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Avis personnel sur mes lectures fluctuantes.
07 février 2012
Le baiser du rasoir, Daniel Polansky.
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Évidemment, ce n'est pas le « Drood » de Dan Simmons, ni même « L'appât » de José Carlos Somoza qui m'avaient tant enchantés l'an passé. Mais ce premier roman (tout de même, il convient de le noter et d'en saluer la qualité) de Daniel Polansky est une vraie, belle, réussite. « Le baiser du rasoir » tient à la fois toutes ses promesses et en haleine le lecteur jusqu'à son dernier (avant dernier) chapitre. Un personnage bien campé (le prévôt, ancien militaire, ancien agent de la couronne devenu dealer de souffle de farfadet et de racine d’Ouroboros). Un type qui aime agir en solitaire, sa lame de tranchée à portée de main. Un combattant, donc, mais également un fin limier. Mais a-t-il vraiment le choix quand on sait que le maître de Maison-Noir (les opérations spéciales du coin), en l'occurrence « le Vieux », lui promet une mort lente et douloureuse en cas d'échec ? Car le brave homme, vous l'aurez compris, va devoir accomplir une mission : en l'occurrence, retrouver la trace d'un tueur d'enfants particulièrement sadique et pour cela, il devra...  
 
Je n'en dirais pas plus à part qu'à ce fond typiquement « polar » vient s'ajouter une forme moins courante, celle de la Fantasy pure et dure. Un univers glauque (Basse-Fosse la bien nommée) où gravitent toutes sortes de peuplades, de grippes-sous, de malandrins et d'orphelins. Un univers sombre et terrible, durement touché dans le passé par la Peste la plus noire. Un temps qui n'en est pas un. Une guerre en toile de fond, comme une cicatrice purulente que l'on ne parviendrait pas à refermer. Et des enjeux de pouvoir. La noblesse mise en cause. Des fêtes qui tournent parfois à l'orgie. Un magicien de haute volée. Un, que dis-je, des magiciens... certains noirs et d'autres blancs, la plupart gris, comme il se doit...
 
Pour tout vous avouer, je ne suis pas un client absolu de ce style de littérature (malgré les apparences). J'ai toujours eu un peu de mal à « rentrer dedans ». Mais là... je dois l'avouer, ce fut un réel plaisir (et la qualité de l'écriture y est pour beaucoup). Vous comprendrez donc aisément que la mention « Tome 1 » apposée sur la couverture n'est pas pour me déplaire. Car je vous le dis, quand ce prévôt-là repointera le bout de son nez, il aura à nouveau droit aux rayonnages de ma bibliothèque, c'est sûr.  
 
Extrait :  
 
"Si la race humaine a inventé une institution plus efficace que la noblesse, pour la propagation des handicapés de l'intellect et de l'éthique, je ne suis pas tombé dessus. Prenez la progéniture d'un demi-millénaire de mongoliens consanguins, de cousins germains et d'hémophiles. Élevez-les via une série de nourrices bouffies, de confesseurs abrutis par la boisson et d'universitaires ratés, parce que Sakra sait que Papa et Maman sont bien trop occupés à se tripoter à la Cour pour prendre en main l'éducation d'un enfant. Veillez à ce que toute formation qu'ils reçoivent dans leur jeunesse ne concerne jamais rien de plus pratique que le maniement de l'épée et l'étude de langues que plus personne ne parle, dotez-les d'une fortune quand ils atteignent leur majorité, placez-les hors des limites de tout système légal plus développé que le code duello, ajoutez la tendance instinctive de l'humanité à la paresse, l'avarice et l'intolérance, remuez soigneusement, et voilà : vous obtenez l'aristocratie."  
 
Titre : Le baiser du rasoir.  
Auteur : Daniel Polansky  
Editions Bragelonne. 377 pages, 20 €.
   
 Sur le site des éditions Bragelonne : http://www.bragelonne.fr/livres/view/le-baiser-du-rasoir
06 janvier 2012
Captifs de Terroma ? Jonas Lenn
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Qu’on se le dise, les enquêteurs de l’étrange, j’ai nommé les sieurs Coolter et Quincampoix, sont de retour sous la plume d'un Jonas Lenn toujours aussi bouillonnant et inventif.  
 
Abandonnés à leur triste sort à l’issue de leur haletante aventure " La spirale de Lug " (2005), John Coolter et Isidore Quincampoix font à nouveau parler la poudre (ou devrai-je plutôt dire les poudres) à l'aide des stratosphériques inventions du non moins légendaire et incontournable Institut d’Ethnocosmologie Appliquée de Dole (Jura).  
 
