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Le Blog de zal gosse
22 février 2012
La mémoire de l'orchidée, François Fierobe.
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Je ne répéterai jamais assez combien les éditions de la Clef d'Argent sont indispensables au paysage littéraire français. Je sais, pour de l'introduction, c'est de l'introduction. Mais il se trouve que je viens de dévorer (presque au sens littéral du terme) « La mémoire de l'orchidée » de François Fierobe.  
 
J'avoue, à ma grande honte, que je ne connaissais pas cet auteur avant d'ouvrir son recueil de nouvelles. Pourtant, il semblerait que nous voguions sur les mêmes mers, quant à ses thèmes de prédilection... enfin bref. Tout ça pour dire que le mal est dorénavant réparé et que je ne peux que vous encourager à en faire de même si vous ne le connaissez pas, parce que franchement, ce livre-là... Ce livre-là ! C'est un peu moins de 180 pages de pur bonheur. Et je n'exagère pas en disant cela. Neuf nouvelles, scindées en trois parties de trois nouvelles chacune (la seconde renferme les textes les plus longs). La première nouvelle, celle qui donne son titre au recueil, met dans l'ambiance de bien belle manière (une histoire d'orchidée, donc, la pieuvre rouge, dont l'écorce consommée procure de biens curieuses sensations). La seconde est courte et assez drôle (mais ce n'est pas ma préférée). La troisième, quant à elle, est un vrai condensé de récit Lovecraftien du meilleur tonneau (oui, la Clef d'Argent, forcément, diront les habitués). Et puis on embarque, avec la seconde partie, pour la ville qui n'existe pas, ou si, ou non, ou peut-être que, enfin bon. Et là... du pur bonheur vous dis-je. Les trois nouvelles rassemblées sous le titre générique « Artefacts et singularités » sont de vrais bijoux que tout amateur de bonne (de très bonne) littérature se doit d'avoir lu au moins une fois dans sa vie (je vous avais prévenu, je ne fais pas dans la demi-mesure). Des personnages improbables, des objets dignes des plus beaux cabinets de curiosité et une inventivité de tous les instants... A chaque nouvelle description, c'est bien simple, je ne pouvais m'empêcher de me demander : « mais où va-t-il chercher tout ça ? ». C'est brillant, plus que brillant, fascinant. On lit sans pouvoir s'arrêter. Désireux d'aller plus loin mais regrettant déjà que la fin se rapproche aussi vite (un peu comme face à un sablier dont le sable s'écoulerait mais où aucun des deux niveaux, que ce soit celui du haut ou celui du bas, ne varierait jamais). Un envoûtement. Oui, je sais, les mots sont forts mais ils ne sont encore pas suffisants pour décrire ce que l'on ressent à la lecture de ces histoires hors du temps, hors du monde et en même temps si... Lisez vous dis-je ! « Géométries caniculaires de Rascanges », « Le bureau des objets maudits », « La brocante aux fantômes » et enivrez-vous de ces objets ensorcelés et de leur description érudite, de leurs effets stupéfiants. Découvrez une langue précise, un style fluide (très « old school » comme on dit). Un univers fascinant mais loin d'être enchanteur. Ouvrez ce livre, vous répétais-je et laissez-vous emporter. A mon avis, vous ne le regretterez pas.  
 
En tous cas, merci M. Fierobe pour ses nouvelles et surtout merci à Philippe Gindre de publier ce genre d'OVNI littéraire.  
 
Extrait (introduction décrivant un des nombreux objets conservés au « bureau des objets maudits ») :  
 
La flûte.  
 
Ah, les instruments de musique... Vous avez peut-être entendu parler de ce fait divers épouvantable survenu à Marseille dans les années 1840. Un prêtre de paroisse converti au démon, qui faisait chanter des sorcières au son d'une flûte qu'il avait taillé lui-même dans le tibia d'un de ses enfants de chœur. La flûte maudite du Père Sinas, la voici. Si vous en jouez ne serait-ce qu'une fois, vous en tirerez une mélodie déchirante qui fragilisera votre âme. Il vous faudra des semaines pour vous en remettre. Si vous en jouez trop...  
 
Titre: La mémoire de l'orchidée  
Auteur: François Fierobe  
Editions La Clef d'Argent, 177 pages, 12 €  
 
A noter la superbe couverture de Sébastien Hayez.
 
