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Avis personnel sur mes lectures fluctuantes.
11 mars 2011
Marches nocturnes de Franck Ferric.
Initialement publié en 2007 aux défuntes éditions Nuit d’Avril, « Marches nocturnes » de Franck Ferric vient tout juste de ressortir aux éditions Lokomodo dans une version augmentée et révisée par l’auteur. Un recueil de nouvelles qui réussit l’exploit (ce n’est pas toujours le cas dans ce genre d’exercice) de regrouper d’excellents textes où il est bien difficile de traquer la faute de goût. Un ensemble cohérent sans pour autant être redondant ni à aucun moment ennuyeux (quand on plonge dans ces pages, croyez-moi, il est bien difficile de s’en extraire). Autant d’univers oscillants entre poésie, conte pour grands enfants (« Fée d’hiver », « Le cœur de l’augure ») et descriptif sans concession d’un monde en chute libre (« La part des cendres », « Mortes maisons » dans un genre plus fantastique). Car qu’il se veuille réaliste, fantastique ou onirique, le style de Franck Ferric demeure d’une fluidité et d’une précision enivrantes. Ses personnages sont tour à tour attendrissants ou pathétiques. Pour certains proprement effrayants (« Intraspection »). En véritable funambule, l’auteur passe d’un registre à l’autre sans commettre le moindre faux pas. Vous l’aurez compris, ce recueil est une vraie réussite qu’il convient de découvrir au plus vite, si ce n’est déjà fait et ce, avec d’autant plus de délice que la superbe couverture est signée Bastien Lecouffe-Deharme (dont les éditions du Riez sortiront à la fin du mois le roman graphique « Memories of Retrocity » qui s’annonce d’ores et déjà monumental) et que le prix en est plus que raisonnable (8,00 €, 293 pages, format poche). Site personnel de Franck Ferric :
http://www.blackflag.fr/
Page consacrée à Franck Ferric sur le site des éditions Lokomodo (pas à jour) :
http://www.diffusion.lokomodo.fr/1 [...] erric.html
27 décembre 2010
Michael Jackson de Pierric Bailly.
Souvenez-vous… Polichinelle. Pierric Bailly. Publié aux éditions P.O.L. en 2008 (eh oui, déjà). Lors de la sortie de son (premier) roman, ce petit gars avait enchanté les foules (dont moi), subjugué les vaches et rallié à sa cause tous les tagazous les plus mal embouchés des contrées les plus reculées (on parlait de lui jusqu’à Poligny, c’est dire si l’onde de choc avait été violente !). Articles dans Libération, Télérama, une vraie Beatlemania à lui tout seul. Sous sa casquette, derrière ses joues mal rasées, l’auteur, doucement, creusait son trou (il fut même récipiendaire au prix de Flore). Et puis silence. Difficile de sortir un second opus quand le premier a fait autant de bruit (et réveillé, parfois, pareille incompréhension chez certains de ses lecteurs). Car Pierric, c’est avant tout une langue, un style, un univers (je sais, j’exagère, mais je suis fan et c’est ça qui est beau). Par hasard mais pas tant que ça (il se trouve que quand j’aime un livre, je le dis), je lui avais consacré un article sur mon blog (l'autre, pas celui-ci). Il est passé en visiteur, il a lu, laissé un commentaire et même accepté de répondre à quelques-unes de mes questions bizarres et sans rapport entre elles (eh ouaip). Depuis lors, épisodiquement, au gré de ses libertés et de son actualité, il m’a envoyé de ses nouvelles. De sa petite famille mais aussi de ses bouquins. Il a même lu certains des miens et a visiblement aimé c’est dire si c’est un homme de goût ! De goût et de parole car notre dernier accord en date vient tout juste de se concrétiser. Il a reçu un exemplaire de mon « Sex, drugs & Rock’n’Dole », j’ai reçu un exemplaire de son « Michael Jackson » (sortie le 05 janvier prochain chez POL). Et là… Là ! « Michael Jackson ». Évidemment, rien à voir avec le king of pop (qui pointe tout de même, ici et là, le bout de son nez). Non, ici, il serait plutôt question, dans le plus grand désordre (et sur présentation faite par l’auteur lui-même) de Richard Virenque, du chanteur Christophe, de sexe et de pornographie, de Téquila frappée et surtout d’amour fou. L’action se déroule à Montpellier mais le narrateur revient parfois chez ses parents, dans le Jura. Sauf que des narrateurs eh ben il y en a trois (ou plutôt des temps, des manières d’appréhender la vie, l’amour, les Tequila frappées tout ça). Et que c’est un bien beau foutoir (encore que, pas tant que ça). Oui, c’est bordélique mais c’est charmant. Attachant. À éclater de rire et à faire froid dans le dos aussi, parfois. Quoi qu’il en soit, c’est à s’en prendre plein les yeux et plein l’estomac. La dernière fois que je vous ai parlé de lui, je vous ai dit que ce type-là avait du talent. Là, non seulement il en fait preuve mais il en déborde littéralement. OK, c’est peut-être moins grossier et mal élevé que Polichinelle, moins « surprenant » aussi, plus « ligne claire citadine » comme l’indique la dédicace qu’il a bien voulu apposer sur mon exemplaire, mais ça reste tordant et sacrément bluffant. Et puis surtout il y a ce style, ce putain de rythme qui n’appartient qu’à lui et sur lequel il est si bon de se laisser porter, bercer, secouer… C’est… enfin bref, vous m’avez compris, ce livre-là, c’est tout ce que j’aime. Et puis il y a même une morale qui plane sur ce texte (le nombre des années amènerait une certaine forme de sagesse à moins qu’il ne s’agisse, tout bonnement, de résignation). Alors si vous vous demandez quoi lire pour bien débuter l’année, ne cherchez plus, vous venez de trouver. Un livre dont on devrait entendre parler…
Titre : Michael Jackson
Auteur : Pierric Bailly
Éditions : POL
406 pages, 19.90 €
Pour plus de renseignements et afin de pouvoir en lire les premières pages :
http://www.pol-editeur.com/index.p [...] 4682-303-6
09 décembre 2010
Le garçon doré, André-François RUAUD
C’est un de ces petits bijoux que l’on aime à tenir dans ses mains. Tout d’abord, parce qu’il y a la couverture. Magnifique. Elle est signée Sébastien Hayez. Sobre, sombre tout en étant lumineuse… pas à dire, elle donne vraiment envie. Envie de voir à quelles sortes de textes elle sert d’écrin. Alors forcément, très vite, on ne peut pas s’en empêcher, on commence à lire. Et là…
André-François Ruaud n’est pas, à proprement parler, un inconnu dans l’univers du fantastique. Auteurs de plusieurs ouvrages, notamment de vulgarisation mais pas seulement, il est aussi connu (et reconnu) en tant que berger des Moutons Électriques (il se présente lui-même ainsi). Les quoi ?
Il faut vraiment tout vous expliquer. Les moutons électriques est une maison d’édition, spécialisée dans les anthologies (mais pas seulement), puis qu’elle publie également des romans et des recueils de nouvelles ainsi que des essais (on évoque même une revue). Tirant son patronyme du célèbre ouvrage de Philip K. Dick, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (plus connu dans sa version cinématographique sous le titre de « Blade Runner », avec une mise en images de Ridley Scott oui, oui, celui-là même), cette maison a notamment sorti nombre d’ouvrages de références. De beaux ouvrages, complets, savants, richement documentés et illustrés. Bref, un vrai travail de vrais passionnés. Mais revenons-en à André-François Ruaud si vous le voulez bien, puisqu’il s’agit de lui, ici. De lui, d’un recueil de ses nouvelles et de… La Clef d’Argent.
