-ci ( par exemple, l'auteur effectue une description de funérailles américaines le 17 janvier). Cette fictionnalisation de l'existence réelle est renforcée par l'effet de répétition. Cet auteur rencontre régulièrement des expatriés ou de simples touristes français pour les « accueillir » à Philadelphie.Cette rencontre se passe toujours dans un restaurant différent et est retranscrite à chaque fois sur le blog; et, lorsque l'expatrié quitte Philadelphie, l'auteur l'interroge sur son séjour. Cette formalisation narrative de chaque séjour donne un statut particulier au blog. Le souci du détail, de la quotidienneté ,de la véracité ne donne pas lieu à un contrat de lecture comparable au pacte autobiographique tel qu'il a été décrit par Philippe Lejeune. Si l'autobiographie peut donner lieu à un tel contrat, même si sa forme implique un travail de reconstruction de la part de l'écrivain, c'est qu'elle s'écrit toujours dans l'après-coup. L'écrivain pouvant regarder les événements qu'il va décrire de l'extérieur, il peut lui donner une unité. Au contraire, le blog étant nécessairement un« work in progress », il doit plutôt se caractériser par la diversité, l'absence d'unité comme peut l'être un journal intime. C'est cette unité narrative de certains blogs malgré leur écriture « en direct »qui leur confère un statut intermédiaire. Ce statut peut cependant être expliqué à partir d'une instance psychique: le soi extime. Les analyses précédentes montrent déjà que cette exposition de soi est en même temps une épuration, puisque chaque existence sera écrite à partir de certains thèmes précis .Cette épuration de soi est la condition de la mise en intrigue et donc de l'unification de l'existence. Si le blog n'est pas un journal intime ,c'est parce qu'il s'adresse à une communauté qui ne se réduit pas simplement à des lecteurs mais est composée aussi de commentateurs et de blogueurs. Si cette communauté peut comporter des personnes connues avant le blog, elle se définit indépendamment de la vie réelle. Elle peut être radicalement séparée de cette dernière, soit parce que l'auteur n'en a pas parlé à son entourage, soit parce qu'il en parlé sans donner l'adresse du blog, ou correspondre en partie à celle-ci. Mais dans tous les cas, elle aura nécessairement une organisation qui lui est propre pour deux raisons essentielles: il est impossible de limiter a priori cette communauté puisque des étrangers peuvent décider par eux-mêmes de s'y intégrer. Elle ne peut donc pas correspondre à une communauté amicale et n'est pas définie par l'opposition entre en dedans et un dehors. C'est une extimité sans intimité. De plus, chaque visiteur/commentateur peut être lui aussi un blogueur qui possède sa propre communauté. La lecture d'un blog peut donc nous conduire vers un nombre indéfini d'autres blogs grâce aux différents liens hypertextes. Cette chaîne de blogs constitue donc une blogosphère en extension continuelle. Chaque blogueur n'est pas simplement le scripteur de sa propre vie, mais aussi le lecteur de celle des autres. Parmi les 20 personnes qui ont participé à cette étude, 17 affirment lire régulièrement d'autres blogs et 14 lisent toujours les mêmes. Cette régularité dans la lecture, créatrice d'un nouveau lien social, peut s'expliquer soit par la simple « courtoisie » ,soit par un réel souci de connaître l'autre .Cette reconnaissance donnée par la lecture explique les textes sur le nombre de visites qui traduit une certaine anxiété chez les blogueurs. En prenant le risque d'une certain exhibition de soi, le blogueur accepte de voir son existence virtuelle évaluée, estimée à partir du nombre de visites . La possibilité donnée aux lecteurs de laisser des commentaires change considérablement la nature de l'activité communicative réalisée à travers le blog. Il ne s'agit plus de présenter à tous un texte mais d'en faire le support d'un dialogue. Plus que le nombre de visites, ce sont les commentaires qui intéressent les blogueurs. Certains messages peuvent être l'occasion de plusieurs dizaines de commentaires ou être à l'origine d'un véritable échange, et il arrive régulièrement qu'un texte soit écrit en réaction à un commentaire. Il est donc nécessaire de distinguer deux dehors. L'extimité a un rapport à un dehors généralisé qui est l'ensemble de tous les lecteurs possibles et anonymes et un rapport à un dehors commmunautaire qui est défini par l'ensemble des commentateurs ou des lecteurs/blogueurs . Le blogueur recherche plus la reconnaissance ou la participation à une vie communautaire selon le degré d'attention à ces deux dehors. Dans tous les cas,cette constitution d'un « ils » ou d'un « nous » permet l'élaboration d'un « Je ». Un travail d'unification La subjectivité créée parle blog a un statut particulier. En effet, il s'agit