Sur le site de l'éditeur : http://clefargent.free.fr/orchidee.php
19 février 2012
Meurtre dans le boudoir, F. Lenormand
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 Je me méfie de plus en plus des « gros éditeurs », sans doute parce que leur volonté de plaire au plus grand nombre (rentabilité oblige) les font délaisser les ouvrages les plus intéressants (ou à cause de quelques déceptions... mais tout cela est lié, au final et revient au même). Je sais, c'est un a-priori mais que celui ou celle qui n'en a pas me jette le premier pavé. Il m'arrive toutefois, parfois, de céder à la tentation (nature humaine quand tu nous tient) et d'acquérir un de ces ouvrages disponibles dans les supermarchés de la culture à défaut des modestes estaminets que je me plais à fréquenter (il y a tant à lire qu'il y a de la place pour tout le monde et c'est tant mieux). Et puis je suis comme vous, ne m'en déplaise, parfois, j'ai aussi envie de craquer. Oui, je sais, c'est mal (et je ferai cinq pater et trois ave pour laver mon âme déjà si noire). Bref, tout ça pour vous dire que, me baladant à la recherche d'un nouvel ouvrage à me mettre sous la dent (et étant resté sur ma faim avec le précédent dont je ne vous parlerai même pas ici tant il ne le mérite pas), je suis tombé sur celui dont c'est-y que je veux vous causer pas plus tard que maintenant voire tout de suite et d'ailleurs, c'est bien simple, j'y vais.  
 
Enfin non, pas encore. Avant cela, revenons encore un peu en arrière. Il se trouve que j'aime les romans mêlant personnages historiques et histoires inventées. Ils se présentent le plus souvent sous la forme policière, un meurtre déclenchant une vocation ensuite passée sous silence par la postérité. J'avais adoré « Un œil bleu pâle » de Louis Bayard mettant en scène Edgar Poe jeune menant l'enquête. J'apprécie tout autant la série des Oscar Wilde de Gyles Brandreth (chaque opus est un pur bonheur et on y retrouve, en plus de Mr. Wilde, Arthur Conan Doyle, Bram Stoker bref, que du beau linge). Et si j'avais moins accroché à « L'interprétation des meurtres » de Jed Rubenfeld mettant en scène Sigmund Freud (très moyen), je me suis en revanche régalé (c'est peu de le dire) avec le « Drood » de Dan Simmons (Charles Dickens). Ah oui, j'allais oublier, il y a aussi le « Abraham Lincoln chasseur de vampires » de Seth Graham-Smith (son adaptation cinématographique est apparemment bouclée et le « trailer » est disponible sur le net pour qui sait chercher). Tout ça pour dire que je ne pouvais que tomber en arrêt devant ce « Voltaire mène l'enquête ». Ah ! me suis-je dit en moi-même pour ne pas trop attirer l'attention, voilà que les français s'y mettent aussi, signe que ce doit être un bon filon. L'auteur, Frédéric Lenormand, m'étant parfaitement inconnu, seul le logo « JC Lattés » en bas à droite de la couverture ne me disait rien qui vaille. Mais la curiosité est ce qu'elle est et ni une, ni deux, je me retrouvais en caisse, le livre à la main, prêt à débourser le prix indiqué. Et là... eh bien disons que le plaisir (sans cesse renouvelé je le rappelle) que j'éprouve à la lecture des bouquins de Gyles Brandreth se trouve ici parfaitement représenté. L'écriture est dynamique, les actions s'enchaînent, c'est vif, souvent drôle, le personnage de Voltaire est simplement formidable quant à ses compères (une noble libertine et un abbé émoustillé), ils sont truculents, les meurtres sont bien évidemment au rendez-vous et la Bastille menace à tout moment d'embastiller le grand homme. On y parle de censure et de lupanars, il s'y boit toutes sortes de remèdes et on y consomme de la volaille à ne plus savoir qu'en faire (prise en sandwich entre deux curés comme il se doit). Alors oui, si, comme moi, vous aimez ce genre de littérature et si vous avez envie de vous faire plaisir, allez-y sans hésiter. Pour ne rien vous cacher, voilà un livre qui aurait mérité d'être publié chez un petit éditeur tant il est bon.  
 
Extrait :  
 
« Quand il était désespéré, Voltaire allait prendre son café chez Mme de Châtelet. Elle avait fait préparer de la chicorée. Il fit la moue.  
 - La chicorée, c'est amer, le thé, c'est fade, et le chocolat me dérange l'intestin. Ce ne sont pas là des boissons pour les philosophes.  
 Elle lui promit de lui procurer de la cigüe à sa prochaine visite. »  
 
 
À noter que celui-ci est le second de la série. Le premier, « La baronne meurt à cinq heures » est sorti en janvier 2011 et a reçu de nombreux prix dont le fameux Arsène Lupin 2011. Il fait bien évidemment partie de ma liste à me procurer d'urgence (la commande est d'ores et déjà passée).  
 