Le plus simple, je crois, reste encore de lui laisser la parole :
« Ce n'est pas logique: bien entendu, je suis content chaque fois que je publie un livre, mais celui-ci me fait un effet autre, je ne sais pas, il me touche encore plus que d'habitude. Celui-ci ? Le Garçon doré. Un tout petit recueil de nouvelles, que je viens de sortir chez la Clef d'Argent, un micro-éditeur spécialisé en fantastique. Eh oui, des nouvelles de fantastiques, écrites par moi. Ou bien, peut-être peut-on les définir comme étant de la fantasy urbaine? Whatever. Ces nouvelles, elles appartiennent en quelque sorte à mes anciennes vies... Je les ai écrites à différentes périodes de mon existence: quand j'étais étudiant, puis ensuite, mais depuis que je suis devenu le berger des moutons électriques, je n'ai plus eu le temps, l'envie, l'occasion, d'en écrire...
Ce sont pourtant ce que j'ai fait de plus personnel, de plus étroitement lié à mes émotions et souvenirs. D'où bien sûr le fait que cette publication me touche tellement. Relire les épreuves du recueil a réveillé en moi plein de choses, des sentiments fugaces saisis sur le papier, des petites lueurs émotionnelles. Il y a huit nouvelles au sommaire du Garçon doré. Certaines furent publiées en revues, d'autres furent acceptées mais ne parurent pas, d'autres restèrent dans mes tiroirs, l'une aussi fut nominée à un prix Rosny aîné... Et puis j'ai un peu oublié ces nouvelles, suis passé à d'autres choses. Jusqu'au jour où, découvrant le recueil de Timothée Rey dont Sébastien Hayez venait de faire la couverture, je découvris un auteur, mais aussi un possible support pour le recueil dont je rêvais vaguement depuis si longtemps... Et Philippe Gindre d'accepter tout de suite, et de porter à ces textes un regard perçant de directeur littéraire. Merci à lui. Le Garçon doré paraît officiellement demain, vous pouvez le commander (NDR : il est paru depuis, la preuve, je peux en parler). C'est un tout petit livre mais qui m'est fort précieux. » (propos copiés/collés depuis le blog de l’auteur, NeVeRLanD (voir liens en fin d’article)).
Un recueil de nouvelles, donc. Publié à La Clef d’Argent qui plus est (d’où ma grande fierté d’en faire (un peu) partie). La première d’entre elles, celle-là même qui lui donne son titre, raconte l’histoire d’un garçon doré (donc), surgit au cœur d’un chantier, dans le Londres des années 1920. Recueilli par tante Rose et la jeune Phyllis, tendrement surnommée « Pig » par ses proches (gentils les proches sur ce coup-là), il ne tardera pas à… et la fin, comme il se doit, éclaire d’un jour nouveau un pan entier d’histoire… Un texte riche, fort et très (très) bien écrit. Une langue simple mais juste. Un style d’une remarquable efficacité.
Les autres histoires, quant à elles, racontent, pêle-mêle, les aventures de :
Un paysan de Touraine qui découvre une mystérieuse larme de pierre rouge dans un œuf de serpent, un homme et une femme, beaux, nus, surgis, du néant à Arcachon dans les années 1950, il y a aussi un œuf qui grossi et pas mal de passages vers l’Autre Côté. Avec une mention spéciale aux clochards des fantômes du canal.
Autant de moments étranges, insolites, beaux et donc forcément inclassables…
Titre : Le garçon doré.
Auteur : André-François Ruaud
Éditeur : La Clef d’Argent
Prix : 9.00 € (format poche, 110 pages). Liens utiles :
Le blog d’André-François Ruaud :
http://captainbooks.blogspot.com/
Le garçon doré sur le site de La Clef d’Argent :
http://clefargent.free.fr/lgd.php
Le site des Moutons Électriques :
http://www.moutons-electriques.fr/
Présentation par André-François Ruaud des Moutons Electriques sur le site du Cafard Cosmique :
http://www.cafardcosmique.com/Andr [...] s-Editions
Bibilographie de l’auteur (source : Noosfere) :
http://www.noosfere.com/icarus/liv [...] auteur=641
Voilà, vous savez (à peu près) tout. Il ne vous reste plus qu’à vous procurer d’urgence ce petit moment de bonheur littéraire (et à en profiter).
