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Profil » Blog » Mes critiques (mais pour qui je me prends ??) » "Les identités remarquables" de Sébastien Lapaque. Actes Sud.
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Le Blog de zal gosse
06 août 2009
1 voteVotez ! "Les identités remarquables" de Sébastien Lapaque. Actes Sud.

http://images.flu.fr/photo/5096949509/private-category/identites_detail-13003241b5.jpg
 
 
Autant le dire tout de suite, je ne connaissais pas Sébastien Lapaque avant de lire son livre, « Les identités remarquables ». Fluctuat m’avait simplement demandé si je souhaitais chroniquer un roman français, plutôt de genre policier, et moi, bêtement, j’ai répondu oui. Je crois même avoir ajouté, « avec plaisir ». Et il est vrai que ce fut une réelle bonne surprise que d’ouvrir le paquet lorsqu’il est arrivé à la maison. Publié par Actes Sud, comme Paul Auster, un de mes « auteurs fétiches », voilà qui présageait du meilleur. Les premières pages partaient plutôt bien d’ailleurs. Un tutoiement qui peut surprendre, de prime abord, mais qui ne désarçonne pas pour autant. Auquel on s’habitue vite. L’auteur prenant même soin de placer en exergue deux citations, l’une de Bossuet et l’autre de Trust (antisocial, c’est dire si j’étais en confiance) où les auteurs tutoyaient déjà leurs lecteurs/auditeurs respectifs. Comme pour habituer les siens. Les prévenir de ce qui les attendait. Mon erreur vint seulement ensuite. Lorsque j’ai cherché à en savoir plus, via Internet, sur ce monsieur. Né en 1971, un gamin quoi (enfin, pas tant que ça vu que ses héros ont sensiblement le même âge que lui et qu’il les envisage comme des vieux, tant dans leurs manières, leur langage que leur façon d’appréhender la vie, le monde en général). Mais passons. Car les choses se sont gâtées très vite… Secrétaire général de l’action française lycéenne en 1990. Aïe ! Que dis-je « Aïe », Aïe aïe aïe !Ça fait mal.Que devais-je faire ? Je n’avais encore lu qu’une petite dizaine de pages… Devais-je m’arrêter là ? D’un côté, ce que j’avais lu était agréable, musical à l’oreille et surtout n’avait rien de tendancieux… Oui, mais d’un autre côté, pouvais-je oublier que l’auteur de ce texte vouait un culte à Georges Bernanos, auquel il a d’ailleurs consacré plusieurs essais et dont on sait qu’il fut, tout à la fois, fervent catholique, nationaliste, monarchiste et militant, cerise sur le gâteux, de l’action française lui aussi… L’action française ! Vous m’auriez dit que Sébastien Lapaque se contentait d’être journaliste au Figaro, je vous aurais répondu « pourquoi pas ? », après tout, il faut bien vivre, mais là… Grave crise de conscience. L’auteur peut-il être déconnecté de son œuvre, surtout si celle-ci est romanesque ? Abîme de réflexions. On admire Louis-Ferdinand Céline mais on exècre le personnage. Maurice G. Dantec se tape des délires paranoïco-technocologico-pseudo-philosophiques… qui font plus pitié que réellement peur (mis à part pour sa santé mentale) mais là…Oui, « mais là ».Le voilà bien le problème. Peut-on admirer la prose d’un homme dont on ne partage ni les goûts ni les idées ? Vaste question. Ceci étant posé, et ne souhaitant pas faire faux bond à ceux qui m’ont fait confiance (au point de m’envoyer ce livre et de m’inviter à le chroniquer), je me suis donc posé un postulat à moi-même : je vais tenter d’oublier ce que je sais. Tenter d’oublier qui est Sébastien Lapaque pour me concentrer, non sur son œuvre, il ne faut tout de même pas exagérer, mais sur ce livre-là en particulier. Je le lirai. Et je le chroniquerai. Sans aucune forme d’arrière-pensée. Pour ses seules qualités littéraires (si tant est que je sois qualifié pour cela). Toutefois, si jamais, à quelque moment que ce soit, un doute, une idée, voire une simple métaphore m’amenaient à penser que… j’arrêterai tout de suite et retournerai le livre à Fluctuat avec lettre d’excuses platement circonstanciées. Et ferai en sorte qu’on me fasse, un jour, à nouveau confiance. Cette introduction, sans doute un peu longue pour les plus pressés d’entre vous, me semblait, pour ma part, indispensable.  
 