A bord d’un fabuleux engin (la Bollée Cénomane) capable de s’élever dans les airs grâce à une plaque gravée de signes ésotérico-cabbalistico-druidiques, nos intrépides héros de papier voyagent non seulement dans l’espace et le temps mais également, et peut-être même surtout, dans les dimensions. Et ils ne sont pas les seuls à se déplacer ainsi. La momie, découverte dans " La spirale de Lug " sous le vieux Mans, fait à nouveau parler d’elle. Les géants sont déchaînés quant au tabac, en un mot comme en cent, il a la fâcheuse tendance à sentir le clou de girofle lorsqu'il provient d'Indonésie. On apprend au fil de ces pages nombre de préceptes étranges et d’incantations rares. Ainsi, saviez-vous que le Kombucha, boisson dotée de vertues pharmacologiques résultant de l'association symbiotique de saccharomyces, d'acétobacters et de mycoderma vini plongée dans une solution nutritive peut se marier fort agréablement aux Cognac les plus anciens (ce qui nous permet de découvrir, au passage et non sans un certain effroi, l’origine inavouable des bouteilles entassées et ô combien choyées dans les caves du célèbre Institut).  
Bref, vous l'aurez compris, de l’aventure avec un grand A, du dépaysement avec un grand D et surtout, surtout de la lecture avec un grand pied.  
 
Extrait :  
 
Dans les entrailles de la terre franc-comtoise, la Cénomane Spéciale ronronnait comme le chat d’Épicure. Le moteur à quatre temps, découplé du système de transmission, recyclait son énergie mécanique en électricité destinée à l'éclairage ainsi qu'à la radio qui, à cette profondeur, cherchait en vain à capter la moindre onde hertzienne. Selon toute logique, Léon Bollée s'était vu confié le pilotage. Le Manceau, guidé par la signalétique rupestre aux couleurs de l'I.E.A., maintenait une trajectoire qui égrenait une succession de cavernes, tels les grains d'un chapelet cthonien. Parfois, le véhicule franchissait des boyaux resserrés où la lumières des phares se condensait brutalement avant d'éclore à nouveau dans le vide de vastes salles et d'éclabousser de clarté les productions néo-baroques d'un Gaudi cavernicole ; par moments, il côtoyait une rivière souterraine qui se perdait bientôt dans une fissure, aussi brusquement qu'elle était apparue.    
 
Titre : Captifs de Terroma ?  
Auteur : Jonas Lenn  
Éditions la Clef d'Argent, 138 pages agrémentées d'illustrations de Sylvain Chevalier en parfaite adéquation avec l'atmosphère décrite dans le récit... et quand on songe que tout cela ne coûte que 9 € on se dit qu'il serait bien sot de ne point en profiter ! (surtout en ces temps de crise et de fin du monde programmée).  
 
Un conseil toutefois aux lecteurs les plus étourdis d’entre vous, n'oubliez surtout pas de vous procurer au préalable et à toutes fins utiles " La spirale de Lug " (pour ceux d'entre vous qui, j'ose à peine l'imaginer, ne l'auraient pas déjà chez eux). Même auteur, même éditeur et, diables de bonshommes, même prix aussi ! (et même illustrateur, si ça c’est pas de la cohérence de collection !)  
 
" Captifs de Terroma ? " sur le site des éditions la Clef d'Argent (les premières pages y sont disponibles en téléchargement libre et gratuit) :
http://clefargent.free.fr/terroma.php  
 
" La spirale de Lug " (même lieu, mêmes remarques) :
http://clefargent.free.fr/spirlug.php  
20 décembre 2011
Fargo Rock City, de Chuck Klosterman
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Alors là, disons-le tout de go, voici un livre indispensable. Mais seulement pour une frange bien particulière de la population. Autant dire, pour ceux qui, comme moi (et l’auteur) étaient ados dans les années 80, écoutaient du heavy metal et vivaient en milieu rural (je sais, ça limite). Bien sûr, les autres peuvent lire aussi ce livre mais je ne suis pas certain que ça leur parlera autant (prenez le pour une bonne étude sociologique (ce qu’il est par ailleurs) et un guide de voyage dans un pan culturel dont vous ne soupçonniez pas l’importance (malheureux que vous êtes)). De là à affirmer qu’un livre doit forcément "parler" à ses lecteurs pour être qualifié d’indispensable, il y a un fossé, que dis-je un fossé, un gouffre, que je n’oserai franchir de peur de m’y vautrer lamentablement. Toujours est-il que je l’ai lu avec mes yeux, et mon vécu et que ce dernier étant ce qu’il est, ce livre m’a parlé (c’est une image). Fin de l’auto-analyse.  
Encore que.  
 