09 novembre 2010
Life of Keith.
Alors là, les amis, autant vous le dire tout de suite, nous ne sommes pas autour, ni même à proximité mais bien dedans. En plein dedans. Et jusqu’au cou. De quoi je veux parler ? Du Rock’n’Roll bien sûr. Mais, pour une fois, sans aucun mauvais jeu de mot à base de nom de ville jurassienne à l’intérieur. Non, là, je vous parle de vécu, de sueur et de sang et de larmes aussi, parfois. De… ça commence par un épisode digne des pieds nickelés. Non, pas les pieds nickelés… encore que. Disons plutôt, une sorte de mix improbable entre les pieds nickelés (donc), le corniaud (pour la voiture bourrée de substances illicites) et Las Vegas Parano, vous savez, le trip gonzo du sieur Hunter S. Thompson porté à l’écran par Terry Gilliam avec Johnny Depp dans le rôle principal (eh oui, on vous l’a déjà dit, le monde est tout petit). Bref. Un grand moment de bonheur. Sauf que ce bonheur là se déroule dans la vraie vie. Ou devrais-je dire dans un pan de cette vie inaccessible aux pauvres hères que nous sommes, que vous êtes, que je suis…
Inaccessible ? En êtes-vous si sûrs ? En effet, et il faut le savoir, ce monde-là ne nous est plus tout à fait inaccessible depuis le 28 octobre dernier. Et pourquoi le 28 octobre ? me demanderez-vous la bave aux lèvres et des étoiles plein les yeux (je vous trouve bien curieux tout à coup).
Tout simplement parce que le 28 octobre dernier marquait la date de sortie en librairie (eh oui, que voulez-vous, on ne se refait pas) d’un pavé, d’un monument que dis-je d’un monument, d’une bible (oui, je sais, j’ose, je n’ai peur de rien pas même des sacrilèges), je veux bien évidemment parler de… « Life » de Keith Richards ! LA fameuse et tant attendue autobiographie du guitariste des Stones. Et croyez-moi, ce bouquin-là est à la hauteur du personnage ! De sa légende. Bourré d’anecdotes. De coups de gueule. De coups de griffes. De coups de pattes. De caresses dans le sens du poil ou à rebours. D’injections aussi (ne nous voilons pas la face). De saillies (dans tous les sens du terme, je sais, ça peut choquer mais la vie est ainsi faite, je n’y peux rien). Et d’humour aussi !
Ah, l’humour de Keith… imparable.
Terrible.
Dés les premières pages, on comprend tout (ou plus exactement on ne comprend rien). Ça part dans tous les sens, c’est drôle (il y aura des moments tristes, je le sais d’avance, mais là, qu’est-ce que je peux me marrer (disons que j’en ai lu un peu plus de 400 pages, qu’on tout juste vient de boucler l’enregistrement d’Exil on main street dans le sud de la France et qu’on entame la tournée de 1972, Altamont est derrière nous, Brian Jones est mort (vous ai-je dit qu’on avait aussi mis le feu aux toilettes d’Hugues Hefner, Mr Playboy en personne ?)). Quoi je dis « on » ? Ben ouais, je dis « on » et alors ?
ET ALORS !