« Les identités remarquables » de Sébastien Lapaque. Editions Actes Sud. 175 pages. 18.00 €.
 
Le livre s’ouvre sur l’annonce de la mort prochaine du héros (auquel le roman s’adresse en le tutoyant). « Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore. » Cette mise en abîme peut sembler déconcertante (l’auteur s’adresse-t-il à nous, lecteur ? Ou à son héros, comme cela semble être le cas ?). Toute l’originalité du roman tient dans cet étonnant tête à tête dans lequel on se trouve tout à la fois impliqué et extérieur. Voyeur et lecteur. Simple témoin. Au fil des pages, le rythme s’impose. Et franchement, il n’est pas désagréable. On s’y sent bien. À l’aise. Le héros, condamné à mort donc, vit simplement. Il a un ami, Laroque, qui lui tient tout à la fois lieu de confident et de mentor. Il est professeur d’anglais, dans un petit lycée du sud de la France. Et entretient une relation plus charnelle que réellement sentimentale avec une certaine Caroline, marchande de jouets de son état et future parisienne dans les faits. Mais voilà, comme beaucoup de héros de roman, il cache un secret. Un secret à l’origine d’un drame familial. Et on le traque, dans l’ombre. On le file. On l’espionne. On va jusqu’à fouiller son appartement en son absence. Un frère et une sœur. Mais pourquoi diable font-ils ça ? Oui, pourquoi ? Qu’a donc fait cet homme à l’apparence si tranquille ? Si banale. Si banalement tranquille. Sébastien Lapaque manie ce suspense – tranquille lui aussi – avec un doigté que beaucoup pourraient lui envier. Son art consommé de la phrase, ni trop longue, ni trop courte, ses envolées, parfois lyriques mais jamais ridicules (certaines sont pourtant à la limite), est un vrai plaisir de lecture. De lecteur.Un livre bien écrit donc. Ce qui n’est déjà pas si mal.Bien évidemment, il arrive à son héros d’aller à la messe et de s’interroger sur cette haine que l’on peut avoir à l’encontre de la langue allemande, qu’il juge pourtant si « belle », surtout chez Bach… mais ce sont sans doute là mes à-priori qui me poussent à le noter (et je soupçonne fort l’auteur de l’avoir fait exprès, par goût de la provocation). Tout comme pour les oncles du personnage principal, dont il fait de joyeux légionnaires (jamais avars de chansons à la fin de repas forcément arrosés). Ni de son père, un farouche antimilitariste, exécré par sa belle-famille au point de devoir être enterré « à part », dans un autre cimetière… Un père, que son aveuglement idéologique, pousse à interdire à son fils les joies simples des maquettes d’avions de guerre ou de la diffusion des épisodes des « Têtes brûlées », le dimanche après-midi, à la télévision (heureusement pour lui, son meilleur ami est fils de militaire… l’honneur est sauf). Soit.Rien de bien méchant là-dedans. En tous cas de quoi renvoyer le livre à Fluctuat. Surtout que…Quel est donc ce fameux secret pour lequel il va mourir ? Et que cache « Mademoiselle mystérieuse » ? Quelle somme de frustrations accumulées ? De passions inassouvies ?Quelle douleur ?Je n’en dirai pas plus, afin de ne pas gâcher votre plaisir. Car, vous l’aurez compris, malgré des à-priori négatifs – essentiellement liés à la personnalité de l’auteur – je vous recommande la lecture de ce livre. Agréable. Bien écrit, au ton légèrement suranné (les dialogues en deviennent parfois surréalistes) et à la fin pour le moins… surprenante (décevante ?). Quant à ceux qui pensent y découvrir un bon vieux polar des familles, qu’ils déchantent immédiatement ou se fassent une raison.


 

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