d'un Soi parmi tous ceux qui nous composent mais c'est aussi un Soi dont une des fonctions est d'unifier ce que nous sommes pour l'exposer. Travail d'unification et exposition sont ici parallèles. En fait, il faut reprendre ici les deux pôles utilisés par Paul Ricoeur pour désigner l'identité: idem et ipse, la mêmeté et l'ipséité. Si chaque soi participe de la mêmeté en tant qu'il désigne ce que je possède de permanent, le soi extime révèle le pôle de l'ipséité. Selon Ricoeur, l'ipséité désigne non plus la simple permanence mais le maintien de soi, la capacité à parler en son nom et le blog peut alors être compris comme une manifestation contemporaine de cette ipséité. Le soi extime, c'est cette partie de moi-même que je revendique, que je m'approprie et que je peux donc exposer. Loin d'être un soi narcissique, comme une interprétation rapide de ce nouveau phénomène de présentation de soi pourrait l'affirmer, il s'agit d'un soi dialogique, ouvert sur une communauté. Cette dernière est rendue possible par les nouveaux dispositifs technologiques utilisés dans le blog: comptage des visites,possibilité de laisser un commentaire, lien hypertextuel. Si cette forme d'automédialité a été étudiée ici uniquement en tant qu'écriture,communication, il sera nécessaire d'étudier l'activité psychique qui lui correspond. François Dubet appelle « expérience sociale » le travail d'unification des logiques de l'action ( « intégration »,« stratégie » et « subjectivation » dans sa terminologie),travail qui constitue l'identité sociale du sujet, faisant de l'expérience sociale son expérience. Or cette expérience est éclatée en cas de marginalisation et d'exploitation, cet éclatement étant, selon François Dubet, la forme contemporaine de l'aliénation. Cependant, il est possible de généraliser cet éclatement de l'expérience dans nos sociétés en partant du simple constat de l'éloignement constant des différents domaines dont fait partie le même individu ( famille, profession, amis, activités sportives...).Le blog tente au contraire de réunifier cette expérience. Mais il devient alors impossible de situer cette unité dans l'individu lui-même mais dans le blog,point de convergence entre le soi intime et le soi extime. Il est donc nécessaire de faire ici l'hypothèse d'une subjectivation machinique . « le réel de mon blog vaut bien celui qu'on regarde en permanence « dans la vie réelle ». » ( A3) C'est cette équivalence qui permet de considérer le blog comme le support d'une activité subjective, psychique que nous avons appelé le soi extime. Ce dernier ne peut apparaître que dans l'ambiguïté structurelle du blog, entre intimité et publicité, et par un travail de l'individu sur sa quotidienneté. Ce travail permet à la fois l'émergence progressive du soi extime et une dialectique constante entre la vie « réelle » et le blog. Le soi extime se constitue à partir d'une unification de l'existence grâce aux ressorts de la fiction, de la mise en intrigue et grâce à un processus d'épuration du soi. Cette dernière va choisir ce que je vais montrer de moi-même à la blogosphère, attendant d'elle la reconnaissance ou un lien communautaire. Par cette unification et cette exposition de soi, le blog permet l'émergence d'une nouvelle forme d'ipséité, à la fois résistance contre l'éclatement de l'expérience et réunion subjective de l'individu et du média informatique. Sujet A14. Les différents individus étudiés dans cet article seront désignés par les sigles A1, A2....,A20 Ce terme est peu à peu utilisé pour désigner l'exposition de soi dans la sphère publique mais n'a pas encore, à notre connaissance, d'usage institutionnalisé. Ce travail d'unification entre soi extime et soi réel ne signifie pas que nous considérons le soi réel comme un soi immédiatement unifié. Son unification nécessite aussi un long travail du sujet,dont l'examen ne rentre pas dans le cadre de cette étude. Pour une approche de ce travail, on peut consulter les travaux de François Dubet, en particulier Sociologie de l'expérience, Paris, Le Seuil, « La couleur des idées », 1994. Pour des raisons de confidentialité, il n'est pas possible de donner l'adresse de la plupart des blogs étudiés. En effet, même si les blogs sont considérés juridiquement comme des oeuvres publiques, les auteurs mentionnent très souvent le nom de personnes réelles et insèrent des photos de ces personnes dans leur blog. En réalité, il a été difficile d'étudier cette ouverture car la plupart des blogs utilisés ici ne sont que la suite d'autres blogs et non des blogs fondateurs. Paul Ricoeur, Temps et récit, Paris,Le Seuil, « Points Essais », 1981-1985 Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre,Paris, Le Seuil, « Points Essais », 1990, p. 191 « Comme l'analyse littéraire de l'autobiographie le