Bon, d’accord, je sais, vous avez raison, comme d’habitude. Ne brûlons pas les étapes. Et revenons-en à la scène d’introduction : le compte-rendu d’une virée en bagnole dans le sud des US, complètement shootés (la bagnole étant elle-même bourrée de tout ce qui se sniffe, se fume, s’injecte et se boit), l’arrestation par des flics trop contents de pouvoir serrer des dégénérés à cheveux longs (ils ne sont pas encore (trop) connus à l’époque), le juge, importé par avion en urgence et lui-même sous l’emprise de l’alcool, l’avocat tout droit sorti des services secrets et qui fut un temps chargé de la protection de Kennedy (il était absent le jour de l’attentat de Dallas, c’est dire s’il était efficace)… En gros et pour tenter de résumer, si vous voulez savoir ce que ça fait d’être une légende du rock (une vraie), même rien qu’un peu, de pouvoir observer un type comme Keith Richards de plus près, d’entendre sa voix résonner dans votre crâne hirsute, de lire ses mots… sa vérité, un seul et unique conseil : NE RATEZ PAS CE LIVRE-LA !
OK, je vous l’accorde (de guitare, ah ah, qu’est-ce que je peux être drôle moi aussi) c’est un pavé (plus de 640 pages, avec de belles photos à l’intérieur (non comprises dans le décompte des pages, c’est important, il faut le noter), ça pèse lourd dans le sac à dos et il est un peu cher à l’achat (encore que… à 22.90 € c’est tout de même 517.10 € de moins que la bio de Jimmy Page, ce qui reste raisonnable quand on se donne la peine de réfléchir un instant)...
Alors franchement ! Pour tous les fans de rock’n’roll (eh… c’est bientôt Noël, enfin moi, je dis ça, je dis rien…).
Et quoi qu’on puisse en dire ou en penser (alors même que ce mot ne veut plus rien dire du tout) d’ores et déjà CULTISSIME.
Titre : Life
Auteurs : Keith Richards et James Fox
Éditions Robert Laffont.
22.90 €,
642 pages.
YEAHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!
Allez, deux ou trois phrases extraites et jetées en pâture, comme ça, rien que pour le plaisir :
« On avait toute une cohorte avec nous. Il y avait de tout, des roadies et des techniciens, des parasites et des groupies. Pour la première fois on avait notre propre avion, un jet sur le fuselage duquel on avait fait peindre la bouche ouverte avec la langue pendante. On était devenus une nation pirate, on traversait des distances énormes, sous notre propre drapeau, avec un cortège d’avocats, de clowns et d’assistants. » « Une fête réussie, c’est une fête dont on ne garde aucun souvenir ».
« Et il y avait ces histoires que j’entendais tout le temps comme quoi il me volait, me soutirait des places de concert et ainsi de suite. Et alors ? Ça représente quoi, comparé à l’esprit et à l’amitié ? Vas-y mon pote, sers-toi autant que tu voudras ! »
Et moi je dis MONSIEUR Keith Richards !
21 septembre 2010
Exposition de Senyphine. Octobre 2010.
Petite annonce pour les amateurs d'art (parce qu'il n'y a pas que les livres dans la vie...). Rendez-vous tous les week-ends du mois d'Octobre 2010 pour une exposition à la galerie Gal'Sebyette (en face des Caves de la Chartreuse) à Voiron (c'est à 25 km de Grenoble). Senyphine pour vous y accueillera en personne de 16h à 19h30... alors allez-y en masse ! Vous en prendrez plein les mirettes.
05 septembre 2010
Artères souterraines de Warren Ellis
Disons-le tout net, cela fait quelque temps déjà que j’avais délaissé les éditions du Diable Vauvert. Leurs dernières parutions ne me disaient rien. Leurs couvertures, qui m’avaient pourtant enchanté jusque-là, avaient perdu de leur superbe (du moins à mes yeux). Et puis est arrivé ce bouquin-là. Couverture noire (toujours efficace, surtout avec une tranche jaune, ça en jette dans sa bibliothèque). Dessin « crossroads » en diable (avec mauvais jeu de mots en prime). Auteur visiblement culte dans les milieux branchés Marvel (le gars est scénariste de BD (Iron Man, les 4 fantastiques etc.) et il s’agit là de son premier roman). Première phrase assassine (« J’ai ouvert les yeux pour voir le rat pisser dans mon mug. »). Intrigue visiblement barrée (voir la tentative de résumé ci-dessous). Il ne m’en fallait pas plus pour me décider.