De quoi est-il donc question ? Le sous-titre du dit bouquin devrait vous en apprendre plus (et vous faire comprendre le sens profond de l’introduction ci-avant) : "Confessions d’un fan de heavy metal en zone rurale". Voilà, c’est dit, on ne reviendra pas là-dessus. Si sa zone rurale à lui était le nord Dakota, la mienne fut le nord Nivernais. Et cette différence là me pousse à réclamer un droit de réponse (qui demeurera sans réponse, car je serai fort étonné que ce monsieur aboutisse ici, prenne la peine de faire traduire ceci et se lance à son tour dans un droit de réponse qui en appellera un autre et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’en suive). Bref, Chuck Klosterman (par ailleurs critique rock et écrivain américain) a grandi dans une ferme (ce n’est pas mon cas) en écoutant du glam metal (en particulier Mötley Crüe mais pas que (ce qui fut mon cas itout)), du hard rock, du heavy metal et, de façon générale, tout ce qui se termine par metal, porte des cheveux longs et des tenues en cuir ridicules. Il a donc souffert d’être une sorte d’extraterrestre aux yeux de ses petits camarades (exception faite de ceux qui, comme lui, on grandit en écoutant du glam metal (en particulier Mötley Crüe mais pas que), du hard rock, du heavy metal et, de façon générale, tout ce qui se termine par metal, porte des cheveux longs et des tenues en cuir ridicules.  
 
Sous un aspect bon enfant (et parfois très drôle, il faut bien le reconnaître) Chuck (vous permettez que je vous appelle Chuck n’est-ce pas ?) disserte sur la différence, capitale, entre ce qui est hard et ce qui est heavy, sur l’importance de la laque à cheveux dans le développement d’une culture underground essentiellement Californienne et le fait qu’Ozzy Osbourne ne soit pas le Satanique que l’on croit (contrairement à Jimmy Page, là dessus, tout le monde est d’accord je pense). Il en profite au passage pour dézinguer le soi-disant satanisme de cette musique (une franche rigolade, le hard rocker ne se prenant que rarement au sérieux, ce que ses détracteurs ont souvent tendance à ignorer) et analyse, fort intelligemment, le phénomène Marilyn Manson (signalant au passage qu’il l’a interviewé deux fois ce qui n’est pas mon cas, je tiens à le souligner). Là où, en revanche, je m’insurge et me révolte, c’est sur son interprétation toute américaine de la chose. En effet, il semble évident qu’il porte plus de crédits à des groupes comme Poison ou Kiss qu’à Iron Maiden (je cite, page 153, "Iron Maiden était à mon avis le plus drôle de tous les groupes de metal"… venant de la part d’un fan de Mötley Crüe, je trouve ça un rien EXAGERE). Et je ne parle même pas de ses remarques désobligeantes sur Metallica, je risquerai de m'énerver... venant de la part d'un fan de Ratt et Van Halen, je trouve ça un rien PRETENTIEUX.  
 
Mais je ne lui en veux pas car il faut bien le reconnaître, ce livre-là apporte une lumière intéressante ET importante sur un mouvement musical souvent décrié, encore plus souvent moqué et qui, pourtant, a construit nombre de gamins qui ont aujourd’hui grandis et qui, comme Chuck et moi (on n’est pas fâchés hein ?) n’ont rien de ces débiles hirsutes tout juste bons à ânonner de vagues consonnes en remuant la tête tel le chien en plastique posé sur la plage arrière de la voiture familiale de n’importe quel adorateur de Richard Clayderman qui se respecte (et quand je dis Richard Clayderman, c’est pour ne pas choquer les fans de Céline Dion évidemment).  
 
Extrait :  
 
" D’après une légende populaire – que personne n’a jamais crue – trois des quatre Led Zep auraient signé un pacte avec le Diable en échange du statut de superstars. L’histoire prétend que John Paul Johns est le seul a avoir refusé de signer, ce qui explique qu’il ait toujours été le moins connu des quatre, et aujourd’hui des trois survivants. Mais c’est aussi le seul à n’avoir jamais été touché par le mal (John Bonham s’est étouffé dans son propre vomi, Robert Plant a perdu son fils Karac dans des circonstances tragiques, et Page a finit par collaborer avec David Coverdale)."  
 