vérifie, l'histoire d'une vie ne cesse d'être refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu'un sujet raconte sur lui-même », Paul Ricoeur, Temps et Récit, Tome 3, Paris, Le Seuil,« Points Essais », p. 443 « Il y a des fois dans la vie de tous les jours où je suis confrontée à une situation ou alors je constate qq chose...et je me dis « tiens, il faudrait que tu en parles ». »( A20) « Je note les idées lorsqu'elles me viennent en tête et je rédige les messages plus tard » ( A6); « C'est une écriture et je n'écris que quand « je sens » les phrases venir et s'enchaîner. Alors il faut faire vite car c'est très volatil...pour les sujets ruminés, j'ai une liste préétablie écrite, plus quelques autres sujets qui maturent depuis parfois plusieurs années mais dont le bootstrap n'est pas toujours amorcé. » (A3) Ce cas est en fait un peu particulier car il s'agit d'une expatriée. Le blog permet donc de se montrer à ses proches restés en France. Ce retournement est donc essentiel pour leur permettre de concrétiser par l'intermédiaire du blog son existence. Cependant, cette particularité n'interdit pas de penser cette inversion car il s'agit pour nous d'en décrire les modalités. De plus, en tant qu'oeuvre publique, ce blog dépasse la simple relation aux proches. « des choses qui me touchent et qui m'arriventmais auxquelles je fais attention de donner un côté toujours« ordinaire ». » ( A7) « Mon blog raconte exactement ma« vie réelle » » ( A7). L'emploi des guillemets dans cette citation et dans celle de la note précédente permet à l'auteur de souligner ce souci et d'écarter toute volonté de tromperie. Sa vie d'expatriée pour A7, la musique pourA4, ses enfants pour A11, l'anorexie pour A14, les soirées pour A17, et sa vie affective pour A18. Le statut du blog n'est de toute façon passans poser problème même chez les blogueurs eux-mêmes: « Mon blog était àmi-chemin entre le journal intime et la discussion virtuelle qu'il m'était impossible d'avoir avec une personne en particulier. » ( A2) ; « sur le blog, c'est le roman de ce qui se passe en réalité. » ( A9); « le blog est un équivalent d'un journal de bord qu'on peut partager, et dont on peut garder une trace. » (A16); « on peut donc effectivement dire que ce blog est un journal écrit dans mon intimité. » ( A12, 13 mars). A7 lit les blogs de ceux qui vont sur son blog. Ce geste de reconnaissance montre que la lecture du blog est considérée comme un honneur qui est fait au blogueur. En lisant son blog, je donne une valeur, une dignité à sa vie, à son identité narrative et c'est parce que le blogueur est en dette vis-à-vis de moi qui l'ait reconnu qu'il peut y avoir communauté.Cette dernière est cependant dépendante de deux conditions matérielles: la possibilité technique de connaître le nombre de visites et l'identité informatique des visiteurs qui permet d'éviter l'anonymat des lectures, et la signature des commentaires à l'aide du pseudonyme ( qui peut lui-même indiquer le blog du commentateur). A1: « Je vais toujours sur les mêmes blogs, à force de les lire, on a l'impression de créer un lien avec les blogueurs ». A3: « Si vous écrivez pour être lus,l'absence de lecteurs est très mal vécu, presque ressenti comme une insulte, un mépris, un désintérêt « personnel » et non lié à la valeur éventuel du contenu pour le lisant. cela est très proche de la pression sociale actuelle ou vous êtes quelqu'un selon votre notoriété ». Ce témoignage illustre cette « fatigue d'être soi » décrite par Ehrenberg: Alain Ehrenberg, La fatigue d'être soi, Paris, Odile Jacob, 1998 Cette communauté peut être plus ou moins intense. L'expression « blogami » montre les liens affectifs qui peuvent se tisser au sein d'une communauté de blogueurs. Ainsi , à la suite d'une présentation des résultats de cette recherche, une des personnes contactées évoque une chaîne de solidarité créée à partir du blog afin d'aider une personne en difficulté financière et en grande détresse. Alain Dubet, Sociologie de l'expérience,ouvr. cité, chapitre 3 Malgré son imprécision, cette expression permet de décentrer l'émergence de l'unification des « soi » et évite de la situer trop rapidement dans l'individu biologique.]]></description>
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   <title><![CDATA[Flaubert, Zola et l'événement historique]]></title>
   <link>http://www.flu.fr/trebiv/litterature-212/blog/flaubert-evenement-historique-1299104.html</link>
   <pubDate>Mon, 20 Jul 2009 9:45:00 +0200</pubDate>
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   <description><![CDATA[Voici un article qui propose une lecture philosophique des romans de Flaubert et Zola afin d'en dégager une pensée de l'histoire: Vers une pensée de l'événement]]></description>
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