Alors, en quelques mots, voilà de quoi il s’agit (je vous préviens, c’est plutôt raide et mieux vaut être assis et avoir l’âge légal pour lire ce qui suit) : Mickael McGill est détective privé (de clients essentiellement) ce qui le porte à boire (beaucoup voire énormément). Il a un côté gros dégueulasse MAIS assumé ce qui le rend immédiatement sympathique. Sauf qu’un jour, le chef de cabinet de la Maison Blanche en personne (qui lui avoue au passage son faible pour l’héroïne en intraveineuse et la défécation en chambre d’hôtel (mais pas forcément dans les toilettes, normal pour un chef de cabinet…)) vient lui demander de récupérer un document égaré malencontreusement dans les années 50 : la seconde Constitution des États-Unis, rédigée par les Pères Fondateurs en personnes, celle-là même qui devrait tout arranger (enfin, si on arrive à lui remettre la main dessus évidemment). Le gars accepte (sinon il n’y aurait pas d’histoire, malin) et son compte en banque se trouve tout à coup créditeur de 500 003.42 dollars (les 3.42 dollars représentant sa fortune avant l’acceptation de ladite mission, c’est dire s’il était dans la panade). Pour faire bonne mesure et parce que ça manquait dramatiquement de femelles depuis le début de cette histoire, il décide de s’adjoindre les services d’une étudiante en thèse, tatouée, polygame, bisexuelle, rencontrée lors d’une séance de projection de Godzilla destinée aux membres de l’ANAL (association nationale des amoureux des lézards) qui se termine en bukkake reptilien (heureusement pour nous, le héros ignore de quoi il s’agit ce qui nous évite les détails scabreux). De là à dire que nos désormais deux héros rencontrent sur la route qui les mène à l’aéroport un chauffeur de taxi qui se prépare au Helter Skelter avec Charles Manson en embuscade pour prendre le pouvoir… que lors d’un vol ultérieur, le héros (la jeune femme dort à ce moment-là, heureusement pour elle) aura une conversation des plus surréalistes avec un authentique serial killer… je ne sais pas si vous êtes prêts à l’entendre. Et j’en vois déjà certains qui ont décroché ce qui est bien dommage pour eux parce qu’il y a VRAIMENT de quoi se bidonner en lisant ce bouquin. À prendre bien évidemment au premier degré (mais tout le monde aura compris).
Extrait : « La route était longue sous un soleil de plomb. Même avec la clim à fond à l’arrière de la voiture, je regrettais déjà d’avoir enfilé une veste et une cravate.
Trix portait des bottes, une minijupe et une veste à manches courtes qui laissaient voir ses bras tatoués. « Tu crois vraiment que je vais m’habiller pour les Roanoke ? Je chie dans leur four moi.
- J’en ai rien à foutre. Il faut que j’aie l’air pro. Tu peux avoir l’air que tu veux.
- Je t’aime bien en costard. Mais tu devrais t’en acheter un autre. Celui-là est un peu effiloché.
- Oh, c’est pas l’usure. C’est le rat qui l’a bouffé.
- Le rat ?
- Le super-rat qui vit dans mon bureau. Un jour, j’ai mis de l’alu sur le sol devant son trou et je l’ai relié à une batterie de voiture. Quand il a posé la patte dessus, il aurait dû se dandiner comme un meurtrier sur la chaise électrique. Mais il est resté là, dressé sur ses pattes arrières, comme Tony Montana dans Scarface, tu vois le genre « Je peux les encaisser vos balles de merde.» Et il a absorbé tous les volts de la batterie, a sauté sur mon bureau et il a baisé mon sandwich jusqu’à l’émiettement total. Je hais ce rat.