   
 Titre : Fargo Rock City. Confessions d’un fan de heavy metal en zone rurale.  
Auteur : Chuck Klosterman  
Editions : Rivages Rouge  
288 pages, 20 €  
 
http://www.payot-rivages.net/livre_Fargo-Rock-City-Chuck-Klosterman_ean13_9782743622817.html
27 novembre 2011
L'attaque des dauphins tueurs, Julien Campredon.
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Les auteurs de nouvelles qui nous offrent des recueils où rien n'est à jeter sont rares. J'ai cité ici-même Franck Ferric et son « Marches nocturnes » (réédité chez Lokomodo en début d'année), je cite à présent Julien Campredon et son « L'attaque des dauphins tueurs » récemment sorti chez Monsieur Toussaint Louverture (éditeur qu'il faut absolument connaître si ce n'est déjà fait). Certes, les deux ne boxent pas dans la même catégorie mais pourquoi faudrait-il toujours se contenter d'un seul et même adversaire ? Car si Franck Ferric navigue plutôt le long des côtes fantastiques, Julien Campredon, lui, est ouvertement en plongée en apnée dans le grand n'importe quoi. Enfin, pas tant que ça. Car sous ce vernis de franche déconnade, il y a du fond, de la réflexion, que dis-je de la réflexion, de la dénonciation et plus que tout, de la vraie qualité littéraire. Cinq nouvelles, donc, courtes, certes, pour un recueil lui même assez court (trop, évidemment). Mais pourquoi faudrait-il toujours faire long ? Le débat a au moins le mérite d'être relancé.  
 
Une fois n'est pas coutume, je vais tout d'abord m'appesantir sur l'objet livre en lui même. On le sait (ou, je le répète, on devrait le savoir), Monsieur Toussaint Louverture, éditeur basé à Toulouse, aime la belle ouvrage. Couverture soignée, papier épais, riche voire bourgeois, gaufrage et fioritures ornementales ne lui font pas peur (attention, quand je dis « bourgeois » et « fioritures » cela n'a rien de péjoratif, je dirais plutôt de gourmand et de délicat). Ici, la couverture a été particulièrement soignée avec un bandeau en couleurs qui, une fois enlevé, révèle l'envers de l'endroit. Une sorte de mise à nu. Et c'est beau.  
 
 Quant au contenu... il faut savoir que ce recueil est le second publié par Julien Campredon chez Monsieur Toussaint Louverture après le déjà fort remarqué et non moins distrayant « Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes » (si c'est pas du titre ça) dont la nouvelle éponyme voyait une bande de punks bourrés à la bière attaquer un musée lui même défendu à l'arme lourde par une poignée de vaillants vigiles (dont le narrateur) ce qui donne une (petite) idée du genre d'hurluberlu auquel nous avons affaire.  
 
 Mais ne brûlons pas les étapes à l'instar des punks.  
 
 La nouvelle qui ouvre ce recueil s'intitule « Diablerie diabolique au clubhouse » et met en scène un brave urologue bien décidé à faire des progrès au golf et prêt à tout pour cela (même à puer du bec... ou à perdre la mémoire). La seconde nouvelle (ma préférée), « la vengeance du livre Uruguayen » narre les mésaventure d'un brave gars se portant acquéreur pour des raisons strictement immobilières d'un livre intitulé « Aménagement intérieur en Uruguay pour grand-mères buvant le maté froid » d'un dénommé Alfredo Lopez Deodegracia dont la particularité est, qu'une fois infusé, il donne naissance à quatre cent vingt-trois volumes cartonnés avec dos en cuir... oui, je sais, ça peut faire peur dit comme ça mais ce n'est rien car viennent ensuite « La coulée de béton infernale » (ma préférée) dont sera extrait l'extrait reproduit ci-dessous, « l'attaque des dauphins tueurs » (ma préférée) qui, comme son titre l'indique, voit de gentils dauphins attaquer de pauvres humains déjà durement frappés par le destin (le garçon se prénomme Jean-Kevin, c'est dire) ou encore « M., M. M., D. & M. » (de loin ma préférée) que l'on peut traduire par « Michel, mon Maori, Dieu et Moi » et où il est question, notamment, d'anthropophagie et de vengeance familiale sur plusieurs générations (mais pas seulement).  
 