   
 Titre : Meurtre dans le boudoir – Voltaire mène l'enquête.  
 Auteur : Frédéric Lenormand  
 Editions JC Lattès. 307 pages, 18 €
   
Sur le site de l'éditeur : http://www.editions-jclattes.fr/livre-meurtre-dans-le-boudoir-frederic-lenormand-415815
07 février 2012
Le baiser du rasoir, Daniel Polansky.
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Évidemment, ce n'est pas le « Drood » de Dan Simmons, ni même « L'appât » de José Carlos Somoza qui m'avaient tant enchantés l'an passé. Mais ce premier roman (tout de même, il convient de le noter et d'en saluer la qualité) de Daniel Polansky est une vraie, belle, réussite. « Le baiser du rasoir » tient à la fois toutes ses promesses et en haleine le lecteur jusqu'à son dernier (avant dernier) chapitre. Un personnage bien campé (le prévôt, ancien militaire, ancien agent de la couronne devenu dealer de souffle de farfadet et de racine d’Ouroboros). Un type qui aime agir en solitaire, sa lame de tranchée à portée de main. Un combattant, donc, mais également un fin limier. Mais a-t-il vraiment le choix quand on sait que le maître de Maison-Noir (les opérations spéciales du coin), en l'occurrence « le Vieux », lui promet une mort lente et douloureuse en cas d'échec ? Car le brave homme, vous l'aurez compris, va devoir accomplir une mission : en l'occurrence, retrouver la trace d'un tueur d'enfants particulièrement sadique et pour cela, il devra...  
 
Je n'en dirais pas plus à part qu'à ce fond typiquement « polar » vient s'ajouter une forme moins courante, celle de la Fantasy pure et dure. Un univers glauque (Basse-Fosse la bien nommée) où gravitent toutes sortes de peuplades, de grippes-sous, de malandrins et d'orphelins. Un univers sombre et terrible, durement touché dans le passé par la Peste la plus noire. Un temps qui n'en est pas un. Une guerre en toile de fond, comme une cicatrice purulente que l'on ne parviendrait pas à refermer. Et des enjeux de pouvoir. La noblesse mise en cause. Des fêtes qui tournent parfois à l'orgie. Un magicien de haute volée. Un, que dis-je, des magiciens... certains noirs et d'autres blancs, la plupart gris, comme il se doit...
 
Pour tout vous avouer, je ne suis pas un client absolu de ce style de littérature (malgré les apparences). J'ai toujours eu un peu de mal à « rentrer dedans ». Mais là... je dois l'avouer, ce fut un réel plaisir (et la qualité de l'écriture y est pour beaucoup). Vous comprendrez donc aisément que la mention « Tome 1 » apposée sur la couverture n'est pas pour me déplaire. Car je vous le dis, quand ce prévôt-là repointera le bout de son nez, il aura à nouveau droit aux rayonnages de ma bibliothèque, c'est sûr.  
 
Extrait :  
 
"Si la race humaine a inventé une institution plus efficace que la noblesse, pour la propagation des handicapés de l'intellect et de l'éthique, je ne suis pas tombé dessus. Prenez la progéniture d'un demi-millénaire de mongoliens consanguins, de cousins germains et d'hémophiles. Élevez-les via une série de nourrices bouffies, de confesseurs abrutis par la boisson et d'universitaires ratés, parce que Sakra sait que Papa et Maman sont bien trop occupés à se tripoter à la Cour pour prendre en main l'éducation d'un enfant. Veillez à ce que toute formation qu'ils reçoivent dans leur jeunesse ne concerne jamais rien de plus pratique que le maniement de l'épée et l'étude de langues que plus personne ne parle, dotez-les d'une fortune quand ils atteignent leur majorité, placez-les hors des limites de tout système légal plus développé que le code duello, ajoutez la tendance instinctive de l'humanité à la paresse, l'avarice et l'intolérance, remuez soigneusement, et voilà : vous obtenez l'aristocratie."  
 
Titre : Le baiser du rasoir.  
Auteur : Daniel Polansky  
Editions Bragelonne. 377 pages, 20 €.
   
 Sur le site des éditions Bragelonne : http://www.bragelonne.fr/livres/view/le-baiser-du-rasoir
 

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