- Parfois, je me demande à quel point tu étais proche de l’internement ou du suicide avant qu’on se rencontre.
- Trois… peut-être quatre heures. »
Titre : Artères souterraines.
Auteur : Warren Ellis
Editeur : Au Diable Vauvert
19 €
31 juillet 2010
Freaks Corp. n° 4
Le numéro 4 de la revue de l'étrange et de l'imaginaire (c'est marqué dessus) est sorti ! La maquette, développée depuis les premiers numéros, prend un tour de plus en plus professionnel. Les signatures, notamment celles des illustrateurs, peuvent donner des frissons même aux plus blasés (Yoz, Kerast, Nemo Sandman, Mandy (oui, celui du Diable Vauvert) etc.)... des nouvelles (SF pour ce numéro), des articles de fond mais aussi (ouf) de la déconne (pardon, des boutades sans conséquence d'une profondeur à peine concevable et signées... d'un certain Zal... ouais, je sais, je manque parfois de modestie). Mais bon, ce dernier détail mis à part, franchement, croyez-moi, à ce prix là (3,90 €) ce serait vraiment dommage de se priver (et en plus, c'est beau, et y'a même un poster central !).
16 juillet 2010
Le livre sans nom d'Anonyme
Autant le dire tout de suite, ce livre-là sent le coup monté à plein nez. Issu du net, succès en librairie inespéré, traduction dans plusieurs pays, auteur inconnu, spéculations les plus folles à son sujet (ben ouais, si ce bouquin a du succès et que le mec (ou la nana, je ne suis pas sexiste) est un inconnu, pourquoi souhaiterait-il le rester ? Ce ne peut donc être qu'un cador et pourquoi pas du septième art...). Ce livre-là sent le coup monté à plein nez, disais-je, et pourtant je me suis laissé tenter. Parce qu'après tout, même si ça sent le coup monté à plein nez, c'est un coup monté qui ne sent pas si mauvais que ça. Bonnes références, annonce d'un état d'esprit bien barré, de répliques cultes, de... un coup monté je vous dis. Et puis... Bon, ce n'est pas de la grande littérature, loin s'en faut. Je dirais même que le style est lourd au possible, l'usage des métaphores téléphoné à des kilomètres et les personnages nagent en plein clichés (mais on me rétorquera que c'est voulu et je ne pourrais que m'incliner). En effet, c'est voulu, ça doit même être recherché. Pourtant de là à prétendre que cet auteur anonyme serait Quentin Tarantino himself comme on peut le lire ici ou là, faudra voir à ne pas exagérer non plus. Parce que quand il truffe ses productions de références, ce sont des références que personne ou très peu, des spécialistes, connaissent. Là, c'est de l'ordre de la grande vadrouille. Faut venir de Mars pour ne pas capter. Mais bon... Oui, parce qu'il y a un "mais bon". Car ce livre-là, malgré ses défauts, se laisse lire avec plaisir, les scènes s'enchaînent bien, les morts s'entassent agréablement et le Bourbon Kid suit son bonhomme de chemin.
Un livre pour lire sur la plage quoi.
22 juin 2010
Codex Atlanticus, anthologie du fantastique.