 Je n'aurais donc qu'un seul conseil à vous donner en ces veilles de fêtes : investissez dans ce petit bouquin-là. Si ce n'est pour l'offrir, tout au moins pour le lire.  
 
 Sur ce, un extrait :  
 
 « La plaque que je venais de poser luisait au froid soleil d'Avril : A. FAYDIT SORCIER-EXORCISTE. Titulaire d'un double doctorat, et après trois ans de bénévolat au service de mandarins aux coronaires doublement pontés, je me suis résigné. Né jeune dans un monde âgé, j'aurai dû accepter de tenir mon rang tête baissée, mais tant qu'à jeter mon amour propre aux orties, j'ai préféré le faire avec ce panache qui caractérise les damnés de toutes les époques et, abandonnant les rivages de mes connaissances, je suis allé cherché l'emploi là où il se trouvait. Et mes rêves ? Eh bien, les rêves, c'est la nuit, quand on dort. »  
 
Titre : « L'attaque des dauphins tueurs ».  
 Auteur : Julien Campredon  
 Editions : Monsieur Toussaint Louverture ( 128 pages, 14 euros)  
 
 Sur le site de l'éditeur :
 http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Brulonstouscespunks/Dauphins/Attaquedesdauphinstueurs.html
21 novembre 2011
L'appât, de José Carlos Somoza.
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Autant vous le dire d'entrée de jeu, voilà un roman d'une rare efficacité. Sous le couvert d'un polar jouant sur une habile uchronie (l'action se déroule en Espagne dans les années suivant un attentat nucléaire terroriste (ou plutôt un accident nucléaire terroriste, la bombe ayant explosé avant d'avoir été placée là où elle devait faire le plus de victimes)) les forces de police ont affaire à un redoutable tueur en série (le Spectateur). Sachant que le Renard et l'Empoisonneur, eux aussi, ont ou continuent de frapper dans l'ombre... Bref, on l'aura compris, ils ont fort à faire. Afin de tenter de piéger ce monstre (car c'en est un, au sens strict du terme, ne nous voilons pas la face), une « armée » d'appâts sur-entraînés est chargée de se faire piéger. Et c'est là que l'histoire prend tout son sens.  
Qui sont ces appâts ? De jeunes personnes (on suit essentiellement des femmes mais il peut aussi s'agir d'hommes) d'une petite vingtaine d'années, généralement durement touchés durant leur enfance et ayant pour point commun d'être sans famille. Leur travail consiste à servir d'appât (donc). Et comme cela concerne des sadiques, à leur plaire, à les séduire. A se faire choisir comme victime en lieu et place d'innocents non préparés. Pour ce faire, ils développent des techniques susceptibles de plaire à leurs cibles. Vous l'aurez compris, une part très importante de ce livre est consacrée à l'analyse de la psychologie, notamment par la définition de « caractéristiques » psychologiques et de grandes catégories. Des termes comme psynomes et philia y sont employés. Le tout sur fond d’œuvres de Shakespeare (car, comme chacun le sait, Shakespeare a décrit dans ses pièces tous les genres humains et que de s'y référer permet de mieux les comprendre et les mettre en scène). Je sais, ça peut paraître un rien compliqué dit comme ça mais ça ne l'est pas. En revanche, c'est assez (pour ne pas dire « complètement ») malsain. L'aspect psychologique est remarquablement développé. Et on s'aperçoit que les pauvres appâts n'ont pas maille à partir qu'avec les sadiques auxquels ils donnent la chasse... Leur passé, leurs supérieurs, tout cela vient les torturer, les hanter...  
 
Un roman noir, à la fois fascinant et repoussant, exigeant et, ce qui ne gâche rien, diablement bien écrit. Bref, ce que je n'hésite pas à nommer « un incontournable » (à ne pas mettre entre toutes les mains cependant).  
 