 Amis de la littérature et du bel ouvrage bonjour, Depuis bientôt vingt ans, le Codex Atlanticus de la Clef d’Argent fait la part belle au fantastique, sous toutes ses formes. Anthologie permanente, menée de mains de maître par Philippe Gindre, l’ouvrage se veut avant tout le reflet tant du passé que du présent et, bien évidemment, comment ne pas le dire, de l’avenir. Anthologie, recueil de nouvelles, poèmes en proses, instants volés au temps, le volume 19 compile douze de ces moments inédits. Douze univers différents (bien que certains se répondent et se complètent). Douze mondes qui s’affranchissent pour mieux explorer les genres. Fantastique, horreur, frissons… voici, en quelques mots la présentation qu’en fait de l’éditeur. Et pour l’avoir lu je puis vous assurer que cela vaut amplement le détour (mentions spéciales (et personnelles) à Timothée Rey, également vu au catalogue des Moutons Électriques, à Amelith Deslandes (ex-Nuit d’Avril, la Madolière), à Nihil Messtavic et… aux autres évidemment). Le Codex Atlanticus 19 Comme chaque année, le solstice d'été voit paraître un nouveau volume de l’anthologie permanente du fantastique des éditions La Clef d’Argent, le Codex Atlanticus. Résolument athématique, le Codex Atlanticus se veut simplement le reflet de la production contemporaine dans ce genre qui nous occupe. Au sommaire de ce volume 19 : La suora africana ( Gilles Bailly), La maison dans le bois ( Anne Morin), L'insomnieuse ( Sylvie Huguet), Transformation ( Arthur Z. Balogh), Commedia ( Timothée Rey), La collection Prescott ( Jean-Pierre Favard), Barnum chrysanthème ( Denis Moiriat), Les Dunes diagrammes ( Thomas Desbrières), La vie du maudit ( José Antonio Ramos Sucre), Ma prison de chair ( Nihil Messtavic), Faux Frère ( Amelith Deslandes), Rétrolfaction ( Philippe Gindre). Illustration de couverture: Mélusine. 120 pages, 10.00 €. http://clefargent.free.fr/ Commandes possibles depuis le site. Vous pouvez également contacter n’importe quel libraire digne de ce nom (la Clef d’Argent est en effet référencée Electre et Dilicom).
Voilà ce que l'on appelle "avoir de la suite dans les idées" ou faire du "service après-vente" peu importe. Certains d'entre vous se disent peut-être, ça n'engage que lui... et ils auront bien raison. Mais bon, parfois, il se trouve que ce que l'on pense est partagé par d'autres... et non des moindres. Alors pour ceux qui hésiteraient encore, voici les premières critiques de cette excellent ouvrage parues sur le Net. Et cette fois, ça n'engage plus que moi:
http://www.sueursfroides.fr/actual [...] -passe-317
http://www.yozone.fr/spip.php?article10756
03 mai 2010
Oui, je sais, ça faisait longtemps...
Bonsoir,
J'avais décidé de ne pas en parler ici. Mais je ne tiens jamais mes promesses. Surtout celles que je me fais à moi-même. Bref, quelqu'un a-t-il lu "Pygmy" de Chuck Palahniuk ici ? Je veux dire, du début à la fin ? Sans sauter des pages ni fermer les yeux pendant un chapitre complet ? Voire plusieurs (j'en connais qui en seraient bien capables). Parce que franchement... C'est d'autant plus rageant que ce monsieur écrit plutôt bien (d'habitude). Mais là. ça relève ouvertement du foutage de gueule (et je suis poli (mais énervé, je vous l'accorde)). Déçu. Plus que déçu, dépité. Plus que dépité... je ne trouve même pas les mots, c'est dire !
Alors pour se remettre, voici un livre qui vaut la peine d'être acheté, lu et encadré. ça s'intitule "Mélancolie du rocker" c'est signé Toby Litt (éditions Phébus) et c'est... Ben ouais, excellent. Drôle. Sensible. Avec des mots cohérents qui se suivent et forment des phrases lisibles. Un comble pour un auteur moderne ! (hein Chucky ?) Des phrases... Ouais, je sais, j'en demande sans doute trop. Je ne suis pas assez ouvert comme garçon. ça n'empêche que les 20,00 € de "Pygmy", ben j'aurai pu les mettre ailleurs. Alors à tous ceux qui n'ont pas encore commis l'irréparable, vous savez ce qui vous reste à faire. Toby Litt. Mélancolie du rocker. Ou le nouveau Hornby, il sort aprés-demain.
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