Extrait :  
 
« J'éprouvais de la rage et du mépris envers moi-même. Je savais que Gens voulait se droguer avec moi. Qu'un entraîneur utilise un éphèbe pour son propre plaisir était une chose perverse, aberrante. Bien sûr, cela pouvait arriver, même si je ne connaissais aucun appât qui accepte de bon gré une telle humiliation. Mais je pensai que, si je l'accrochais, je pourrais obtenir l'information que je voulais, même s'il refusait de me la donner. Si Gens voulait jouer à la déloyale, j'allais lui rendre coup pour coup. »  
 
Titre : L'appât.  
Auteur : José Carlos Somoza (Esp.)  
Editions : Actes Sud (408 pages, 23 euro)
15 novembre 2011
Perles noires, de Adam Possamaï
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Les éditions Lokomodo se sont faites une spécialité de ressortir des romans ou recueils de nouvelles parus chez de petits éditeurs, le plus souvent disparus (Nuit d'Avril notamment). Après le recueil de Franck Ferric, « Marches nocturnes », dont j'ai dit le plus grand bien ici même, ma nouvelle acquisition concerne le recueil « Perles noires » qui vient tout juste de paraître. Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ? Sans doute à cause de la couverture, fort inspirée, signée Jimmy Kerast (que les lecteurs de Freaks Corp. connaissent bien, il y avait notamment illustré une de mes nouvelles, « Incident de parcours », dans le n° 4).  
 
Cette fois, autant ne pas vous le cacher, mon avis est partagé. De bonnes choses (voire de très bonnes) voisinent en effet avec d'autres moins... comment dire ?  
La nouvelle ouvrant le recueil, « Des poils et des balles » annonçait pourtant bien la couleur. Un humour salvateur, décalé, une bonne histoire rondement menée, une chute comme je les aime (on songe à Indiana Jones, une fois que vous l'aurez lue, vous comprendrez pourquoi). Et puis les trois suivantes sont arrivées. Non qu'elles soient mauvaises, disons plutôt qu'elles démarraient bien, sur de très bonnes idées même (« Antarctique » notamment) mais que leur déroulement et surtout leur conclusion m'ont passablement déçu (pour ne pas dire plus). Heureusement, « Alice au pays des sèches » est arrivée et tout de suite la magie, à nouveau, a opéré. Cette histoire de pédophile puni par là où il a péché est bien trouvée sans pour autant sombrer dans un scabreux qui aurait été de fort mauvais goût compte tenu du sujet. Un vrai tour de force relevé avec talent.  
Autre bonne idée développée dans ce recueil, certains personnages, principaux dans une nouvelle, se retrouvent, secondaires, dans d'autres. Une construction habile qui donne de la cohérence à l'ensemble.  
 
Un recueil en dents de scie donc, alternant le bon et le moins bon (à mon goût et je ne prétends aucunement détenir la vérité, on est bien d'accords là-dessus) mais toujours se basant sur d'excellentes idées (d'où certaines de mes « déceptions » quant, au final, j'ai constaté qu'elles n'étaient pas (ou pas complètement) exploitées). Quoi qu'il en soit un ouvrage intéressant et différent qui ne déparera pas dans le rayonnage de votre bibliothèque consacré aux littératures de l'imaginaire. Et rien que pour ça...  
 
Titre : Perles noires.  
Auteur : Adam Possamaï  
Editions Lokomodo (289 pages, 12 nouvelles, 7,50 euros).
01 octobre 2011
Les tangences divines de Franck Ferric
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 De Franck Ferric, je connaissais surtout les nouvelles (dont le recueil « Marches nocturnes » encensé ici même). Voici son second roman (à ma grande honte je dois vous avouer ne pas avoir lu le premier, trop fantastique à mon goût dans sa présentation. Mais j'y viendrai un jour ou l'autre, c'est sûr).  
 
« Les Tangences Divines », puisque c'est de lui dont il s'agit, raconte les (més)aventures de Théodule, un égoutier Parisien qui partage sa vie entre un métier où il marche dans la merde et une vie de couple qui s'y apparente sacrément. Il n'a pas d'amis hormis un grand black, Montaigu, amateur de blues et un modèle réduit de clodo difforme répondant au nom de Silène (encore que parler d'ami en ce qui concerne ce dernier est sans doute un rien exagéré). Tout cela serait pour le mieux (encore que) si les dieux ne se mêlaient pas de donner une drôle de tournure à son existence. Des dieux décrépis, malmenés, moribonds, en quête de croyants pour redorer leurs blasons et retrouver une certaine joie de vivre (voire, tout simplement, exister). Et Théodule, candide au milieu de toutes ces divinités, de suivre un parcours initiatique qui le mènera de l'un à l'autre, tel un Ulysse chaussé de cuissardes en caoutchouc, à la recherche de... Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous en dire plus ?  
 
Une fois de plus, Franck Ferric m'a séduit avec sa prose et ses images teintées d'un humour salvateur bien que désabusé (Écho devenue Publicité sous le règne de Dollar...). Comme tout candide digne de ce titre, Théodule nous ressemble. Et le monde auquel il est confronté le dépasse ce qui ne l'empêche pas de s'y débattre pour autant (bien obligé me direz-vous et vous n'aurez pas tort). Et nous de le suivre les yeux fermés dans ce qui pourrait s'apparenter à une véritable descente aux enfers.  
 
Puisant ses références dans de nombreuses religions, essentiellement antiques, Franck Ferric manipule ses lecteurs comme ses personnages avec un air de ne pas y toucher qui, au final, est assez efficace. Un ouvrage à conseiller donc (ce que je fais sans attendre, voyez si je suis cohérent avec moi-même).  
 
A noter la superbe couverture signée Bastien Lecouffe-Deharme (décidément, ce monsieur a bien du talent).  
 
 
Titre : Les tangences divines.  
Auteur : Franck Ferric  
Editions du Riez, 310 pages, 19,90 €.
14 septembre 2011
Drood, Dan Simmons.
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Voilà un livre à recommander aux amateurs de bonne - très bonne – littérature. Parce qu'il y a tout ce que vous aimez là-dedans, les amis. Frissons. Émotions. Suspense. Sectes secrètes agissant au tréfonds des catacombes (Londoniennes, les catacombes). Vapeurs opiacées et verres de Laudanum avalés d'un trait. Personnages ayant réellement existé et fabulations largement documentées. Et surtout, surtout, il y a le style ! Et la construction.  
 Un vrai, pur, moment de bonheur.  
   
 Dan Simmons, l'auteur de cette merveille, s'est intéressé aux cinq dernières années de la vie de Charles Dickens. Et à l'accident de chemin de fer dont il réchappa (miraculeusement) en juin 1865. Ainsi qu'à sa rencontre, sur les lieux du drame, avec un bien étrange personnage, Drood, qui donne son nom au bouquin (comme il donnait son nom au livre inachevé de Dickens). Rédigé sous la forme du journal d'un des amis de l'auteur d’Oliver Twist (entre autre), Wilkie Collins, lui même dramaturge et romancier, ce livre déroule son récit avec une implacable efficacité. Et les digressions sur l'art d'écrire sont non seulement de salutaires moments de calme au milieu de la tempête mais également de vraies réflexions sur la narration et sa composition. Bref, en un mot comme en cent, ce livre-là est un « incontournable ». A déguster donc, sans aucune modération (et à vos risques et périls bien entendu, car c'est à une plongée dans divers cercles des enfers de Dante à laquelle vous allez assister).  
 
 A noter qu'on annonce déjà une adaptation de ce roman au cinéma sous la houlette fort réjouissante de... Guillermo Del Toro. Ça risque de piquer les yeux à mon avis.  
 
 Titre : Drood.  
 Auteur : Dan Simmons  
 Editions : Robert Laffont (880 pages, 23,50 euro)  
 
http://www.laffont.fr/site/drood_&100&9782221114001.html
30 août 2011
Satanisme et sorcellerie dans le rock, de Jota Martinez-Galiana
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Voilà un bouquin indispensable à qui s'intéresse à la question (si si, il y a des gens que ça intéresse). L'auteur revient en effet sur les différents éléments qui ont amené à présenter le rock comme la musique du diable. Tout commence dans le delta du Mississippi avec Robert Johnson. L'histoire est connue et sert de socle à tout ce qui va suivre. En prétendant avoir vendu son âme au diable (ou, tout du moins, en ayant alimenté la légende et rien fait pour la contredire), Robert Johnson a en effet créé bien plus qu'un style : un mythe. Sulfureux et fascinant. S'en suivent un peu moins de 300 pages où Jota Martinez-Galiana, à travers des extraits (traduits) de chansons (Rolling Stones, Judas Priest, Slayer j'en passe et des bien pires (Venom)), revient sur les faits marquants de cette collusion démoniaque. Les Stones (auraient-ils vendu leur âme au Malin, eux aussi ?), les Beatles et le mystère autour de la prétendue mort de Paul McCartney (et de son remplacement par un sosie), les Doors et le personnage emblématique de Jim Morrison (le roi lézard). Led Zeppelin et la fascination de Jimmy Page pour le mage Anglais Aleister Crowley. Black Sabbath et les débordements d'Ozzy le dingue. Les années 80 et l'aspect marketing qui prend clairement le dessus (Mötley Crüe en prend pour son grade au passage). Les années 90 ensuite avec des groupes tels que Nine Inch Nail (le cas Trent Reznor est intéressant) mais aussi Jane's Addiction, White Zombie et surtout Marylin Manson... Tiens, en parlant de Manson, un chapitre entier du livre est consacré à Charles Manson et aux forfaits de sa sordide famille. Encore une source d'inspiration pour pas mal de musiciens qui, au fond, ont surtout utilisé le diable pour l'image de rébellion qu'il véhicule et traduire leur rejet de la société que par véritable « Satanisme » (l'église de Satan créée par Anton Lavey fait également partie de ce bouquin et là, disons-le tout de suite, on ne boxe plus du tout dans la même catégorie). Bref, une plongée dans l'occultisme rock'n'rollien, où les poseurs sont nombreux, où le souffre démoniaque ne sert parfois qu'à faire grossir les comptes en banque et où ceux qui y ont cru, vraiment, se sont fait de bien belles frayeurs (n'est-ce pas Mister Page ?).  
 
Titre : Satanisme et sorcellerie dans le Rock.  
Auteur : Jota Martinez-Galiana  
Editions : Mascara/Tournon (1998)
19 août 2011
Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells
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Parfois, je lis des livres sans avoir envie d'en faire un « article » (ou quelque soit le nom que l'on puisse donner à ces « machins ») et parfois, je lis des livres et ressens l'envie d'en parler. Pour partager. Le premier roman de Dan Wells fait incontestablement partie de cette seconde catégorie. Car voilà un vrai bon moment de lecture. En un peu moins de 300 pages, l'auteur dresse le portrait d'un adolescent atypique. On sait que l'adolescence est un âge ingrat mais là... Bon, disons le tout de suite, on n'est pas dans le portrait commun d'un adolescent ordinaire. Car celui-ci travaille avec sa mère (et sa tante, les deux étant jumelles) dans la funérarium familial (six feets under n'est pas loin) et souffre de sociopathie aggravée (comprendre qu'il ne comprend pas les autres, est incapable d'empathie et ressent souvent l'envie de tuer ses contemporains). Conscient que c'est mal, il décide de s'imposer quelques règles de bonne conduite (parmi lesquelles ne pas se trouver à proximité d'animaux (car il a une furieuse envie de les torturer) ou ne pas suivre des gens dans la rue avec des idées morbides en tête). Il voit également un psy auquel il peut parler librement de sa seule vraie passion dans la vie : les serial killers. Or voilà-t-y pas qu'un véritable serial killer vient à opérer dans sa ville (meurtres horribles dont les victimes, forcément, finissent dans le funérarium familial pour embaumement). Bref, de quoi exciter l'imagination de ce jeune en plein questionnement. Et l'occasion, pour le lecteur, de se régaler. Car le style est enlevé (écrit à la première personne, on est à la place dudit adolescent) et particulièrement cynique... Une vraie réussite. A conseiller vivement. Ce que je fais. CQFD.  
Extrait:  
« Les bals du collège avaient été désastreux, pourtant ma mère m'obligeait chaque fois à y aller et, comme elle n'avait pas l'intention de changer de politique à mon entrée au lycée, j'espérais au moins qu'ils s'amélioreraient. Mais non. Le bal d'Halloween se révéla particulièrement débile : c'était l'heure où tous les lycéens balourds en phase de mutation et mal dans leur peau se rassemblaient, déguisés, pour tenir les murs du gymnase tandis que des lumières colorées clignotaient mollement et que le proviseur adjoint passait des chansons pour gamins de dix ans sur la sono du bahut. Dans le cadre de l'initiative maternelle « fais toi de vrais amis », je fus comme d'habitude contraint de m'y rendre, toutefois, dans un élan de bonne volonté, ma mère m'autorisa à choisir mon déguisement. Sachant que ça lui foutrait les boules, j'y allai en clown. »  
Ah oui, j'avais oublié de vous préciser, ce jeune bien dans sa peau se nomme John Wayne Cleaver (ses parents l'ont prénommés ainsi en hommage au célèbre cow-boy). Mais il faut savoir qu'un des plus fameux serial killers US s'appelait John Wayne Gacy et que ce brave homme avait pour habitude, afin de commettre ses massacres, de se déguiser... en clown. Ambiance.  
 
 Titre : Je ne suis pas un serial killer  
 Auteur : Dan Wells  
 Editions Sonatines,  
 270 pages, 18 euros.
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